Biirtrain, Travels through CaroUnay p
le plus de force et même de poésie. C'est surtout aux oiseaux que s'applique la célèbre théorie darwinienne de la sélection sexuelle. 11 est difficile, en effet, de ne pas attribuer à cette influence la production des armes offensives et défensives, des ornements, des organes du chant, des glandes à sécrétion odorante de nombre d'oiseaux mâles, et aussi leur courage, l'instinct belliqueux de beaucoup d'entre eux et enfin la coquetterie des femelles. Ecoutons Audubon nous raconter les amours de l'alouette des prés : « On voit chaque mâle s'avancer d'un pas imposant et mesuré, fouettant de la queue, rétendant de toute sa largeur, puis la refermant ainsi qu'un éventail aux mains d'une brillante demoiselle. Leurs notes éclatantes sont plus mélodieuses que jamais ; ils les répètent plus souvent, tandis qu'ils se tiennent sur lu branche ou au sommet de quelque grand roseau de la prairie. — Malheur au rival qui ose entrer en lice ou plutôt qu'un mâle s'offre simplement à la vue d'un autre mâle en ce moment de véritable délire : il est attaqué soudain et, s'il est le moins fort, chassé par delà les limites du territoire que revendique le premier occupant. On en voit quelquefois plusieurs engagés dans ces rudes combats, mais rarement cela dure plus de deux ou trois minutes : l'apparition d'une seule femelle suffit pour terminer à l'instant leur querelle et tous ils partent après elle, comme des fous. Li femelle fait preuve de la réserve naturelle à son sexe, et sans laquelle, même parmi les alouettes, toute femelle resterait probablement sans trouver de mâle (ceci est un peu trop flatteur pour les animaux et même pour* les hommes). Lorsque celui-ci, continue Audubon, vole vers elle en soupirant ses plus douces notes, elle s'éloigne de son ardent admirateur de manière à ce qu'il ne sache pas s'il est repoussé ou encouragé*. »
1. Audubon, Scènes de la Nature dans les États-Unis, 1. 1", p. 383.
Dans ce petit tableau, Tautcur a noté tous les traits saillants de l'amour des oiseaux : le courage et la jalousie du mâle, ses luttes avec ses rivaux, ses efforts pour charmer la femelle par sa beauté, par la douceur de son chant, enfin la coquetterie de la femelle, qui se dérobe et jette ainsi de l'huile sur le feu. — Pour bien des espèces d'oiseaux, les combats des màlcs amoureux ont été observés et décrits minutieusement. Les grands hérons bleus mâles s'attaquent, dit Audubon, brutalement, sans courtoisie, font des passes avec leur long bec et parent les coups comme des maîtres d'escrime, parfois pendant une demi-heure, après quoi le vaincu reste sur le terrain, blessé ou meurtri *.
Les oies mâles du Canada se livrent des combats qui durent plus d'une demi-heure ; le vaincu revient parfois à la charge et la lutte a toujours lieu en champ clos, au milieu d'un cercle formé par la bande môme, le clan, dont les rivaux font partie.
Mais c'est surtout chez les gallinacés que l'amour inspire aux mâles des fureurs guerrières. Dans cet ordre des oiseaux, presque tous les mâles sont d'humeur belliqueuse. Xolre coq de basse-cour est le type du gallinacé, vaniteux, amoureux et courageux. Les coqs de bruyère sont aussi toujours prêts à la lutte et leurs femelles assistent tranquillement à leurs combats et récompensent ensuite le vainqueur. On peut, sans difficulté, dans l'humanité sauvage ou même dans l'humanité civilisée, observer des faits analogues, seulement un peu j)lus masqués. Ce qui est bien plus humain encore, c'est la conduite de certaines femelles du Tétras urogallus qui, suivant Kowalewsky, profitent du moment où l'attention des vieux coqs est tout entière absorbée par le souci du combat, pour s'esquiver avec un mâle plus jeune *.