‹ L'évolution du mariage et de la familleChapitre 64 sur 406 · Vuliiftv, Syrie, ch. m · texte numérisé non relu

Vuliiftv, Syrie, ch. m

qiicnienl tous les mois ou tous les trois mois dans des agapes fi-alernélles, à la suite desquelles il s'unissent dans les ténèbres, sans souci de l'adultère ni de l'inceste. Dans tout rOrient syrien, la fête erotique des Yazidiès s'appelle d'un nom. signiflcatif, Daour-el-Cachfèhj « la ronde de l'empoignement^ ». Mais le fait fût-il exact, qu'en résulterait-il? Seulement une aberration de plus à l'actif des religions génésiqucs.

Je bornerai là mon énumération. Il n'en résulte évidemment rien de bien convaincant. La plupart des faits que je viens de citer sont ou mal observés, ou contestés, ou affirmés par un seul témoignage, ou ne reposent que sur des on-dit. Il est donc prudent de les tenir en légitimé suspicion et surtout, certains d'entre eux fussent-ils exacts, il faut se garder d'en tirer des conclusions générales. La promiscuité a pu être adoptée par certains petits groupes humains, plus vraisemblablement par certaines associations ou confréries. Ainsi les chefs des Ilottentots namaquois mettaient volontiers leurs femmes en commun, etc.

Plus loin, en étudiant la famille, nous verrons que, chez les Kamilaroi d'Australie, toutes les femmes d'un clan sont réputées les épouses de tous les hommes d'un autre. Mais, souvent, cette coipmunauté n'est que fictive et, en outre, elle est déjà réglée ; ce n'est pas une promiscuité pure et simple. Jusqu'ici rien ne prouve suffisamment qu'il y ait eu, dans l'humanité, un stade universel de promiscuité. Sur ce point, des théoriciens, trop pressés de conclure, sont allés au delà de l'expérience. D'ailleurs, comme j'ai eu soin de le remarquer, le seul fait que l'homme est un mammifère primate infirme d'avance cette hypothèse, puisque les plus proches parents de l'homme, dans le règne animal, sont en général polygames et même parfois monogames.

1. Mayeux, Les Bédouins ou Arabes du disert (1816), t. I«% p. 187, 189.

ni. — HKTAIRISME. — JUS PRIM.C NOCTIS

Non seulement il est impossible d'admettre que le genre humain ait, partout et toujours, passé par un stade néceîr saire de promiscuité, mais de plus il faut aussi renoncer à une tliéorie qui, dans ces dernières années, a eu quelques succès, à la théorie de Thétaïrisme primitif et obligatoire. D'après cette théorie, quand l'instinct de la propriété féminine s'éveilla chez l'homme, quelques individus se seraient arrogé le droit de garder pour eux seuls une ou plusieurs des femmes jadis communes ; mais alors la communauté ayrait protesté et, tout en tolérant cette dérogation i l'antique usage, elle aurait exigé que l'épousée, l'achetée, fil acte d'hétaïrisme, de prostitution, avant d'appartenir à un seul.

C'est Hérodote qui nous a transmis le plus éclatant exemple de ce genre, celui qu'invoquent surtout les théoriciens de l'hétaïrisme ; je le citerai donc tout au long : t La plus honteuse loi de Babylone est celle-ci : toute femme indigène est obligée de s'asseoir une fois en sa vie dans le temple de Vénus et de se livrer à un étranger. Plusieurs qui, fierez de leurs richesses, dédaignent de se mêler aux autres femmes, se rendent au temple en char couvert, escortées d'une multitude de servantes. La plupart agissent connue suit : elles s'asseyent dans l'enclos sacré, la tète ceinte d'une corde ; elles sont là en grand nombre ; les unes entrent, les autres sortent. Elles laissent entre elles, de tous côtés, des chemins alignés que les étrangers parcourent, après quoi ils choisissent. Dès qu'une femme s'y est assise, elle ne retourne plus à la maison avant qu'un étranger ait jeté sur ses genoux une pièce de monnaie et se soit uni avec elle hors du temple. En jetant

cette pièce d'argent, il doit dire : « J'invoque pour toi la > déesse Mylitta ; » c'est le nom que les Assyriens donnent à Vénus. Quelque médiocre que soit le présent, la femme ne doit pas le refuser ; ce n'est point permis, car cet argent est sacré. Elle suit le premier qui le lui jette, et ne dédaigne personne. Lorsqu'elle s'est livrée, elle a satisfait à la loi, à la déesse ; elle retourne en sa maison et, par la suite, quelque somme considérable que tu lui offres, tu ne la déciderais pas à se livrer à toi. Celles qui sont belles, grandes et bien faites, ne tardent pas à s'en aller. Les contrefaites attendent longtemps, faute de pouvoir accomplir la loi. On en a vu rester jusqu'à trois ou quatre ans. il y a quelque part à Chypre une coutume qui se rapproche de celle-là *. »

Après avoir lu ce passage, on est surpris de la portée qui lui a été attribuée. En admettant même l'obligation et l'universalité de la coutume dans l'ancienne Babylone, il n'y aurait là qu'un exemple de prostitution sacrée, avec des traces d'exogamie. Les Babyloniens honoraient Mylitta, comme le«» Arméniens, au dire de Strabon*, vénéraient la déesse Anaîtis : « Ils lui ont élevé (à cette dernière) des temples en différents lieux, notamment dans l'Akilisène, et ont attaché à chacun de ces temples bon nombre d'hiérodules ou d'esclaves sacrés des deux sexes. Jusque-là, à vrai dire, il n'y a pas lieu de s'étonner, mais feur dévotion va plus loin et il est d'usage que les personnages les plus illustres consacrent à la déesse leurs filles encore vierges, ce qui n'empêche pas que celles-ci, après s'être longtemps prostituées dans les temples d' Anaîtis, trouvent aisément à se marier, aucun homme n'éprouvant, pour ce motif, la moindre répugnance à les prendre pour femmes. »

Je cite in extenso ces vénérables textes, dont on a tant usé

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