‹ L'évolution du mariage et de la familleChapitre 169 sur 406 · IV. — DE LA POLYf.AMlE EN PEKSE ET DANS l'INDE · texte numérisé non relu

IV. — DE LA POLYf.AMlE EN PEKSE ET DANS l'INDE

La polygamie des monarques de l'ancienne Perse semble avoir été calquée sur celle des rois de la vieille Egypte ou des incas péruviens. Ils avaient en elVet de nombreuses concubines et trois ou quatre femmes, dont Tune était spécialement considérée comme reine, comme épouse privilégiée*.

Quant aux Persans plus anciens encore, aux Mazdéens, à ceux que régissait le code sacré de YAvesta, si Ton s'en rapporte au texte zende, ils avaient une morale sexuelle de5 plus sévères. En effet, le code avestique flétrit et punit la fréqnentiition des courtisanes, la séduction, les écarts génésiques, Tavortement, etc. Dans toute la portion de YAvesia, qui nous est parvenue, rien n'a trait à la polygamie, et les versets qui parlent du mariage ont une allure tout à fait monogamique. 11 semble pourtant, dit un des traducteurs de YAvesia, que, chez les Perses anciens, la polygamie ail été autorisée,, en cas de stérilité de la première épouse*. Comme l'anthropophagie, la polygamie est, pour les société.^ humaines, un péché originel. Mais des écrits aussi exclusivement religieux et même liturgiques que YAvesta constituent des sources fort incomplètes de renseignements en ce qui tou(îheaux institutions civiles. Étudier le mariage desancieos Persans dans YAvesta me semble aussi illuvsoire qu'il le serait de se renseigner sur le nôtre dans un paroissien c^itholique.

De même nous savons, par le code de Manou et les docu-

1. llcrlM'it SpciHiT, Snàolofjif, l. IL |». "JWr». :!. 0. (le ilarlcz, Avexta, liitrud., CLXXi.

5nts historiques et ethnographiques, que la polygamie 58t et n'a été rien moins qu'inconnue dans l'Inde, et cepenal il est difficile d'établir en s'appuyant sur le texte des mnes védiques que les rédacteurs de ces chants l'aient atiquée.

On le peut cependant inférer de plusieurs versets. Tout ibord les mœurs étaient assez grossières pour que l'avoraaent fût commun : « Qu'Agni, lisons-nous dans un hymne, B le rakchasa, qui, sous la forme d'un frère, d'un mari, un amant, s'approche de toi et veut d^ruire ton fruit*, i autre part, la femme est tenue en médiocre estime par i chantres sacrés : c'est un être t à l'esprit incapable, l'œuvre légère* ». Dans un hymne, Satchi, fille de iloman, se vante d'avoir éclipsé ses rivales aux yeux de n époux'. Un certain nombre de versets parlent des ouses des dieux : « Les vaches de la prière, ces épouses Agni, veulent obtenir une preuve de la virilité du dieu K p En sanscrit le mot doigt est féminin, aussi, à divei-ses prises, les doigts qui manient le mortier sacré sont appelés ( dix épouses d'Agni '\

Enfin d'autres informations ne permettent pas de douter e, dans l'Inde primitive comme ailleurs, les grands, les issants, n'aient largement pratiqué la polygamie, dès les nps védiques ^\

Que ces mœurs aient été celles de l'Inde brahmanique, le te de Manou, pour l'antiquité, les relations des voyairs, pour l'époque moderne, nous l'attestent assez haut.

. Rig-Véda, sect. VIII, Icct. vin, H. JLx, v. io.

. Ibîd., soct. III, H. II, V, 17.

. Ibid., secl. VIII, II. xvii, v. 5-r».

. Ibid., scct. III, Iccl. IV, V. 3.

. Ibid., secl. VU, Icct. vili. H. xxvi, v. 2.

. E. Burnouf, Essai sur le Véda, |>. !Î13.

188 L'ÉVOLUTION DU MAlllAGE ET DE LA FAMILLE.

Un verset de Mauou règle les droits de succession des fils, qu'un brahmane peut avoir de quatre femmes appartenanl à des castes diflërentes: «Si un brahmane a quatre femmes appartenant aux quatre classes, dans Tordre direct, et si elles ont toutes des fds, voici quelle est la règle départage.» — « Que le (ils de la bràlimani (après avoir prélevé !♦• taureau, le chariot, les joyaux) prenne trois parts sur le reste ; que le fils de la femme kchatriyà prenne deux parts; celui de la vaisyà, une part et demie; celui de la soudrâ, une part simple*. »

Un autre verset, bien plus singulier, déclare que les enfants d'une seconde épouse appartiennent à celui qui a prèle de l'argent pour Tacheter :

a Celui qui a une femme et qui, après avoir demandé de Targent à quelqu'un, en épouse une autre, ne retire d'autre avantage que le plaisir sensuel; les enfants appartiennent à celui qui a donné Targent ^ » Quant au roi, le code de Manou lui permet la polygamie dans la plus large mesure, au moins sous la forme commode du concubinat ; il doit avoir une troupe de femmes, chargées de Téventer, de verser sur son auguste corps de l'eau et des parfums. 11 se délasse avec elles des soucis du gouvernement et passe la nuit dans leur aimable compagnie \ — Rappelons-nous du reste que, comme nous Ta appris le MahabharaUi, les kchatriyas pratiquaient le mariage par capture et la polygamie*.

En résumé, dans l'Inde, comme partout, la polygamie a évolué: elle a d'abord été commune, puis, quand la puissance et la richesse se sont concentrées entre les mains d'un petit nombre, elle est devenue le privilège des grands. La

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