‹ L'évolution du mariage et de la familleChapitre 79 sur 406 · Moerenhout, Loc, cil., t. I*', p · texte numérisé non relu

Moerenhout, Loc, cil., t. I*', p

IV, l/f.VOLlTlON hl MAHIA<;K KT I)K l\ famiu.k

Sans décrira a nouv<»au voXle «Miriouse associai ion, jf rappellerai soulennont furelle avait pour ol)jet do se livrei* sans IVeinet publiquement aux plaisirs amoureux et que, pour cela, on v avait décrets la communauté* des lemmes el Tohligalion de rinfantieidc.

Au siècle dernier, la sentimentalité, qui, comm(» un»' épidémie, envahit le cerveau des écrivains et des penseur^, leur lit croire que Thomme primitif, « l'homme delà njilure », comme on disait alors, était le modèle de toutes les vertus. 11 en faut bien rabattre. Gomme il est naturel de s'v attendre, l'homme non cultivé est un mammifère des plus Î^TOSsiers. Nous venons de voir que sa moralité sexuelle esl des plus relâchées, et cela doit être; pourtant on est surpris de le trouver adonné a certains écarts contre nature, que les chroniqueurs du monde gréco-latin nous' ont accoutumés à regarder comme le résultat d'une civilisation raffinée et dépravée : opinion tout à fait erronée, ainsi que le prouve irréfutablement l'ethnographie comparée. Rien de plus commun en effet, chez les races primitives, que l'amour dit socratique, et, à ce propos, je citerai quelques faits, brièvement, sans m'y arrêter plus que de raison et uniquement parce que mon sujet l'exige. Dans la vaste enquête sociologique que j'entreprends, la bestialité morale ne doit pas plus décourager l'analyse scientifique que la putréfaction n'arrête le scalpel de l'anatomiste ; mais, évidemment, il est au moins inutile de s'y complaire.

En fait, nombre de races humaines ont commencé par s'adonner sans le moindre scrupule aux vices contre nature. Les Kanaks de la Nouvelle-Calédonie se réunissent fréquemment, la nuit, dans une case pour se livrer à ce genre de débauche*. Les Néo-Zélnndais s'v abandonnaient même avee

1. Bourgarel, Dex races de l'Oréanie française, in Mém. Soc, d^Anéhropalogie, t. U, p. :VM). — \\v Rochas. NouveUe-Caléilonie, p. !23r».

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les femmes*. Cotait d'ailleurs une coutume fort répandue dans toute la Polynésie, où même un dieu spécial y présidait. Dans toute l'Amérique, du nord au sud, des mœurs semblables ont existé ou existent encore. Précédemment nous avons vu que les Esquimaux élevaient à cet effet de jeunes garçons. Les Californiens du Sud faisaient de même, et, ii leur arrivée dans le pays, les missionnaires espagnols y trouvèrent des hommes habillés en femmes et en assumant les fonctions. On les y dressait dès leur jeunesse, et souvent on les mariait publiquement aux chefs «. On le voit, Néron n'était qu'un plagiaire. L'existence de mœurs analogues a été constatée chez les Guyacurus de la Plata, chez les indigènes de l'isthme de Darien, chez les tribus de la Louisiane, chez les anciens Illinois, etc., etc ^

Les deux formes principales d'excès sexuels dont je viens de parler, la débauche des filles ou femmes libres et les vices contre nature, sont habituelles en pays sauvage et, plus tard, quand la civilisation et la morale ont évolué, les mêmes penchants invétérés persistent encore longtemps, en dépit de l'opinion publique qui s'est affinée et même des répressions légales.

Contre les écarts dits socratiques, les Incas, rapporte le chroniq^ieur Garcilaso, étaient impitoyables, et la loi mexiraine n'était pas plus indulgente, le tout sans grand résultfil, à en croire les récits de Garcilaso lui-même, de Gomara, de Bernai Diaz, etc. J'ai dit ailleurs comment les antiques législations des grands États asiatiques réprimaient ces ignobles aberrations du sens génésique, et néanmoins, aujourd'hui encore, It.'s Arabes s'y abandonnent fréquem-

1. 3lu<)rciilioul, Voy. aux iles, i-lc, l. Il, p. IVû. — Mariuii, Hisl, umv. des rn*i .y l. ni, I». 187.

-i, W.ikr, Evolution ni MoraUlij, I. l % |». :2il.

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ment, mùme dans la sainte mosquée de Li Mecque*, et les autres peuples de l'Orient, les Hindous, les Persans, les Chinois, sont aussi très imparfaitement moralises sur ce point.

A la condition de ne pas oublier que r<Hhiquc est essenliellement relative et que les empreintes ancestrales sont extrèmeuient tenaces dans la mentalité humaine, on ne sVtonnera pas trop de voir ces tendances bestiales persistera titre de survivances au sein de civilisations déjà supérieures. Pourtant la morale théorique de tous les grands peuples de l'Orient proteste depuis bien des siècles et condamne ces répujj^nants excès que nos ancêtres d'Europe, les Celles cl les Germains, ont de très bonne heure réprouvés et réprimes. Il n'en est que plus singulier de voir la plus intelligente des races de l'antiquité, celle des Grecs anciens, pratiquer à ce sujet la plus (îxtrème toléranci», à ce point que les noms de Socrate et de Platon, ces pères du spiritualisme éthcré, sont attachés à des amours dont la seule idée soulève aujourd'hui chez l'Européen civilisé un sentiment de dégoût.

