I- liUl. univ, des voy.^ t. XXXI, p
^ /M., t. XXXIV, p. 334.
•^- <i. Bousquet, Le Japon de fwajourn (1877), t. !•', p. iU\.
à cette servitude*. » — Au Japon, les maisons de prostitution sont une institution nationale; la loi règle le costume des femmes qui les habitent et la durée de leur séjour. Sur ce point l'Europe a peu à envier au Japon. Mais ce qui est particulier au Japon, c'est que les tikakie, les pensionnaires des maisons de joie, sont placées dans ces maisons par leurs parents eux-mêmes et moyennant un prix débattu. Ces pensionnaires des maisons de thé y entrent ordinairemenl dès l'âge de quatorze à quinze ans, pour y séjourner jusqu'à vingt-cinq ans. On leur enseigne à danser, à chanter, à jouer de la guitare, à écrire des lettres. On les loge dans de beaux appartements où les hommes les vont voir ouve^ tement et sans mystère.
Leur métier ne les déshonore en rien ; beaucoup d'entre elles se marient fort bien ensuite; il arrive même que de respectables bourgeois vont chercher une épouse agréable dans ces maisons de plaisir. Les plus belles d'entre elles sont célèbres. Après leur mort, on place leur portrait dans les temples : << Au temple d'Asaxa, dit M. Bousquet, se trouve une peinture représentant plusieurs dames japonaises en grande toilette : ce sont, me disent mes guides, les portraits des plus célèbres courtisanes de Yeddo, que Ton place ici annuellement en leur honneur. » De même, le D^ Schliemann rapporte qu'il a vu dans les temples japonais des statues de courtisanes déifiées. On implorait leur intervention céleste d'une manière originale, en écrivant d'abord une prière sur un papier, puis en mâchant cette requête et en en faisant une boulette, qu'on lançait avec une sarbacane sur les statues de ces étranges divinités*.
Il est clair que les Japonais se font de la vertu féminine
1. G. Bousquet, loc, cit., t. 1% p, 87. !2. Scliliemaun, La Chine et le Japon.
U PROSTITUTION ET LE CONCl BINAGE. 197
une idée qui n'est point la nôtre. Ils en ont une pourtant et n'entendent nullement que les femmes soient libres d'aimer à leur guise. Ainsi la fille qui se donne à un amant, sans l'autorisation paternelle, est légalement punie de soixante coups de fouet et le public japonais ne supporterait pas, au théâtre, le personnage d'une jeune fille amoureuse*. Ce que veut la morale japonaise, ce n'est pas la chasteté de la femme, comme nous Tentendons, c'est sa sujétion. La femme est une chose possédée, et son immoralité consiste simplement à disposer librement d'elle-même.
En ce qui concerne la prostitution, l'Inde brahamnique n'est guère plus scrupuleuse que le Japon et l'on y retrouve encore la prostitution sacrée, pratiquée dans les temples et analogue à celle qui, dans la Grèce ancienne, s'exerçait à Chypre, Corinthe, Milet, Ténédos, Lesbos, Abydos, etc *.
Selon la légende, le Bouddha lui-même, Çakyâ-Mouni, visitant la fameuse ville indienne de Vesali, y fut reçu par la grande maîtresse des courtisanes \
Mais les brahmanes n'ont pas été, en ce qui touche à la prostitution, plus rigoristes que le fondateur de la grande religion bouddhique. Sur ce point, les relations des voyageurs et des missionnaires suppléent au silence du code de Manou. Ainsi les rédacteurs des Lettres édifiantes trouvé^ rent la prostitution sacrée, ouvertement pratiquée dans les temples brahmaniques : « On a mis, écrit l'un d'eux, Coppalf c'est le nom de l'idole, dans une maison voisine : là elle est servie par des sacrificateurs et des Devadachi, c'est-àdire par des esclaves des dieux. Ce sont des filles prostituées, dont l'emploi est de danser et de sonner de petites cloches en cadence, en chantant des cantiques infâmes, soit
1. G. Bousquet, Le théâtre au Japon (Revue des Deux~Mondesy 187i). i. Lecky, History of European Morals, t. I", p. 103. 3. Mrs Spicr, Life in ancient India, p . 28.
\m LtVOLUTlOiN DL' MAUIAGE ET DE LA FAMILLE.
dans lu pagode, soit dans les rues, quand on promène l'idole on cérémonie*. » II s'agissait, dans ce cas, d'un vrai commerce, d'une exploitation au profit des prêtres et ceuxci recouraient sans vergogne à ce que nous appelons aujourd'hui a la réclame » pour attirer la clientèle : « J'entendis, raconte le même missionnaire, publier à son de trorape (fu'il y avait du péril à aller chez les Dévadachi, qui demeurent dans la ville; mais qu'on pouvait voir en toute sùrctii celles qui desservaient le temple de Coppal^. » Un ancien voyageur, Sonnerat, confirme le témoignage des missionnaires du XYir siècle. 11 aflirme que, comme tous les autres Jndous, les Brahmanes sont fort adonnés au libertinage, que, dans leur morale pratique, avoir commerce avec une courtisane n'est pas considéré comme une faute; qu'ils ont des livres licencieux où la débauche raflinée est enseignée ex professa; qu'ils usent de philtres amoureux, etc^ Je m'arrête et m'abstiendrai même de parler en ce moment de la prostitution en Europe. Nous savons trop qu'elle y a toujours été très florissante, aussi bien dans la Rome antique que dans notre moyen âge, pourtant si catholique. Dans la vieille France, elle s'étalait hardiment, en plein soleil, à ce point que des villes, par exemple celle de Rouen, avaient leurs proxénètes jurés, portant des médailles en bronze, aux armes de la ville*. Quant à la prostitution contemporaine, il est superflu de rappeler que c'est une de nos grandes plaies sociales.
En résumé, l'origine de la prostitution remonte aux sociétés les plus primitives; elle est antérieure à toutes les formes de mariage et elle a persisté jusqu'à nos jours, dans