Audubon, Scènes de la naturey t. I*% p
de ce que, nous autres hommes, nous appellerions leur moralité, il s'en faut que les mammifères occupent le premier rang, dans la hiérarchie animale; nombre d'oiseaux leur sont fort supérieurs. Il y a d'ailleurs de grandes différences de mœurs, suivant les espèces. Beaucoup de mammifères en sont restés à la promiscuité la plus brutale; mâles et femelles se prennent et se quittent au hasard des rencontres, sans que le souci de la famille s'éveille un moment dans l'esprit du mâle.
Les femelles des mammifères étant toujours plus faibles que les mâles, aucune association sexuelle, comparable à la polyandrie, n'est possible dans cette classe, puisque, le voulût-elle, une femelle ne réussirait pas à rassembler un sérail de mâles. Mais pour la polygamie, il en va tout différemment; elle est fort commune chez les mammifères, spécialement chez les espèces sociables, vivant en troupeaux. Elle résulte alors des nécessités mêmes de la lutte pour la vie. Li sociabilité provient en général de la faiblesse. Les espèces mal armées pour la lutte brutale et, d'autre part, trouvant sans trop de peine leur nourriture, vivent volontiers en société. L'union fait la force. Ainsi procèdent les ruminants, par exemple. Certains carnassiers, irop mal pourvus de dents et de griffes, les chiens, les chacals, s'agglomèrent aussi et pour la même raison : la nécessité d'opposer à l'ennemi un front de bataille respectable. Cette existence en commun est sûrement propice au développement de certaines vertus sociales ; elle ne peut qu'émousser la cruauté primitive et développer les qualités altruistes, mais elle est peu favorable à la retenue sexuelle et à la monogamie. Aussi la plupart des mammifères sociables sont polygames. Les ruminants vivent en hordes, composées de femelles et de jeunes groupés autour d'un mâle, qui les protège, mais expulse ses l'ivaux et • devient un vrai chef de bande. Des espèces fort différentes
composent de la môme manière des sociétés familiales, très analogues entre elles.
Quand l'éléphant adulte de l'Inde renonce à la vie solitiiire, qu'adoptent volontiers les animaux redoutables, c'est pour fonder une petite société polygamique, d'où il expulse tous les mâles plus faibles que lui*.
Les mouflons d'Europe et ceux de l'Atlas forment aussi, h l'époque du rut, de petites sociétés du même genre*.
Chez les arctocéphales, dit Brehm, le mâle, d'humeur très jalouse, réunit autour de lui trente à quarante femelles sans compter les jeunes, soit une famille polygamique comprenant quelquefois jusqu'à cent vingt individus.
Le mâle de Yantilope saiga d'Asie est un polygame désordonné ; il expulse tous ses rivaux et se formait un harem comptant quelquelois une centaine de femelles ^ Les phoques sont aussi de déterminés polygames.
Il s'en faut que le régime polygamique des animaux étouffe chez les femelles les sentiments affectueux pour leur époux et maître. Les femelles des lamas guanacos, par exemple, sont très fidèles à leur mâle. Celui-ci vient-il à être blessé ou tué, au lieu de se sauver, elles accourent près de lui en sifflant et s'offrent aux coups du chasseur sans songer au péril, tandis qu'au contraire, si une femelle est tuée, le mâle détale avec toute sa bande : il ne pense qu'à lui.
Il n'y a du reste, chez les mammifères, aucune relation rigoureuse entre le degré de développement intellectuel et la forme de l'union sexuelle. Les carnassiers vivent souvent par couples, pour la raison précédemment donnée; mais ce n'est pas là une règle absolue, ainsi le lion de l'Afrique australe a fré-