‹ L'évolution du mariage et de la familleChapitre 369 sur 406 · Argonaulidey H · texte numérisé non relu

Argonaulidey H

Non point par toute la terre sans doute, mais çà et là, au moment où l'on a fait effort pour fonder la famille paternelle, à tout le moins pour déterminer la filiation masculine, des peuplades, fort naïves encore, ont eu l'idée de symboliser la part de l'homme dans la génération par la mimique grossière de l'accouchement. Par cette pratique, si propre i frapper l'attention, le père aflîrmait hautement sa paternité, et sans doute, acquérait certains droits sur le nouveau-né. Remarquons que l'habitude de la couvade s'est surtout conservée chez les indiens d'Amérique, c'est-à-dire dans une contrée où le système de la famille maternelle a été et est encore extrêmement répandu. La couvade représente vraisemblablement un effort pour en sortir. Elle atteste que l'homme ne veut plus partager sa femme ou ses femmes, prétend avoir des enfants, qui soient bien à lui et qui sans doute hériteront de ce qu'il peut posséder. Elle est en résumé une révolte de l'individualisme contre le communisme primitif. La mimique en est grossière et même bizarre, mais, dans un état social où il n'existe ni notaire, ni maire, ni registre de l'état civil, la preuve testimoniale est la grande ressource, et, pour la créer sûre et durable, on a volontiers recours à des pratiques frappantes, compliquées, qui puissent bien graver dans la mémoire des assistants le souvenir d'un fait. Dans nombre de cas, notamment dans les formalités de l'émancipation, quand le père romain faisait, trois fois de suite, le simulacre de vendre son fils, la procédure de la Rome i>iimitive nous offre des exemples du même ordre.

Dans les pages précédentes, j'ai rassemblé aussi exactement qu'il m'a été possible tout ce que nous savons du clan t'amilial et de la famille maternelle. Il serait téméraire de proclamer que telles ont été les formes primitives et partout nécessaires de la famille. Il est incontestable cependant qu'elles sont ou ont été fort communes dans tous les pays et chez toutes les races. Mais ce sont là des types d'association familiale déjà réglés, compliqués. Antérieurement a dû exister, dans les petites hordes humaines, une anarchie complète, caractérisée le plus souvent par le despotisme du mâle le plus robuste^ dominant un petit troupeau de femmes et d'enfants docilement soumis à ses caprices, une sorte de patriarcat bestial. Chez les races très clairsemées, sans intelligence, sans industrie, la monogamie pratique s'est même établie d'emblée. Nous savons qu'il en était ainsi, chez les stupides Veddahs de Ceylan, alors qu'ils erraient par familles simples dans les forets vierges de leur lie, inhabiles à constituer môme la horde la moins nombreuse. Dès que les hommes se sont groupés en petites sociétés quelque peu réglées, le clan familial à parenté confuse a dû fréquemment se constituer, mais sur des plans nécessairement variables suivant les conditions, les exigences de la vie sociale. Tout ce qui était possible a sûrement été tenté : tantôt la promiscuité réglementée, car chacun réclamait ses droits^ tantôt le ménage mi-partie polyandrique et polygynique^ ailleurs la polyandrie simple, quand les femmes étiiient rares, parfois la monogamie.

Encore une fois, tout ce qui était compatible avec le

maintien du petit groupe social a dû être essayé d'abord; puis la sélection a assuré Fadoption permanente de tel ou tel système. Quand on s'est soucie de noter la liliation, c'est surtout la filiation utérine, dont on a d'abord tenu compte ; la filiation paternelle était moins frappante, moins facile à constater; elle a été, presque partout, la dernière venue cl la coutume si répandue de lacouvade nous prouve qu'elle ne s'est pas établie sans peine. Pourtant, par toute la terre, elle a fini par triompher dans les états barbares encore, mais à structure sociale et politique complexe, là où le primitif régime communautaire avait plus ou moins disparu, où une ligne de démarcation suffisamment profonde séparait les intérêts de l'individu de ceux du groupe auquel il appartenait. Presque toujours, en effet, la transformation sociale, d'où est sortie la famille paternelle, a coïncidé avec un changement radical dans le régime de la propriété, qui simultanément est devenue individuelle ou tout au moins familiale.

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