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TRA.ITEMENTS DES FONCTIONNAIRES

La perfection du travail, sa quantité, sont les facteurs du salaire ouvrier ; l'ouvrier habile et actif mérite d'être mieux payé que le maladroit et le paresseux. Dans le service de l'Etat, cette circonstance n'a pas d'importance quant au traitement; chaque fonctionnaire de même catégorie, méritant ou médiocre, reçoit le même traitement. La différence qui existe sous ce rapport entre les individus isolés, peut avoir de l'influence pour leur avancement et l'obtention d'un salaire extraordinaire (gratification, n» 98), elle n'en a aucune pour le traitement. Celui-ci est fixé par la loi, et il lui manque cette souplesse d'accommodation individuelle que possède à un si haut degré le salaire ouvrier. Celui-ci varie constamment d'après l'offre et la demande; le traitement reste fixe pendant des périodes entières; les influences auxquelles sont exposés le travail et le salaire ouvrier n'ont pas prise sur lui. Le salaire s'arrête, pour l'ouvrier infirme ; le traitement se continue, sous forme de pension, pour le fonctionnaire hors de service. L'homme d'affaires vigilant, parvenu à la vieillesse, doit avoir regagné le capital que son éducation commerciale lui a coûté, et avoir amassé de quoi vivre. Régulièrement, ce n'est point le cas pour le fonctionnaire. Son traitement lui fournit à peine de quoi soutenir son rang, et faire vivre les siens ; il ne lui permet pas de refaire son capital, ou d'assurer le sort de ses vieux jours. Lors donc qu'un savant distingué i^lJ a étendu au service public cette vérité économique, que le travail doit couvrir ses propres frais, je crois pouvoir lui opposer deux objections. Tout d'abord, en fait, pour autant que je puisse en juger, la chose n'est pas exacte. Le fonctionnaire, cà moins de rompre ouvertement avec les usages, en s'abstenant de parti pris, pour lui et pour les siens, de la représentation

(51) Engel, Ueber die Selbskosten der Arbeit, Zwei Vorlesungen^ Berlin, 18C6.

commandée par la dignité de sa position, ne peut rien épargner. Ensuite le service public n'a pas, et ne peut avoir, cette exigence. Le capital du fonctionnaire lui est remboursé par cela seul que, sa vie durant, il a joui de l'avantage de remplir une fonction. Par cet avantage, il l'emporte sur l'homme d'affaires, et ce privilège n'est pas trop payé par le sacrifice de ce capital. La faveur attachée à la position du fonctionnaire réside, d'une part, dans ce que j'appelle le salaire idéal (position sociale, rang, pouvoir, influence, genre de travail), d'autre part, dans la prééminence du traitement sur le salaire ouvrier. Inférieur à celui-ci quant au taux, il l'emporte sur lui, en ce qu'il est assuré pour la vie, qu'il échappe à l'influence des crises économiques, qu'une incapacité passagère ne le fait pas cesser, qu'il croît avec l'âge du titulaire, et que la pension conjure le danger d'une infirmité complète. Le service public est une institution économique d'assurance.

Ces avantages expliquent l'attrait qu'exerce le service de l'État, malgré la modicité relative des traitements qui y sont affectés. De tous les travailleurs, aucun n'a des ressources aussi restreintes que le serviteur de l'État, mais aucun non plus n'a l'existence plus assurée et plus exempte de déboires. Exiger que le traitement doive rembourser son capital de mise, ce serait constituer ce capital en rente viagère avec obligation de le restituer après décès.

