‹ L'évolution du mariage et de la familleChapitre 32 sur 406 · IV. — AMOURS DES ANIMAUX · texte numérisé non relu

IV. — AMOURS DES ANIMAUX

Dans un Hvim» mystique fort connu, se trouve un aphoiisme, qui est devenu célèbre : «L'Amour est fort comme la Mort. » L'expression n'est pas exagérée, on peut même dire que l'amour (»st plus fort q\w la mort, puisqu'il la fait mépriser, et cela est peut-être plus viai encore chez les animaux que chez l'homme, et d'autant plus évident que la volonté i^aisonnée est plus faible, que des calculs prudents ne font point échec à l'impétuosité des désirs. Pour la plupart des insectes, aimer et mom'ir sont prcMpic synonymes, et pourtant ils n'essayent même pas de résister au vertige amoureux qui les entraîne. Mais, si courte que soit leur carrière amoureuse, on observe déjà rhez beaucoup d'entre eux un ftiit si général, qu'on peut le considérer comme l'expression d'une loi : la loi de coquetterie. Chez la plupart des espèces quelque peu intelligentes, la femelle se refuse d'abord aux caresses amoureuses, pratique utile et qui a bien pu résulter de la sélection : car, invariablement, elle a pour résultat d'irriter les désirs du mâle et de réveiller chez lui des facultés latentes ou endormies. Si brève que soit la vie des papillons, par exemple,

leurs accouplements ne se font pas sans préliminaires, et leurs mâles courtisent les femelles pendant des heures entières ; or, pour un papillon, les heures sont des années.

Il va de soi que la coquetterie des femelles est plus commune encore chez les vertébrés. Quand arrive la saison des amours, beaucoup de poissons mâles, qui se parent alors de couleurs plus brillantes, font valoir leur beauté passagère, en étalant leurs nageoires, en exécutant autour des femelles des sauts, des passes, des manèges séducteurs.

Déjà, chez les poissons, on commence à obser\er une autre loi amoureuse, au moins aussi générale que la loi de coquetterie, et que Darwin a appelée la loi de combat. Les mâles se disputent les femelles et doivent tout d'abord triompher de leurs rivaux. Ainsi les femelles des épinoches sont très pacifiques, tandis que leurs mâles sont d'humeur belliqueuse et se livrent en leur honneur de furieux combats. De môme les saumons mâles, dont la mâchoire inférieure s'allonge en crochet pendant la saison des amours, batiûllent constamment entre eux*.

Plus on s'élève dans le règne animal et plus deviennent fréquents et violents, chez les mâles amoureux, deux désirs : le désir de paraître beau, et celui d'expulser ses rivaux. Dans rAmérique du Sud, les mâles de VAnalis cristellatus, saurien lissilingue, se livrent, au printemps, de terribles combats, dans lesquels le vaincu perd habituellement sa queue, dévorée par le vainqueur. Un vieil observateur nous dépeint aussi l'alligator mâle et amoureux « gonflé a crever, la tète et la queue relevées, pivotant â la surface de l'eau et semblant affecter l'allure d'un chef indien qui raconte ses exploits* ».

Mais c'est particulièrement dans la classe des oiseaux que le sentiment, on peut dire la passion de l'amour, éclate avec

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