Espinas, Soc. ontm., p
LETOORNBAU. — L*£volution du Mariage. 3"
en quête de nouvelles aventures, toujours cherchant de nouvelles compagnes*.
Ces exemples d'humeur vagabonde sont du reste assez rares chez les oiseaux, qui, en très grande majorité, sont monogames et même, en matière de fidélité conjugale, fort supérieurs à la plupart des hommes.
Presque tous les rapaces, même les stupides vautours, sont monogames. L'union conjugale de l'aigle à tête blanche paraît même durer jusqu'à la mort de l'un des époux : c'est le mariage monogamique et indissoluble, quoique sans contrainte légale*. Les aigles dorés vivent par couples et restent attachés l'un à l'autre, des années durant, sans même changer <ie domicile ^ Mais ces cas, si honorables, n'ont rien d'exceptionnel ; l'attachement conjugal profond est un sentiment commun à beaucoup d'oiseaux.
Chez la perruche illinoise (Psitlacus pertinax), veuvage el mort sont synonymes, ce qui est assez rare dans l'espèce humaine, et les oiseaux nous donnent plus d'un exemple analogue. Quand, après quelques années de vie conjugale, un hypolaïs des saules vient à mourir, son compagnon lui survit à peine pendant un mois. Le mAlé et la femelle des panures sont toujours perchés côte à côte. Viennont-ils à s'endormir, l'un d'eux, le mâle ordinairement, recou\Te tendrement l'autre de son aile. La mort de l'un, dit Brehm, cause fatalement celle de son compagnon. Les couples des eolaptes dorés, des tourterelles, etc., vivent dans une union parfaite, et, en cas de veuvage, éprouvent un chagrin violent et durable. Le mâle d'un colapte (grimpeur), ayant vu mourir sa femelle, tambourinait jour et nuit de son bec pour appeler l'absente; puis enfin, découragé et désespéré, il devint
J. Espinas, Soc. anim., p. At\, 2. Audubon, Loc. cit., t. !•', p. 83.
X Ibid., t. 1", p. 202.
silencieux, mais perdit à jamais toute gaieté (Brchm).
Ces exemples de fidélité à toute épreuve, de religion du souvenir, tout en étant bien plus fréquents dans les ménages d'oiseaux que dans les ménages humains, ne sont point cependant de règle absolue. Chez les oiseaux, comme chez les hommes, il semble qu'il y ait un bon nombre d'irréguliers, d'individus imparfaitement moralises encore et de tempérament volage. On le peut induire de la facilité avec laquelle, chez certaines espèces d'oiseaux monogames, le conjoint mort est remplacé. Jenner, l'inventeur de la vaccine, raconte que, dans le Wiltshire, il a vu tuer, sept jours de suite, l'un des oiseaux d'un couple de pies, qui, sept fois fut immédiatement remplacé. Des faits analogues ont été observés sur des geais, sur des faucons, sur des sansonnets. Or, puisqu'il s'agit d'animaux appariés, chaque remplacement doit correspondre à un abandon, d'autant mieux que les observations ont été faites dans une même localité et au plus fort de la saison de la reproduction *.
En outre, d'étranges fantaisies amoureuses passent parfois dans le cerveau de certains oiseaux. Ainsi l'on voit des oiseaux d'espèces distinctes s'accoupler et cela même à l'état sauvage. On a observé de ces unions illégitimes entre des oies et des bernaches, des tétras noirs et des faisans.
Darwin relate un cas do passion de ce genre, née subitement, par coup de foudre, chez une cane. Le fait fut observé et raconté par M. Hewit en ces termes : « Ayant déjà reproduit pendant deux saisons avec un mâle de son espèce, elle le congédia aussitôt que j'eus introduit dans le même étang une sarcelle mâle. Ce fut évidemment un cas d'amour subit; car la cane vint nager d'une manière caressanteautour du nouveau venu, manifestement alarmé et peu disposé à accueillir