Darwin, Descendance, p
Si l'étude des modes de runion sexuelle chez les animaux n'est pas inutile au sociologisle, celle de la famille animale est au moins aussi intéressante. Cette dernière confirme les inductions des théoriciens relativement à la forme primitive de la famille humaine. En effet, la famille animale est surtout maternelle. Chez les oisenux, la femelle, aussitôt la ponte, 4»prouve une sorte d'ivresse; couver devient pour elle un impérieux besoin, qui transforme complètement sa nature morale. En janvier 1871, pendant le bombardement de Paris, un obus allemand, éclatant dans le grenier d'une maison habitée par un de mes amis, ne suffit pas à distraire de sa besogne un pigeon femelle, absolument captivé par la passion de la couvaison.
C*est chez les oiseaux que la famille animale est le mieux constituée ; pourtant elle l'est fort différemment selon les espèces, surtout en ce qui concerne la participation du mâle à l'élevage des petits.
Chez les canards, le mâle ne se soucie point de sa progéniture. L'eider mâle, sous ce rapport, ressemble au canard (Audubon). Les dindons mâles font bien pis; ils dévorent souvent les œufs de leurs femelles et obligent ces dernières à les leur cacher*. Les femelles de dindons, pour plus de sûreté, se réunissent avec leurs petits et forment ainsi des troupes de soixante à quatre-vingts individus, dirigés par les mères, fort attentives à éviter les vieux mâles, qui sepré- <ipitent sur les jeuneset les tuent en leur assénant des coups de bec sur la tète '.