‹ L'évolution du mariage et de la familleChapitre 330 sur 406 · Lubbock, Orig, Civil. y p · texte numérisé non relu

Lubbock, Orig, Civil. y p

4. Donionccli, Voy. pitt. dans len déserts du Nouveau-Monde, p. 508.

35i LÉVOLUTION DU MARIAGE ET DE LA FAMILLE. -

commande dans les bois, dans la prairie; mais dans Tiotérieur du wigwam, c'est la femme la plus ancienne ou la mère qui gouverne et assigne à chacun sa place*. Ce sont ces mœurs, et aussi les mariages par senitude, • qui ont conduit plusieurs observateurs à attribuer aui femmes une autorité considérable, que réellement elles ne possèdent pas. En fait, elles sont presque toujours achetées et fort soumises. C'est que la famille maternelle et le matriarcat sont choses fort distinctes. La première est commune; le second est fort rare, s'il a jamais existé. Les Australiens, qui ont la famille maternelle, n'en traitent pas moins leurs femmes comme nous n'oserions pas traiter nos animaiu domestiques. Encore une fois, pour que la filiation par les femmes donne à celles-ci une influence sociale notable, il faut que la société soit déjà fort civilisée, qu'il y ait des valeurs transmissibles, et que, par héritage, les femmes puissent devenir riches. Alors elles sont en mesure d'exercer le pouvoir que la fortune donne en tout pays. Mais chez les Peaux- Rouges, la propriété individuelle était fort mal instituée encore; les clans conservaient le domaine éminent; les objets mobiliers n'avaient pas grande valeur ; il n'y avait pas d'animaux'domestiques; être riche était difficile à un individu quelconque, homme ou femme. Enfin, les grandes occupations, celles qui étaient réputées nobles, celles aussi desquelles dépendait l'existence même des tribus, étaient la chasse et la guerre ; or, les femmes n'y prenaient aucune part. Elles n'ont donc pas pu exercer une influence dominante, môme dans les tribus où elles étaient traitées avec une douceur relative. Chez les Peaux-Rouges en général, tous les travaux pénibles incombent à la femme, sauf la fabrication des armes. C'est elle qui prend soin du ménage, qui fait la cuisine, prépare les peaux et les fourrures, recueille le riz

1. Domencch, Voy. pUL dans les diserts du NouveaU'Monde, p. SIS.

sauvage, laboure, sème et récolte le mais et les légumes, fait sécher les viandes et les racines pour les provisions d'hiver, confectionne les vêtements, les colliers, etc. Elle travaille même à la fabrication des canots d'écorce, mais alors l'homme lui veut bien venir en aide. Hors de là, ce dernier se borne à chasser et guerroyer, à fumer, manger, boire et dormir. A ses yeux, le travail est un déshonneur*. Telles sont les mœurs des Peaux-Rouges actuels. Étaient-elles différentes au siècle dernier? Nullement, à en croire les autorités mêmes invoquées par les théoriciens modernes du matriarcat américain. Charlevoix nous dit, que les maris Hurons prostituaient leurs filles et leurs femmes pour de l'argent*, que les Sioux coupaient le nez à leurs femmes infidèles et les scalpaient ^ que tous les gros travaux étaient laissés aux femmes, les hommes se faisant gloire de leur oisiveté*. Lafitau énumère avec plus de détail encore les nombreuses et pénibles occupations des femmes% il nous raconte l'histoire d'un mari peau-rouge brûlant à petit feu sa femme adultère*. Ce n'est donc pas chez les Peaux-Rouges que l'on peut trouver le matriarcat. Leur système familial n'en est pas moins fort curieux, surtout si on le rapproche de celui des Australiens.

Le clan familial des Australiens et des Peaux-Rouges nous permet en effet de remonter a l'origine des idées de parenté. Rien de pareil ne semble exister chez les animaux. Dans les espèces les mieux douées, les parents, surtout les femelles, aiment d'instinct leurs jeunes, mais uniquement tant qu'ils

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