‹ L'évolution du mariage et de la familleChapitre 184 sur 406 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

I. La monogamie det races inférieures. — Les causes de la monogamie. — La

^ Ihéoiic gynécocratique de Baclihofen. — Races inférieures monogamiques. - Races polygamiques, quoique supérieures. — Coexistence de la moaoganu<^ et de la polygamie.

IL La monogamie dans les anciens États de V Amérique centrale. — La monogamie du populaire au Mexique et au Pérou. — Le mariage administratif au Pérou.

m. La monogamie dans VÉgypte ancienne. — La gynécocratic en Egypte. - Sa raison d'être.

lY. La monogamie des Touareg et des Abyssins. — La gynécocratie chei 1^< Touareg. — La fragilité du mariage en Abyssinie.

V. De la monogamie che% les Mongols d'Asie, — La monogamie de fait au Thibet. — La monogamie tempérée chez les Tartares. — Le mariâjjecn Chine. — La législation matrimoniale en Chine. — La docilité conjugale det Chinoises. — Le mariage Japonais.

y}. La monogamie et la civilisation.

\. - LA MONOGAMIE DES R*ACBS l'NPÉRIEURBS

Après avoir successivement étudié les formes inférieures des unions sexuelles et conjugales, il nous reste à nous occuper de la plus relevée d'entre elles, de celle que toutes ou presque toutes les grandes sociétés civilisées ont finip"" adopter, au moins en apparence, dans leur légalité : de b monogamie.

Les grandes causes, qui ont poussé à Fadoption du mariage lonogamique, sont, avant tout, l'équilibre sexuel des naismces, dès qu'il ne fut plus détruit par les méfaits de la vie luvage. Sans doute, dans une société composée, en nombre ensiblement égal, d'hommes et de femmes, les plus puisants et les plus riches peuvent accaparer plusieurs femmes, e par le droit du plus fort, mais alors ils lèsent manifestenent la communauté et l'opinion générale devient forcément lostile à leur manière d'agir. C'est ainsi que, chez les )ayaks, les chefs perdent de leur considération et voient liiiiinuer leur influence, quand ils se permettent la polyfjnie , que pourtant aucune loi n'interdit.

Une autre cause tout aussi puissantç contribua largement ï pousser à la monogamie légale, ce fut l'institution de la )ropriété individuelle et héréditaire. L. Morgan n'hésite m à rapporter à cette seule origine le mariage monoganique. En effet, dans toutes les sociétés plus ou moins civiisées, le souci de la propriété successible a bien vite pris loe importance capitale ; le règlement plus ou moins équiable des questions d'intérêt, la préoccupation de sauvegarler ces intérêts forment la base solide de tous les codes crits. — Or, presque partout, l'héritage s'est transmis suivant i filiation, tantôt maternelle, tantôt paternelle; mais, c'est îulement dans le régime monogamique que la parenté des ofants est la même pour tous dans la ligne paternelle aussi ien que dans la ligne maternelle*.

Par surcroît, les motifs moraux ont pu renforcer les randes influences résultant des lois de la natalité et de mtes-puissantes questions d'intérêt. £n théorie, dans idéal, l'union pour la vie de deux êtres se donnant et se évouant l'un à l'autre, s'engageant à partager la bonne et

1. Herbert Spencer^ Sociologie^ t. II, p. 301. i. 1(1., Ibid., t. II, p. 301-302.

la mauvaise fortune, est sûrement très noble ; mais, comme nous Talions voir, la réalisation du mariage monogamiquea été partout des plus grossières et il est difficile de la rapporter à des élans fort relevés. A moins de se griser de sentimentalisme, on ne peut croire, avec Baclihofen *, que les femmes, naturellement plus nobles et plus sensibles que leurs grossiers compagnons, se lassèrent de l'hétaïrisme primitif el, obéissant à de puissantes aspirations religieuses, intronisèrent le mariage monogamique, par la force, en devenant du même coup chefs de famille et inaugurant la gynécocratie. Ces fables amazoniennes sont fort énergiquemenl dérnenlies par rhistoire et Tethnographie.

Presque en tout temps, presque en tout lieu, la femme, en raison de sa faiblesse native, a été subordonnée à son compagnon, souvent opprimée par lui, et sa sujétion est d'autant plus dure que la civilisation est plus primitive. Croire que, partout et toujours, l'union monogamique est le signe, le sceau nécessaire d'une civilisation avancée, est une grosse erreur. Nombre de tribus primitives sont monogames; certains singes le sont bien. Parmi les monogames inférieurs, je citerai : les Veddahs* des bois de Geyian, si peu intelligents, qu'ils n'ont même pas de noms de nombre; les Bochimans

de l'Afrique australe % guère plus développés; les Kurnai d'Australie, chez qui la monogamie, sans être obligatoire, est ordinaire ^ Certains aborigènes de l'Inde, moins primitifs sans doute que ces très humbles échantillons de notre espèce, mais fort sauvages encore, sont aussi monogames. Ce sont : les Nagas, qui se contentent de faire travailler durement leurs épouses uniques*; les Kisans, qui se bornent à

Page 1