STADE INTERNE DU PROCESSUS DE LA VOLONTÉ
6. Le vouloir humain. — En étudiant le vouloir humain, ' nous nous bornons, dans ce chapitre, à démontrer la loi de
finalité. Elle se formule dans cette règle : nul vouloir sans but. Négativement, cette thèse signilie que le vouloir, le processus interne de la formation de la volonté, est indépendant de la loi de causalité. Ce n'est pas la cause, c'est • le but qui constitue le motif déterminant du vouloir. Mais ' la réalisation de la volonté, sa manifestation extérieure tombe sous la loi de causalité. Nous trouvons là, d'un côté le stade interne de la volonté, d'un autre son stade externe.
7. Stade interne du processus de la volonté : loi de finalité. — Ce stade interne trouve son point initial dans un acte de la faculté de concevoir. Une image surgit dans l'âme, la conception d'un état futur possible se dessine, qui promet au sujet une satisfaction plus grande que l'état présent. La raison qui fait naître cette image, qui amène cette conception, réside, en partie, dans le sujet lui-même, dans son individualité, son caractère, ses principes, sa conception de la vie. Elle repose en partie sur des influences extérieures. Si le délinquant conçoit l'idée du fait coupable, cela provient d'abord de sa nature de délinquant; l'àme de l'honnête homme ne concevra jamais pareille idée. Il en va de même de la conception d'une bonne action chez l'homme vertueux. Elle est impossible au méchant. La possibilité du premier élan vers le fait a donc pour condition l'individualité même du sujet ; en elle gît la raison dernière de ce mouvement vers le fait. Les influences extérieures au contraire ne font que pousser au fait, elles en sont la cause occasionnelle. Elles marquent le point où la loi de causalité peut peser sur la formation de la volonté, mais indiquent, en même temps, la limite de cette pression. En effet, comme nous l'avons exposé plus haut Cp. 5), au sujet du processus de la volonté animale, ces influences extérieures sont sans pouvoir direct sur la volonté. Elles
n'acquièrent de puissance que lorsqu'elles se transforment en motifs psychologiques, et leur pouvoir à cet égard dépend de la somme de résistance qu'elles rencontrent daus le sujet lui-même.
Cette conception d'une chose future se distingue des autres concepts en ce qu'elle est de nature pratique. Elle incite au fait, c'est un projet du fait présenté à la volonté par l'intelligence et le désir. L'adoption de ce projet dépend de la force des raisons qui le combattent ou l'approuvent. Sans cette prépondérance du pour ou du contre, la volonté restera sans mouvement, comme la balance lorsque les poids des deux plateaux sont égaux. C'est l'âne de Buridan placé entre deux picotins de foin. La résolution prouve qu'au jugement du sujet il y a eu prépondérance.
8. Le but. Sa nécessité. — La satisfaction espérée par celui qui veut est le bat de son vouloir. Jamais l'action elle-même n'est un but, elle n'est qu'un moyen de l'atteindre. Celui qui boit veut bien boire, mais il ne veut boire que pour le résultat qu'il en attend. En d'autres termes, dans chaque action nous voulons non cette action même, mais seulement son effet pour nous. Cela revient à dire, que dans toute action, c'est uniquement le but de celle-ci que nous poursuivons. On m'objectera que dans l'exemple ci-dessus, l'argument n'est exact que si l'on boit poussé par la soif — alors en effet il ne s'agit pas de boire mais seulement d'étancher la soif — qu'il ne l'est plus lorsqu'on boit pour le plaisir de boire, car dans ce cas le fait de boire constitue le but et cesse d'être un moyen. Mais lorsque le fait de boire ne nous procure aucun plaisir, par exemple parce que le vin est gâté ou insipide, nous nous en abstenons. Que l'action elle-même puisse être un but, il n'y a là qu'une illusion. Elle provient uniquement de ce que le but peut se rattacher au fait d'une double manière. Il peut être dirigé vers l'effet produit par le fait pendant l'acte de sa réalisation, ou vers