I . Plutarqur, Vie de Lycurgue
r». Ihid., Vie de Caton.
11 s'agit donc là d'une coutume très répandue, presque universelle, et d'ailleurs en parfait accord avec la situation oxlremement abaissée qui a été faite à la femme dans la plupart des sociétés sauvages ou barbares. La femme mariée étant exactement assimilée à une esclave, à une chose possédée, pouvait dès lors être traitée comme telle, et le droit de propriété, de bonne heure sacro-saint, primait sans peine des scrupules de décence, rares et faibles encore.
Après l'enquête précédente, il me semble facile de réfuter la théorie sociologique, trop répandue, suivant laquelle le genre humain tout entier aurait passé par une primitive période de promiscuité suivie d'hétaïrisme. Nos premiers ancêtres, les précurseurs, ont été sûrement très analogues aux autres primates. On peut donc admettre que, comme eux, ils ont ordinairement vécu en familles polygames. Quand ces petits groupes à peu près humains se sont associés en hordes ou tribus, il a pu et il a dû s'établir dans leur sein non pas une promiscuité légalo, obligatoire, mais une grande liberté de mœurs: car, dans une société suffisamment nombreuse et très sauvage, il est diflicile à un homme de sauvegarder sa propriété féminine. Celle-ci d'ailleurs ne répugne nullement aux aventures ; sa pudeur est encore fort chancelante et, avant d'appartenir spécialement à un homme, elle s'est généralement donnée ou vendue à beaucoup d'autres. A ee moment de l'évolution sociale, l'opinion publique ne voit à cela aucun mal. En outre, le mari, le propriétaire de la femme, la considère absolument comme sa chose et ne vse fait aucun scrupule de la prêter î\ ses amis, de la troquer pour un temps, parfois de la louer.
Ce sont ces mœurs primitives, combinées souvent avec le mariage polyandrique ou collectif et le matriarcat, qui ont abusé nombre d'observateurs anciens et modernes.
En scrutant les faits, en ne négligeant pas de consulter
6S L'ÉVOLUTION Dl MAHlAGfc ET DE LA FAMILLE
la sociologie animale, on en arrive à conclure que la promiscuité humaine n'a pu ôtre que rare et exceptionnelle, que la théorie de la communauté des femmes et de l'hctaîrisme obligatoires ne supporte pas l'examen.
Le besoin génésique est des plus tyranniques, l'homme primitif l'a satisfait, comme il a pu, sans le moindre raflînement délicat, mais l'égoïsme même des individus a eu pour eflct, dès l'origine des société humaines, de déterminer des unions basées sur la force et corrélativement un droit de propriété qui enchaînait plus ou moins rigoureusement la liberté des femmes possédées.
Ces unions primitives se sont conclues au hasard de.'^ caprices et des besoins dans des sociétés infiniment grossières, fort peu soucieuses de s'astreindre à un type conjugal uniforme. Parmi elles, il en est de singulières, qui diffièrcnt essentiellement des quelques formes légales de mariage, adoptées en lin de compte et très tardivement par la majeure partie du genre humain. C'est de ces unions conjugales insolites, immorales et même extravagantes à nos yeux, dont non> avons maintenant à nous occuper.
UIATHIÈMK CIIAPITKE
de quelques formes singulières d'association sexuelle
I. La primitive immorûliU sexuelle. — L'origine de la pudeur. — L*impudeur sauvage. — Le prêt des femmes on Nélanésie ; chei les Bochimans. — La locmtion des femmes chex les Esquimaux. — Impudeur des Esquimaux, des Peaux-Rouges, des Polynésiens. — Droit du mari en Polynésie. — Prêt ou troc des femmes. — Dressage erotique des petites flUes en Polynésie. — La société des Aréoïs. — L*homme de la nature. — L'amour contre nature à la Nouvelle-Calédonie f dans les deux Amériques, chex les peuples asiatiques, dans l'antiquité gréco-romaine. — Les Eratiet de la Crète.
II. Queiquet éiranget formes de mariage . — Grossièreté des mariages primitif. — L'horreur de l'inceste est artiflcielloment créée. — L'inceste chez divers peuples. — La défloration artificielle. — Les mariages à l'essai chez les Peaux-Rouges, chez les Otomies, chez les Sonthals, chez les Tartares, à Ceylan. — Mariages temporaires, chez les Juifs du Maroc, chez les Tapyres. — Les unions libres. — Los mariages partiels et les mariages à terme chez les Arabes. — Le droit du plus fort et le mariage, en pays sauvage. — La grossièreté sauvage et la dépravation civilisée.