TRAITEMENTS DES FONCTIONNAIRES
régler encore la mesure des traitements; il réside dans les nécessités de la vie, qui augmentent avec l'âge. Le célibataire a moins de besoins que Thomme marié. Pendant les premières années du mariage, les dépenses à faire pour les enfants sont moindres que plus tard, à mesure que ceux-ci croissent en âge. Aussi le traitement augmente-t-il avec les années de service, alors cependant que la fonction reste la même, et que l'aptitude au travail diminue chez le titulaire.
Le traitement est destiné à soustraire le fonctionnaire aux soucis qu'entraîne le soin de son existence, et cette considération vise aussi la femme et les enfants, car la constitution d'une famille est le complément nécessaire de toute existence. Cette destination accessoire du traitement est officiellement consacrée dans la pension accordée à la veuve. La pension, celle de la veuve comme celle da fonctionnaire, ne fait que continuer leur entretien, après la cessation de la fonction. Si le traitement était un salaire, la pension ne pourrait se justifier; aucune loi financière n'oserait la consacrer. Si, au contraire, le caractère du traitement est tel que je viens de le décrire, la pension n'en est que la conséquence logique.
L'interdiction, pour le fonctionnaire, de l'exercice de toute autre profession lucrative, découle du but même en vue duquel un traitement lui est accordé. Si le traitement était un salaire ordinaire, on ne comprendrait pas que l'État interdît à ses fonctionnaires de rechercher un supplément de ressources dans une occupation accessoire; il devrait, au contraire, favoriser leurs efforts dans ce sens, et leur permettre de suppléer à l'insullisance de leur traitement. Mais il naîtrait de là, contre lÉtat, le reproche qu'il ne fournit pas à ses serviteurs ce qu'il leur doit : le moyen de subvenir aux besoins de leur existence. Cette interdiction ne découle pas de l'obligation incombant au fonctionnaire de vouer toute
son activité au service public : ce qui le prouve, c'est qu'elle s'étend à la femme du fonctionnaire. La femme d'un Président de cour, ne peut exploiter un magasin de modes, celle de l'officier ne peut vendre des légumes. Celui qui se permettrait pareil cumul se dégraderait lui-même.
La modicité relative des traitements me fournit un dernier argument. Le traitement ne dépasse jamais ce qui est nécessaire pour soutenir dignement son rang; le salaire, souvent, va bien au delà. Il y a de gros traitements, mais, souvent, les i^lus élevés permettent à peine de mener un train conforme à la position. Le traitement d'un ministre n'atteint jamais ce que gagne un ténor célèbre ou un chirurgien renommé. Aussi le fonctionnaire en activité de service ne peut-il rien épargner : il ne peut même refaire son capital de mise. L'artisan, le fabricant, le marchand, qui, après une vie de labeur, n'ont pu réaliser des économies, prouvent par cela même qu'ils ont mal dirigé leurs affaires. Le fonctionnaire qui s'enrichit au service de l'Etat, n'a pas soutenu son rang, ou a forfait. Le fonctionnaire entré sans fortune au service de l'État, ne laisse généralement à sa mort qu'une veuve, des enfants, et des dettes trop souvent. Le compte de l'État n'est juste que si son serviteur mort laisse une situation nette. Et il faut avouer que l'État est bon comptable, et que si, sous le rapport de l'organisation des traitements, un reproche peut l'atteindre, ce n'est certes pas celui d'avoir trop donné, mais bien d'être resté en deçà de ce qu'exigent la position et le rang. Cette économie constitue une injustice à l'égard de l'individu, et elle est contraire à l'intérêt véritable du service public. Prendre les gens par la famine, n'est pas le moyen de développer chez eux le sentiment du devoir et le sens de l'idéal.
La nomenclature des diverses indemnités accordées, à Rome, pour prestations de services publics, vient parfaitement confirmer cette appréciation. Seul, le salaire du fonc-