Luhbock, Orig. cML
es incestes, mais parce que, dans le sein de la horde, les mnes femmes étaient revendiquées par les mâles les plus obustes, qui ne les voulaient point céder. Nous savons qu'il » est encore ainsi dans les tribus australiennes ^
Dans cet état social si grossier, c'est nécessairement la mère qui est le centre de la famille, comme elle Test dans les familles de mammifères ; il est donc tout naturel que les enfants portent son nom et point celui de leur père, lequel du reste n'est pas toujours facile à désigner. Mais, une fois la coutume de l'exogamie bien établie, on en arriva à la rendre obligatoire, à interdire aux hommes de s'unir aux femmes du groupe auquel ils appartenaient et qui portaient le même nom qu'eux. Telle est encore la règle générale en Aust^alie^ Mais, en Australie, ce groupe n'est souvent qu'une sous-tribu, une gens y un clan, car les hordes, devenant trop nombreuses, se sont subdivisées en fractions, sortes de grandes familles, unies entre elles seulement pour la vengeance et la défense commune. Les enfants de chaque groupe appartiennent parfois au clan de la mère, et il n'y a point alors de parenté légale entre eux et leur père ^; aussi, en cas de guerre, les fils doivent rejoindre la tribu maternelle*. Mais il s'en faut que ce soit là une règle universelle et, dans quantité de tribus, les enfants appartiennent aujourd'hui au clan paternel \
Ce sont là des données générales, communes à la plupart des tribus australiennes, mais non à toutes. Il en est qui ont organisé leur mariage et leur famille par classes, régula-
1. Laog, Aborigine$ of Auslralia, — Eyrc, DUcoveria in Central Australia» t U, p. 3S5.
t, Grey*$ Journalf t. Il, ch. ii.
3. Tylor, Researches in Early History of Mankind, t. I*', ch. ix.
i. Giraud-Teulon père, Orig. de la familUf p. 44.
5. Folklore, etc., of tho «lustraliun Aborigènes (AdélaidC) 1879), p. !28, 50, 57, 58, 65, G7, 87, 89, 9^, 93. — Fison et Howitt, Kumilaroi and Kumai. 215. LRODRREAU. -^ L'ÉvotutioD du Mariage. ti
ri>anl ainsi, dans une certaine mesure, la confusion p; *' live, ei établissant du même coup une sorte de promis
^ limitée. Le mol • classes », employé par les voyageurs
? nous ont fait connaître ces curieuses mœurs, est impn
car, en Australie, il n'existe encore ni classes sociale castes. Ces prétendues classes sont simplement des : ; tribus, des clans analogues à la qen^ romaine,
t Dans certaines de c€s tribus s'est établie et cons<
une sorte de promiscuité par catégories. Ainsi, che peuplades du mont Gambier, de la rivière Darling e Queensland, chaque tribu se divise en deux sous-li et, dans le sein de chacun de ces clans, tous les hor sont réputés frères, toutes les femmes sont leurs se et tout mariage entre celles-ci et ceux-là est sévère interdit *. C'est là une loi primordiale; la violer est un des plus coupables, qui souille non seulement Tindi mais le groupe auquel il appartient; c'est plus que de ceste, et les Australiens, qui, à leur manière, ont du d ' '; un sentiment très vif, éprouvent de l'horreur pour un |
. -i acte. Mais si tout homme est un frère pour toute
femmes de son clan, en revanche il est un mari pourt ^ >= les femmes de l'autre clan de sa tribu. En conséqu
, .' tons les hommes d'un groupe sont appelés maris par l
j1r les femmes de Tautre, et inversement. Le mariage d
/, i Australiens n'est donc pas, comme chez nous, un acte
\ viduel; c'est un état social, résultant du fait même
naissance-. Pourtant l'union réelle et communautaire point obligatoire. On est libre d'en rester au mariage i nal, virtuel; on peut se borner à s'appeler mari et fer mais en principe le droit est admis, et l'on donne
*■* I. Fisoii ni Howill, Kamilaroi and Kurnai, 50.
i. 1(1.. Ibid,
visiteurs étrangers des femmes temporaires de leur classe*. Ainsi, dans la tribu des Kamilaroi, voisine de Sydney, tout homme du clan Kubi a le droit d'appeler sa femme toute personne de sexe féminin appartenant au clan Ipai et de la traiter comme telle. Il n'est besoin pour cela ni de pourparlers, ni de contrat, ni de cérémonie ; on est époux par droit de naissance, mais l'union intime n'implique pas l'association par couple : la femme passe de l'un à l'autre, ou même des uns aux autres. Au contraire, dans le sein du clan, tous les hommes et toutes les femmes s'appellent frères et sœurs et doivent se respecter. En s'unissant aux hommes de l'autre sous-tribu ayant sur elles le droit conjugal, les femmes ne cessent pas pour cela de résider dans leur clan, dans la sous-tribu de leurs t frères ».
