‹ L'évolution du mariage et de la familleChapitre 309 sur 406 · Id.,/6i(/., p · texte numérisé non relu

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i. Id., Ibid., p. 177.

risanl ainsi, dans une certaine mesure, la confusion primitive, et établissant du même coup une sorte de promiscuilc limitée. Le mot « classes », employé par les voyageurs, qui nous ont fait connaître ces curieuses mœurs, est impropre, car, en Australie, il n'existe encore ni classes sociales, ni castes. Ces prétendues classes sont simplement des soustribus, des clans analogues à la gens romaine.

Dans certaines de ces tribus s'est établie et consenée une sorte de promiscuité par catégories. Ainsi, chez les peuplades du mont Gambier, de la rivière Darling et du Queensland, chaque tribu se divise en deux sous-tribus et, dans le sein de chacun de ces clans, tous les hommes sont réputés frères, toutes les femmes sont leurs sœurs, et tout mariage entre celles-ci et ceux-là est sévèremenl interdit*. C'est là une loi primordiale; la violer est un acte des plus coupables, qui souille non seulement l'individu, mais le groupe auquel il appartient; c'est plus que de finceste, et les Australiens, qui, à leur manière, ont du devoir un sentiment très vif, éprouvent de l'horreur pour un pareil acte. Mais si tout homme est un frère pour toutes les femmes de son clan, en revanche il est un mari pour toutes les femmes de l'autre clan de sa tribu. En conséquence, tous les hommes d'un groupe sont appelés maris par toutes les femmes de l'autre, et inversement. Le mariage de ces Australiens n'est donc pas, comme chez nous, un acte individuel; c'est un état social, résultant du fait môme delà naissance". Pourtant l'union réelle et communautaire n'est point obligatoire. On est libre d'en rester au mariage nominal, virtuel; on peut se borner à s'appeler mari et femme; mais en principe le droit est admis, et l'on donne aux

1. Fisoii cl Howilt, Kamilaroi and Kurnai, 50. i. I(J., Ibid.

visiteurs étrangers des femmes tcmpoiaires de leur classe*. Ainsi, dans la tribu des Kamilaroi, voisine de Sydney, tout homme du clan Kubi a le droit d'appeler sa femme toute personne de sexe féminin appartenant au clan Ipai et de la traiter comme telle. Il n'est besoin pour cela ni de pourparlers, ni de contrat, ni de cérémonie; on est époux par droit de naissance, mais l'union intime n'implique pas l'association par couple : la femme passe de l'un à l'autre, ou même des uns aux autres. Au contraire, dans le sein du clan, tous les hommes et toutes les femmes s'appellent frères et sœurs et doivent se respecter. En s'unissant aux hommes de l'autre sous-tribu ayant sur elles le droit conjugal, les femmes ne cessent pas pour cela de résider dans leur clan, dans la sous-tribu de leurs c frères ».

Le mariage dans cette sous-tribu, avec une personne ayant môme tolemy c'est l'abomination de la désolation, la faute pour laquelle il n'est pas de merci. Qui la commet est mis au ban de la société, chassé de la tribu, traqué dans les bois comme un gibier et mis h mort. 11 a déshonoré l'association, et les enfants qui naissent de ces incestes sociaux sont exterminés*. En résumé, sans se soucier de la consanguinité réelle, on a créé, entre tous les membres du môme clan, une fraternité fictive, comme la paternité résultant de l'adoption. Cette parenté artificielle est-elle résultée de la pratique exogamique, ou au contraire l'a-t-elle déterminée? Nous l'ignorons; mais là où elle existe, elle domine tout. Par exemple, si, comme il arrive assez souvent en Australie, les hommes importants, les chefs, les sorciers, les hommes mûrs, accaparent, pour leur usage personnel, un certain nombre de femmes, ils ne le font qu'en se conformant à la loi d'exogamie entre les sous-tribus.

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