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LE BUT. SA NÉCESSITÉ

celui qu'il produit après son accomplissement. Celui qui boit de l'eau par soif, ou fait un voyage d'affaires, vise ce qui existera pour lui après l'ingurgitation, après le voyage fait ; celui qui boit du vin pour le plaisir, ou qui fait un voyage d'agrément, poursuit ce qu'il y a pour lui dans l'acte même. Le but peut embrasser à la fois l'un et l'autre objet; inutile d'insister sur ce point. De quelque manière que le but se rattache à l'action, et de quelque nature qu'il soit, l'acte ne peut se concevoir sans but. Agir, et agir dans un but, sont termes équivalents. Un acte sans but aucun ne peut exister, pas plus que ne peut exister un effet sans cause. Ici nous touchons au point que nous nous sommes proposé de prouver, à savoir : l'existence de la loi de finalité. Loi, elle ne le sera que si sa réalisation est absolument nécessaire, s'il est impossible de s'en écarter, si l'on n'y conçoit pas même la possibilité d'une exception. Faute de tout cela nous nous trouverions en présence d'une règle et non plus d'une loi. A-t-elle réellement droit à ce nom? Tout bien considéré, on n'y pourrait faire que deux objections. On n'agit pas seulement dans un but ; une raison peut aussi pousser à l'accomplissement d'un acte ; par exemple on peut agir sous l'empire de la contrainte, ou parce que le devoir ou la loi de l'État l'ordonnent. Première objection. Seconde objection : il est des actes complètement inconscients, dépourvus de toute intention, par exemple les faits et gestes du fou, ou les actes si bien passés en habitude que plus aucune pensée n'y préside.

La première objection paraît sans réplique. Pour lui dénier toute base de vérité, il faudrait admettre que, pour indiquer le motif d'une action, on ne pût jamais l'exprimer par le mot parce que (quia), qui marque la raison, mais que toujours s'imposeraient les expressions pour, afin que {ut), qui marquent le but. Or, l'usage linguistique de tous les peuples adopte les deux mots concurremment.

Voyons ce qui en est en réalité de ce parce que. Chacun comprend sans difficulté ce que veut dire : je bois parce que j'ai soif. Mais si l'on disait : parce qu'il a plu hier, la chose deviendrait inintelligible. Pourquoi? c'est qu'on n'aperçoit aucune relation entre ce parce que et le fait de boire. Le parce que n'établit pareille relation que lorsqu'il couvre un afin que. La raison d'un acte, c'est le but de cet acte autrement exprimé; là où le but manque, il n'y a pas action, il y a événement. « Il s'est précipité de la tour, parce qu'il voulait se tuer » : — ici le parce que masque le afin que; dans cette phrase au contraire: « 11 a perdu la vie parce qu'il est tombé du haut de la tour » le parce que conserve son véritable caractère. Dans le premier cas, il y a une action, dans le second, un événement.

Mais pourquoi \e parce que mis à la place de afin que? Nous nous servons surtout de cette première expression lorsque celui qui a fait l'acte ne possédait pas, en le faisant, la pleine liberté de sa résolution, mais a agi sous l'empire d'une nécessité quelconque, physique ou juridique, morale ou sociale. Lorsqu'il n'en est pas ainsi, nous rapportons simplement le fait, lorsque son but apparaît clairement; ou bien, si des buts différents peuvent se présenter à l'esprit, nous indiquons aussi le but qui a motivé le fait. Personne ne dira : il a fait des cadeaux de Noël à ses enfants pour leur causer de la joie, il a acheté une maison pour s'y loger. Mais celui qui a acheté une maison pour la démolir, pour la louer, pour la revendre, exprimera le but de son acquisition lorsqu'il voudra motiver sa résolution.

Reste à voir si notre affirmation soutient l'épreuve de l'examen.

9. Contrainte physique ou psychologique. — Envisageons d'abord le cas de la contrainte physique. Qu'un brigand arrache violemment à sa victime sa montre et sa bourse, le brigand agit, la victime, non. Mais lorsque, sous le coup

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