‹ L'évolution du mariage et de la familleChapitre 301 sur 406 · II. — DE LA FAMILLE EN MÉLANÉSIE · texte numérisé non relu

II. — DE LA FAMILLE EN MÉLANÉSIE

Déjà, en esquissant la description de la famille dans le règne animal, j'ai eu occasion de remarquer que la famille, telle que nous la comprenons, n'est pas indispensable au maintien des sociétés, puisque les fourmis s'en passent dans leurs républiques, où il n'y a ni paternité, ni maternité, avec le sens que nous y attachons, mais seulement des classes de producteurs, des jeunes, et des éleveurs ou éleveuses. Chez ces dernières, chez les fourmis ouvrières, par une contradiction paradoxale, l'amour maternel a survécu à l'atrophie de la fonction génératrice; il s'est même épuré, élargi; il s'applique indifféremment à tous les rejetons, espoir de la république, et, en se diluant ainsi, il semble n'avoir rien perdu de son énergie.

Rien de semblable ne s'observe dans les sociétés humaines inférieures, mais cependant la famille y est encore confuse; la paternité, au sens social du mot, n'existe point; la filiation est surtout maternelle, mais on distingue mal, dans le détail, les liens et les degrés réels de la consanguinité; la parenté n'est pas encore individuelle; c'est par groupes qu'elle se constitue.

Aujourd'hui encore, on peut étudier cette confusion familiale dans certaines tribus australiennes. Nous avons vu que le mariage, ou ce qu'on a bien voulu nommer ainsi, résultait, en Tasmanie, en Australie, à Bali, etc., d'un rapt violent et brutal, généralement ratilié par une compensation et un simulacre de talion survenant entre la tribu de la femme et celle du ravisseur.

Chez les tribus les moins sauvages de la Mélanésie, ce rapt est souvent fictif; ce n'est plus qu'une survivance, mais

ail. L'ÉVilLVTION M' X.UtttCE ET UE LA FAMILLE.

parl'oi:^ il ''ft encore réel, ol il l'élait sùremeDl tmijoiii l'origine des sociétés :tusiraliennes. PourtaiU, si prossiè que soient ces sooiétés, elles n'en résulleoi pas moins d'i toiigiieévohition. Dans rînlérioiir île Bornéo, il eviste cnc dos êtres humains auprès desquels les Australiens sont ^■ens civilisés. Ces sauv'ages de Bornéo, .-ibsolunienl priniil sont les débris probables des peuples négroïdes, qui, ja^ oui dû être les premiers occupants de In Malaisic. Par pcl hordes, ils ràdont dans les forêts, comme des singes; l'Iiont le mâle, enlève la femelle el s'accouple avec elle dans fourrés. La famille passe la nuit sous im groii arbre; suspend les onl'ants aux branches, dans une sorte de lilel l'on allume au pied de l'arbre protecteur un grand feu ) écarter les animaux féroca-;. Dès que les enfants sont à près capables de se sufiire à eus-mènies, les progéniteui's séparent', comme le font les animaux.

C'est sans doute ainsi, A la manière des grands sin <HU> se sont formées les primitives sociétés humaines. I les chimpanzés, ces liordes ne peuvent beaucoup grossir, le progéniteur mAle ne supporte pas de concurrents et cti ses jeunes rivaux tant qu'il est le plus fort. Les pren hommes furent sûrement plus sociables, en raison méin leur qualité d'hommes. Les jeunes mâles de la horde mainc purent rester en plus ou moins grand nombre i l'association, mais la jalousie du progéniteur en chef, du de famille, dut les obliger souvent à se procurer une ou sieurs femelles, en les ravissant aux hordes voisines et < currentes; ils devinrent ainsi plus ou moins exogauies dans leurs sociétés embryonnaires, le mariage, l'u sexuelle plutôt, finit par être prohibée entre les frères c sœurs, non pas parce que l'on avait le moindre souci ni

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