II. — LA FAMILLE CHEZ LES SÉMITES
Quand, dans la littérature courante, on écrit le mot < patriarche >, cela fait penser sur-le-champ au chef de l'antique famille sémitique et surtout hébraïque, au petit tyran, tenant groupé sous son pouvoir despotique ses femmes, ses enfants, ses esclaves, c'est-à-dire au patriarcat dans toute sa dureté, avec le droit de vie et de mort attribué au patriarche. Mais ce patriarcat sémitique ne s'est point institué d'emblée; il est le résultat d'une longue évolution antérieure, et, comme tant d'autres peuples, les Sémites ont débuté par la confuse parenté du clan familial. Antérieurement, en étudiant le mariage primitif chez les Arabes, nous y avons trouvé un antique régime de libre polyandrie, analogue à celle des Naïrs. A cette époque lointaine, la femme enfantait encore pour son clan et ce clan était si bien une grande famille, qu'aujourd'hui même dans certaines parties de l'Arabie, le mot usité pour dire clan signifie littéralement € chair* ». Être d'un même clan, c'était donc être d'une même chair.
C'est à une époque relativement récente que la filiation paternelle s'est établie chez les Arabes. Au temps du prophète, les prohibitions au mariage étaient encore du côté