Le mariage dans cette sous-tribu, avec une personne ayant même tolem, c'est l'abomination de la désolation, la faute pour laquelle il n'est pas de merci. Qui la commet est mis au ban de la société, chassé de la tribu, traqué dans les bois comme un gibier et mis à mort. Il a déshonoré l'association, et les enfants qui naissent de ces incestes sociaux sont exterminés*. En résumé, sans se soucier de la consanguinité réelle, on a créé, entre tous les membres du même clan, une fraternité fictive, comme la paternité résultant de l'adoption. Cette parenté artificielle est-elle résultée de la pratique exogamique, ou au contraire l'a-t-elle déterminée? Nous l'ignorons; mais là où elle existe, elle domine tout. Par exemple, si, comme il arrive assez sou vent en Australie, les hommes importants, les chefs, les sorciers, les hommes mûrs, accaparent, pour leur usage personnel, un certain nombre de femmes, ils ne le font qu'en se conformant à la loi d'exogamie entre les sous-tribus.
1. FisoD et Howitt, Kamilaroi and Kurnai (1880), 5â, 53. lld., Ibid., p. 65, 66.
310 L'ÉYOLmON DC MARIAGE ET DE LA FAMILLE.
Si l'une dos IVnimes ainsi confisquées s'évade et est n
l'Ilfu'eM iwsivndueà riioinme qui en avait usurpé 1
session, mais ap^iartient dedroità ceux qui l'ont pour
Bien plus, certaines tribus voisines sont subdivisa
sous>tribus, en clans de même nom; elles ont probabl
essaimé jadis les unes des autres. Or, s'il arrive qu'un h
vole une femme à Tune de ces tribus, la femme captui
aussitôt incorporée dans le clan correspondant de la
des ravisseurs, et elle devient la c sœur * de toul
femmes de ce clan, auquel appartiendront aussi ses et
Ouant au ravisseur, il fait toujours partie d'une autre
d'un autre clan de la même tribu. Arrive-t-il que les
de la femme capturée et de son capteur ne soient pas
triques, n'aient pas de clans correspondants, alors la f
peut devenir la souche d'un clan nouveau appartenan
; tribu de Thomme qui l'a enlevée*.
^ Si la fennne est ravie, non par un individu, mais f
■ parti de guerriers, le premier soin des capteui*s est or
rement d'infliger i la captive un viol collectif, à lacon ^ pourtiint qu'aucun d'eux n'appartienne à un clan home
de celui de la femme ravie; sinon celui-là devrait s'e stenir*.
• [ • Le signe de la fraternité fictive des Kamilaroi et de I
l ' les tribus australiennes organisées de la même manier
" ' un emblème commun, le totem. Tous les hommes p<
s le même totem sont unisjvar le lien d'une fraternité d<
' ^ vention, mais qui n'en est pas pour cela moins étroit
4 totem a été évideumient imaginé à une époque primiti\
J^ l'on distinguait mal les divers degrés de la consanguini
'-'1 où l'on n'hésitait pas à les remplacer par une unions
1. Fison et HoA\it, rt^iinié par Gimud Teuton, fils, dans Origineidu n et de la famille , p. liO.
i. Id., Ibid., p. 8<M«.
LE CLAN ÂMILIAL EN AUSTRALIE ET EN AMÉRIQUE. ail
cielle reculant beaucoup les limites de la famille naturelle.
Quand on voulut sortir de ce mariage communautaire et contracter une union individuelle, on dut recourir à divers artifices. L'un de ces procédés transitoires est resté en usage dans la tribu des Kurnai, dans le Gippsland australien.
Chez eux, les termes usités pour désigner la parenté accusent encore l'antique existence d'un mariage fraternel ; mais ils n'en ont pas moins adopté, dans la pratique, le mariage individuel. La manière dont se contractent ces mariages individuels retrace vraisemblablement ce qui a dû se passer primitivement, quand quelques novateurs essayèrent d'échapper au mariage communautaire, en enlevant la femme préférée par eux et ne rentrant dans la tribu qu'après avoir obtenu le pardon des leurs et la ratification de leur audacieuse entreprise. Tout mariage, chez les Kurnai, doit se faire par enlèvement de l'une des femmes de leur tribu, même quand ce rapt a été précédé d'un échange amiable de sœurs, ce qui est assez ordinaire. Ce rapt simulé est puni par un simulacre de vengeance. Les fugitifs sont poursuivis ; ils sont même maltraités, mais point mis à mort. On les châtie uniquement pour obéir aux vieilles coutumes des ancêtres. Quand tout est terminé et réglé, quand le couple fugitif est réintégré parmi les siens, la femme appartient à l'homme qui l'a enlevée; celui-ci n'est plus obligé de l'offrir aux visiteurs de son clan, ainsi que le voulait l'ancienne hospitalité australienne * : elle est à lui seul. Quelquefois le ravisseur légalise son droit de propriétaire unique, en avertissant d'abord ses amis, leur conduisant et leur livrant la femme, qui ensuite lui appartient*.
A mesure qu'évoluait le mariage communautaire, battu en brèche par l'instinct individualiste, la famille consanguine