‹ L'évolution du mariage et de la familleChapitre 360 sur 406 · A. Giraud-Teulon, loc, cit., p · texte numérisé non relu

A. Giraud-Teulon, loc, cit., p

léger, de les pleurer, s'ils viennent à mourir : en fait, c esl un père avonculaire et, quand il meurt, ce sont ses neveux qui hérileul de son bien personnel. — Dans la famille naîre, la mère polyandre esl fort respectée, et la personne la plus considérée après elle est sa fille aînée, qui la remplacera dans son rôle de mère-abeille, productrice d'enfants. Les maris naïrs, les pères, n'entrent dans la maison de leur femme commune qu'à tour de rôle et à de certains jours; dans celte maison, ils n'ont pas même le droit de s'asseoir à côté de leur femme, pour une part, et de ses enfants : ce sont des hôtes passagers, presque des étrangers*.

A prendre ces faits d'un certain côté, il semble que Ton ail enfin trouvé, chez les Naïrs, un pays où règne sans conteste le matriarcat, la prééminence légale de la femme sur l'homme, la materna po testas. En effet, c'est la femme naîre qui possède ; c'est par elle que se transmettent les biens, et, étant donné le régime de la libre polyandrie, il est difficile aux enfants naïrs de connaître leur père. Bien plus, dans divers pays polyandriques du Malabar, la prééminence de la femme dans la famille a inDué sur l'organisation politique, et il en esl sorti tout un système féodal féminin, des liens de suzeraineté et de vassalité reposant sur une polyandrie fictive. Ainsi, en février dernier (1887), les journaux anglais ont annoncé que le sultan des îles Laquedives, étant devenu vassal de l'Angleterre, avait notifié à ses sujets sa nouvelle situation au moyen d'une proclamation, dans laquelle il expliquait qu'il avait cessé d'être le mari et le sujet de son ancienne suzeraine, la Bibi de Gannanor; car, par une faveur spéciale, le gouvernement de Geylan avait bien voulu l'admettre au nombie des mariSy c'est-à-dire des vassaux directs

1. Bachhofcii, Antiq. Driefe,\i. 216,278 (Résumé par A. Giraud-TeuloD, loc» cit,f p. 150, 15^i>

de la reine d'Angleterre. Notons que, pour les Indiens de cette région, la reine d'Angleterre est « la fille » de la Compagnie des Indes (Compani Bahadour), laquelle demeure h Londres dans un palais avec beaucoup d'hommes. — Et maintenant quelle est la valeur réelle de ce matriarcal polyandrique? Il est sûrement plus apparent que réel. Chez les Xaïrs, comme partout, la propriété assure à la personne, homme ou femme, qui la possède, une importance proportionnelle à sa valeur. La dame naïre, étant propriétaire, est donc fort considérée. Mais il s'en faut que cette considération équivaille à une domination incontestée. Sans doute, chez les Naïrs, Thomme n'existe pas, comme mari ; mais néanmoins il est guerrier et même guerrier fort belliqueux. Or, la force militaire a cela de commun avec l'argent que nulle part elle n'est dédaignée. Aussi, dans la famille de sa sœur, l'homme naïr n'est rien moins que subjugué. Nous l'avons vu plus haut. C'est lui qui gouverne et élève les enfants de sa sœur aux maris nombreux. En réalité, il est le chef de la famille de sa sœur et ce qu'il perd comme mari, il le regagne comme oncle.

Ramenés ainsi à leur juste valeur, la polyandrie et le régime familial des Naïrs n'en restent pas moins un fait sociologique des plus intéressants. C'est le système polyandrique à la fois le plus complel et le plus logique qui soit. En effet, le mariage naïr ne comprend plus seulement ou surtout des groupes de frères ou de sœurs; pleine liberté est laissée à la femme, sauf des restrictions de classes. On ne songe pas non plus, comme on le fait dans le Thibet, à créer une pseudo-filiation masculine, en attribuant arbitrairement tel ou tel des enfants à tel ou tel des maris. Chez les Naïrs, la famille maternelle est instituée dans toute sa plénitude; enfin leur polyandrie n'est nullement contrariée par la proportion des sexes, puisque, si la femme peut con-

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tracter mariage avec plusieurs hommes, chacun de ceux-ci à son tour a la faculté d'entrer dans plusieurs associations conjugales. Ce régime matrimonial est donc parfaitement compatible avec le maintien de la population et Téquilibre des sexes.

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