Dupré, Trois mois à Madagascar, p
Dans le Kordofan, chez les Djebel-Taggalé ^ le grand motif légal de la répudiation dans toutes les primitives législations, la stérilité, justiûait des procédés absolument sauvages. Cela s'appelait le nélir (tambour ou trompette). Une femme étant reconnue stérile, avant de la répudier, le mari convoquait bruyamment tous ses parents mâles, qui, après un festin, avaient tous des rapports intimes avec réponse bréhaigne. Si de cet expédient héroïque il ne résultait point de grossesse, le mari vendait sa femme aux enchères, à charge, le cas échéant, de remettre aux parents obligeants la diflTérence entre le prix d'achat primitif et le montant de l'adjudication. Si extraordinaire que nous semble cette coutume du néfir^ elle n'est, à part la vente finale, que la répétition en plus grand et avec plus d'effronterie de pratiques analogues, usitées dans l'Inde et même dans la Grèce antique, en cas de stérilité bien constatée de l'épouse.
Les Bédouins et les Touareg en général, n'ont rien de comparable au néfir des Djebel -Taggalé, mais, chez eux, l'extrême facilité et l'excessive fréquence des répudiations rendent le mariage presque illusoire.
Au dire de Burckhardt, la répudiation est si commune chez les premiers, qu'un homme y a parfois jusqu'à cinquante femmes successivement*. Chez les Touareg du Sahara, les femmes elles-mêmes peuvent demander le divorce, et nous avons vu qu'elles obligent ainsi leurs maris à se plier à la monogamie, en dépit du Koran et de leurs appétits polygamiques^ Il semble que, dans certaines de leurs tribus, les femmes mettent leur point d'honneur à être souvent répudiées. N'avoir eu qu'un mari est, à leurs yeux, chose humiliante et on les entend se dire : « Tu n'es qu'une femme
1. D. Cuny, Journal de voyage à Siout et à El-Obéid, on 1857-1858.