DANGERS DU CRÉDIT COMMERCIAL
ultérieure en retour, et il lui est donné en vue du bénéfice que ce crédit lui-même doit produire.
92. Dangers du crédit commercial. — Ce crédit se paie, et se paie cher. Il crée de lui-même, pour le commerce juridique, une source de dangers sérieux, une cause de troubles et d'interruptions périodiques du fonctionnement normal de la vie sociale. Le crédit ressemble aux narcotiques. Pris à dose convenable, ils excitent, vivifient, doublent les forces de l'homme; leur abus produit le relâchement et l'énervement de son activité. Le crédit commercial, bien utilisé, élève la puissance de l'individu, il crée la vie des relations sociales; mais aussi son emploi abusif amène la ruine, la corruption, et de ceux qui y recourent, et de ceux qui le donnent. On connaît le malaise par lequel la nature châtie l'usage immodéré des boissons alcooliques; ce malaise, dans le commerce juridique, c'est la crise commerciale, plus communément désignée aujourd'hui sous le nom de krach. Un krach, c'est le malaise amené par les excès du crédit ; il y a du vertige dans l'un comme dans l'autre. .
Ce qui produit le danger, c'est que le crédit opère avec le capital d'autrui. Lorsque le preneur de crédit met en jeu un capital représentant X, il n'en retirera, peut-être, que i/jo de bénéfice; les 9 autres dixièmes iront ailleurs. Que l'entreprise avorte, le risque dépassant i/io n'est pas pour lui, c'est un autre qui en pâtit. Si l'apport X lui appartenait tout entier, tout le risque serait pour lui seul, et cette perspective le rendrait plus prudent. Le crédit pousse à la spéculation : on joue volontiers quand on joue à crédit. Le crédit commercial est l'expression suprême du salaire économique tel que nous l'avons défini. Mais le salaire économique n'est pas l'unique forme sous laquelle la société applique la notion de salaire pour réaliser ses buts; il en est une deuxième que nous allons étudier.
124 GHAP. VII. MÉGANIQUE SOGIALE.
7. Le salaire idéal et sa combinaison avec le salaire économique.
Sommaire : 93. Le salaire idéal. — 94. Comparaison avec l'antiqmté. — 95. Le salaire idéal de la société. — 96. Combinaison du salaire idéal et du salaire économique. — L'art et la science. — 97. Salaire mixte. — 98. Le service de l'Etat et de l'Eglise. — 99. Tableau des services rendus à l'Etat.
93. Le salaire Idéal. — L'argent n'est pas le dernier mot (lu salaire. Le langage attache aussi à cette expression de salaire un sens moral; il désigne ainsi tout avantage accordé à l'individu en récompense d'un fait méritoire. C'est ainsi qu'on parle d'un salaire de la vertu, du zèle, etc. Si cette notion plus large du salaire, comporte une importance quelconque pour le commerce juridique, c'est ce que nous examinerons plus tard ; mais qu'elle en présente une pour la société, c'est ce qui est hors de doute. Dans cette acception étendue, le salaire forme un pendant de la peine ; la société châtie ceux qui ont forfait envers elle, elle récompense, elle salarie, ceux qui la servent.
94. Comparaison avec l'antiquité. — Par un recul sur l'antiquité, la société, aujourd'hui, punit plus qu'elle ne récompense. A Rome, salaire et peine étaient les deux moyens grâce auxquels la société atteignait ses fins; la politique sociale les mettait complètement sur la même ligne. Et, chose significative, un juriste romain va jusqu'à les identifier, en examinant, lui, la question du but final du droit (48). En quoi, cependant, le salaire intéresse-t-il le juriste? En rien, aujourd'hui; le juriste n'a à se préoccuper que de lapeine. Personne, aujourd'hui, n'a droit à unerécom-
(48) L. 1 s 1 de J. et .J. 1.1.. honos non solum inetu poenarum, verum etiam prœmiorum qtioque exhoriatione efficere cupientes.