Pour peu que Ton soit famili<'r avec la littérature grécoromaine, on est surabondamment renseigné sur ce sujet. Je n'ai donc pas à y insister ; mais il me faut citer un curieux pasSfige de Strabon, par lequel nous apprenons que h's anciens Cretois associaient aux amours dites socratiques le cérémonial du mariage par caj)ture, dont j'aurai bientôl à parler. Voici ce texte étrange : « Ce n'est point par la persuasion, mais bien par le rai)t, qu'ils s'assurent la possession de l'objet aimé. Trois jours et plus à l'avance, Véraste prévient de son projet d'enlèvement les amis du jeune garçon. Or, ce serait pour ceux-ci le comble du déshonneur de cacher l'enfant ou de rempècher de passer par le chemin

J. liiirckai'iU, liist. unir, r/ex voy., t. XXXU, p. ITm.

FORMES SINGULIÈRES D'ASSOCIATION SEXUELLE 7il

liqué : ils paraîtraient avouer par la qu'il ne méritait pas faveurs d'un értiste aussi distingué. Que font-ils alors? se rassemblent et, si le ravisseur, par son rang et à tous Ires égards, est dans une position égale ou supérieure a le de la famille de l'enfant, ils se contentent, dans leur iirsuite, pour se mettre en règle avec la loi, de faire un nl}lant d'attaque, mais ils laissent enlever l'enfant et en loignentmeme toute leur joie; que le ravisseur, au conîre, soit d*un rang notoirement inférieur, ils lui enlèvenl pitoyablement l'enfant des mains. En tout cas, la pourte cesse dès que l'enfant a franchi le seuil de Yandrion de i ravisseur. > Sans doute on peut présumer, d'après le te, que les anciens Cretois n'en étaient plus à la grossièreté tiale des Néo-Calédoniens. 11 s'agissait, chez eux, d'un èvcment symbolique, d'une comédie. C'était une marque stime donnée moins a la beauté de l'enfant qu'à la vailce de son âme et à la décence de ses mœurs. En effet, le ne garçon avait légalement le droit de se venger, s'il it subi quelque violence pendant son enlèvement; et, en rendant la liberté, son ravisseur le comblait de présents, •mi lesquels il en était d'obligatoires, de légaux, a savoir manteau de guerre, un tiuireau et une coupe : c'était une te d'initiation virile et ne pas trouver (ïéraMc était, pour jeune garçon, un déshonneur *.

Néanmoins, en admettant même que tout le cérémonial ce singulier mariage platonique fut, chez les Cretois, faitement innocent, il n'en résulte pas moins d'un lais- -aller moral, attestant éloquemment que jadis les mœurs ient été d'une grossièreté inouïe.

l'arrêterai ici mon énumération. Si succincte qu'elle ait , car {t dessein je l'ai restreinte à un petit nombre de

Slr.ibun, X,i\.

m L'ÉVOLCTIO.N DL MAUIAGE ET DE LA FAMILLE

faits, clic suffit a bien établir que longtemps, bien longtemps, rhommea été un animal fort grossier. Il faut donc s'attendre à le voir souvent adopter sans scrupule des formes de mariage ou d'association sexuelle tout à fait insolites pour nous autres Européens, et (|u'il ukî reste à décrira brièvement.

M. — DK IJLELQL'ES ÉTIlANr.ES FOUMES DE MAHIAGE

En effet, dans des sociétés sauvages où, en fait d'union sexuelle, aucimc délicatesse n'existe encore, où, d'autre part, la femme est strictement assimilée aux choses, aux animaux domestiques, le mariage, ou ce qu'il nous plaît d'appeler ainsi, est une affaire d'une médiocre imporUmce, qui se règle suivant les fantaisies individuelles. Les parents le plus souvent, parfois les amis ou les chefs, apparient les jeunes gens comme ils l'entendent, et tout naturellçment ils ont un médiocre souci du mariage monogamique, à la rigueur duquel, même dans les sociétés civilisées, l'homme a tant de peine a se plier.

De leur côté, les jeunes gens n'ont guère de préférences individuelles. Les jeunes garçons peaux-rouges, dit Lafitau, n'allaient même paî> voir avant le mariage la femme que les parents leur avaient choisie*. Dans le Borgou, rapportent U. et J. Lander, on se marie avec une parfaite indifférence, « un homme ne s'inquiète pas plus de choisir une femme que de cueillir un épi de blé ». Quant aux sentiments des partiels «ontraclanti's, il n'en est jamais question-.

11 est sur aussi que, durant les premiers âges iU\ l'évolu-

1. DcMiirunirr, Espiii des différenlx peuples, I. I", p. I.MI.

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