‹ L'évolution du mariage et de la familleChapitre 316 sur 406 · Lubbock, Orig. civil. ^ p · texte numérisé non relu

Lubbock, Orig. civil. ^ p

incestes, mais parce que, dans le sein de la horde, les nés femmes étaient revendiquées par les mâles les plus ustes, qui ne les voulaient point céder. Nous savons qu'il est encore ainsi dans les tribus australiennes ^ ans cet état social si grossier, c'est nécessairement la re qui est le centre de la famille, comme elle l'est dans familles de mammifères ; il est donc tout naturel que les anls portent son nom et point celui de leur père, lequel reste n'est pas toujours facile à désigner. Mais, une fois coutume de l'exogamie bien établie, on en arriva à la dre obligatoire, à interdire aux hommes de s'unir aux imes du groupe auquel ils appartenaient et qui portaient lême nom qu'eux. Telle est encore la règle générale en Ausie*. Mais, en Australie, ce groupe n'est souvent qu'une s-tribu, une gens^ un clan, car les hordes, devenant trop nbreuses, se sont subdivisées en fractions, sortes de ndes familles, unies entre elles seulement pour la vennce et la défense commune. Les enfants de chaque upe appartiennent parfois au clan de la mère, et il n'y a Dt alors de parenté légale entre eux et leur père ^; aussi, cas de guerre, les fils doivent rejoindre la tribu materle*. Mais il s'en faut que ce soit là une règle universelle

dans quantité de tribus, les enfants appartiennent ourd'hui au clan paternel, îe sont là des données générales, communes à la plupart

tribus australiennes, mais non à toutes. II en est qui ont :anisé leur mariage et leur famille par classes, régula-

Laog, Aboriginei of Australia. — Eyro, Di8C0verie$ in Central Australia» ,p. 385.

Grey^s Journal, t. II, ch. ii.

Tylor, Researches in Early History of Mankind, t. l", ch. ix. Giraud-Teulon père» Orig. de la farnUUy p. 44.

Folklore, etc., of tho australian Aborigènes (Adélaïde, 1879), p. !28, 50, 57, 65, 67, 87, 89, 92, 93. — Fisoii et Uowitt, Kumilaroi and Kumai, 215. UCTOURNEAU. — L*Évolution du Mariage. ti

'£iè L £VOLmO^ DU MARUGE ET DE LA FAMILLE.

risant ainsi, dans une certaine mesure, la confusion primitive, et établissant du même coup une sorte de promiscuilé limit«*e. L^ mol • classes >, employé par les voyageurs, qui nous ont fait connaître ces curieuses mœurs, est impropre, car, en Australie, il n'existe encore ni classes sociales, oi castes. Ces prétendues classes sont simplement des soostribus, des clans analogues à la gens romaine.

Dans certaines de ces tribus s'est établie et conservée une sorte de promiscuité par catégories. Ainsi, chez Icà peuplades du mont Gambier, de la rivière Darling et du Queensland, chaque tribu se divise en deux sous-tribus et, dans le sein de chacun de ces clans, tous les hommes sont réputés frères, toutes les femmes sont leurs sœurs, et tout mariage entre celles-ci et ceux-là est sévèremenl interdit *. C'est là une loi primordiale; la violer est un acte des plus coupables, qui souille non seulement Tindividu, mais le groupe auquel il appartient; c'est plus que de Tiflceste, et les Australiens, qui, à leur manière, ont du devoir un sentiment très vif, éprouvent de Thorreur pour un pareil acte. Mais si tout homme est un frère pour toutes la fenunes de son clan, en revanche il est un mari pour toutes les femmes de Tautre clan de sa tribu. En conséquence, tous les hommes d'un groupe sont appelés maris par toutes les fr'mmes de Taulre, et inversement. Le mariage de ces Australiens n'est donc pas, comme chez nous, un acte individuel; c'est un éliil social, résultant du fait même delà naissance-. Pourtant l'union réelle et communautaire n'est point obligatoire. On est libre d'en rester au mariage nominal, virtuel; on peut se bornera s'appeler mari et femme; mais en principe le droit est admis, et Ton donne aux