Le traitement ne permettant pas, en général, de réaliser un excédent sur les besoins de la vie, ni de rassembler un capital, il semble tout d'abord que le fils du fonctionnaire, ou de l'officier peu fortuné, devraient nécessairement renoncer à la profession du père, et passer dans la classe ouvrière; que le petit-fils seul, grâce au nouveau capital acquis par le fils, pourrait reprendre la profession du grand-père. Mais à cela, lintérèt du service ne trouverait nullement son compte. Les fils de fonctionnaires et d'officiers ont une aptitude

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plus adéquate à la i.rofession que les HIs des gens d'affaires Ils y apportent, il est vrai, quelque partialité et des préjugés ma,s ce qu'ils ont puisé dans la maison paternelle est plus favorable encore pour le service de l'État, que l'absence de préjuges de Ihomo mvus. Or, l'expérience prouve que la classe des fonctionnaires se recrute par elle-même plus aisément que ne le donnerait à penser ce que nous venons de signaler. C est qu ,1 y a deux facteurs qui exercent ici leur influence. Ce sont, en premier lieu, les institutions publiques et graluites, qui préparent à certains services publics es bourses, les écoles spéciales, les subventions et fondai tions qu. facilitent les études. La femme fortunée représente le deuxième facteur. Sa puissance est grande dans le système du service public moderne. Elle y est presque aussi importante que l'institution des examens. Tout s'arrange du reste sans grande difficulté : la fille du fabricant ou du marchand riche épouse l'officier ou le fonctionnaire ■ l'une apporte son argent, l'autre sa situation sociale : partant quittes.

Le traitement n'est pas un salaire ouvrier; c'est la thèse négative que nous venons de démontrer. Nous allons maintenant nous convaincre que le côté positif du traitement comme nous lavons affirmé, est de procurer la sustentation contorme au rang.

Le salaire ouvrier (dans le sens le plus large) donne plus que ce qui est nécessaire pour satisfaire aux besoins de la vie(5~) Le traitement ne procure rien au-delà. Mais, remarquons le bien, il s'agit de subvenir aux exigences de la position : là est la clef de toute la notion du traitement.

(52) Cette opinion, démontrée d'une manière convaincante par An.v. Smith, dans son célèbre ouvrage, T. I chao 8 a Pfp 7 7 . assurément non renversée nar 1« L. contestée, mais

laquelle le salaire ouvHer„eli? donn " ""T .'' ''"'^"°°' "^'^^^'^ l'entretien de la vie. ^""^ ^' '^'''^ nécessaire pour

Ces exicrences dépendent du rang occupé par le fonctionnaire et ce rang se détermine d'après le pouvoir qui y est attaché. Le montant du traitement n'est pas en relation avec la science du fonctionnaire, sinon ce serait le plus apte qui obtiendrait le traitement le plus élevé. Il faut écarter cette idée de voir dans le traitement un équivalent quelconque du talent des connaissances acquises, du zèle déployé. Le traitement ne sert qu'à donner une situation conforme au rancr que l'on occupe. L'État fournit des ressources plus arandes à celui que l'importance de sa fonction oblige a une dépense plus considérable. Et, d'après la dermere classification des fonctions, ce n'est pas celle qui exige le plus de connaissances et d'application, qui est la mieux rétribuée, c'est celle qui donne la plus grande somme de pouvoir, et qui, partant, implique le plus de -ntian e de H part de l'autorité. Dans cet ordre d'idées, 1 Etat na fait que suivre l'opinion naïve du peuple. Le POUvoir et 1 influence imposent plus que la science et le talent. Un ministre, un général, un ambassadeur de haute naissance, Tomme il y en avait tant dans les petits états allemands au temps du système fédératif , avaient, aux yeux de la foule, un autre lustre que l'officier ouïe fonctionnaire inférieur si distingués fussent-ils. A un poste plus élevé, doit «attacher une considération plus grande, et celle-ci réclame un rang, des titres, un traitement, en rapport avec elle.

Le summum du pouvoir, et, par cela même, de la considération dans l'État, réside dans la personne du souverain. A ce rana suprême, répond, dans la monarchie constitutiontlle la^dotation économique (liste civile), établie. par les lois f'ondamentales, et évidemment destinée à lui permettre de tenir le rang qu'il occupe dans l'Etat. En deux mots : le traitement répond à l'autorité attachée à la fonction; il ne dépend point du travail fourni.

Un autre élément, secondaire et tout d'équite, vient

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