1. Fisoii nt Howilt, Kamilaroi and Kurnai, 50. t. 1(1., tbid.

visiteurs étrangers des femmes temporciires de leur classe*. Ainsi, dans la tribu des Kamilaroi, voisine de Sydney, tout homme du clan Kubi a le droit d'appeler sa femme toute personne de sexe féminin appartenant au clan Ipai et de la traiter comme telle. Il n'est besoin pour cela ni de pourparlers, ni de contrat, ni de cérémonie; on est époux par droit de naissance, mais l'union intime n'implique pas l'association par couple : la femme passe de l'un à l'autre, ou même des uns aux autres. Au contraire, dans le sein du clan, tous les hommes et toutes les femmes s'appellent frères et sœurs et doivent se respecter. En s'unissant aux hommes de l'autre sous-tribu ayant sur elles le droit conjugal, les femmes ne cessent pas pour cela de résider dans leur clan, dans la sous-tribu de leurs c frères ».

Le mariage dans cette sous-tribu, avec une personne ayant même iolemy c'est l'abomination de la désolation, la faute pour laquelle il n'est pas de merci. Qui la commet est mis au ban de la société, chassé de la tribu, traqué dans les bois comme un gibier et mis à mort. Il a déshonoré l'association, et les enfants qui naissent de ces incestes sociaux sont exterminés*. En résumé, sans se soucier de la consanguinité réelle, on a créé, entre tous les membres du même clan, une fraternité fictive, comme la paternité résultant de l'adoption. Cette parenté artificielle est-elle résultée de la pratique exogamique, ou au contraire Ta-t-elle déterminée? Nous l'ignorons; mais là où elle existe, elle domine tout. Par exemple, si, comme il arrive assez souvent en Australie, les hommes importants, les chefs, les sorciers, les hommes mûrs, accaparent, pour leur usage personnel, un certain nombre de femmes, ils ne le font qu'en se conformant à la loi d'exogamie entre les sous-tribus.

1. Fison et Howitt, Kamilaroi and Kurnai (1880), 52, 53. ). Id., Ibid., p. 65, 66.

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Si Tune des femmes ainsi confisquées s'évade et est reprise, elle n'est pas rendue à Tliomme qui en avait usurpé la possession, mais appartient de droit à ceux qui Tout poursuivie.

Bien plus, cerLiines tribus voisines sont subdivisées en sous-tribus, en clans de même nom; elles ont probablement essaimé jadis les unes des autres. Or, s'il arrive qu'un homme vole une femme à l'une de ces tribus, la femme capturée est aussitôt incorporée dans le clan correspondant de la Iribo des ravisseui^, et elle devient la « sœur * de toutes les femmes de ce clan, auquel appartiendront aussi ses enfants. Quant au ravisseur, il fait toujours partie d'une autre gens^ d'un autre clan de la même tribu. Arrive-t-il que les tribus de la femme capturée et de son capteur ne soient pas symétriques, n'aient pas de clans correspondants, alors la femme peut devenir la souche d'un clan nouveau appartenant à la tribu de Tliomme qui l'a enlevée*.

Si la femme est ravie, non par un individu, mais par un parti de guerriers, le premier soin des capteurs est ordinairement d'infliger à la captive un viol collectif, à la condition poiu^tant qu'aucun d'eux n'appartienne à un clan homonyme de celui de la femme ravie; sinon celui-là devrait s'en abstenir*.

Le signe de la fraternité fictive des Kamilaroi et de toutes les tribus australiennes organisées de la même manière, est un emblème commun, le totem. Tous les hommes portant le même totetn sont unis par le lien d'une fraternité de convention, mais qui n'en est pas pour cela moins étroite. Le totem a été évidemment imaginé à une époque primitive, où l'on distinguait mal les divers degrés de la consanguinité, et où Ton n'hésitait pas à les remplacer par une luiion artifi-

1. Fison et Howil, résumé par Giraud Teulon, fils, dans Originei du fMri*9^ et de In famiUf, p. 120.

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