II. — DE LA POLYANDRIE DANS L'ARABIE ANCIENNE
La grande cause de l'antique polyandrie arabe fut celle que Ton trouve à peu près dans tous les pays polyandriques, c'est-à-dire l'infanticide des filles. Les Arabes primitifs, extrêmement sauvages et même anthropophages, furent amenés à adopter la coutume de l'infanticide féminin par la difficulté de vivre dans leur aride pays où les famines étaient fort communes. Aujourd'hui encore, les nomades d'Arabie souffrent constamment de la faim pendant une grande partie de l'année*.
La coutume de l'infanticide était invétérée chez les Arabes,
1. KinslUp and Marriage in early Arabia, 1885. t.lbUi,, p. 283.
Mahomet dut la condamner c^ diverses reprises dans le aran : « Ils sont perdus ceux qui tuent leurs enfants par lie, par ignorance*. — Ne tuez point vos enfants à cause 5 Findigence *. — Ne tuez point vos enfants par crainte de la luvreté; nous leur donnerons leur nourriture ainsi qu'à )us^. — Lorsqu'on demandera à la fille enterrt^e vivante 3ur quel crime on l'a fait mourir... toute Ame reconnaîtra ors l'œuvre qu'elle avait faite *. »
Dans ce dernier verset, le Koran atteste la coutume de ler surtout les filles et il indique le procédé en usage, qui insistait en effet A les enterrer vivantes. Cela se faisait ouîftement et souvent la fosse de l'enfant nouveau-né était reusée auprès de la couche même de la mère, qui venait de î mettre au monde. Dans la morale des Arabes primitifs, ces ctes étaient non seulement très simples, mais même vertueux, énéreux % ce qui semble bien indiquer qu'il s'agissait en effet e précautions contre la famine. Une légende arabe, citée »ar M. R.Smith, peint sur le vif ces mœurs atroces. Il s'agit *un chef de Tâmin, qui devint coutumier de l'infanticide
la suite d'une blessure faite à son orgueil. 11 s'appelait îaïs et était contemporain de Mahomet. La fille de sa sœur ut enlevée dans une razzia et donnée au fils de son capteur, i^omnic cela était d'usage en Arabie ou les femmes capturées disaient partie du butin et se parUigeaient avec lui. Cette bis, quand Caïs vint réclamer sa nièce en offrant de payer »a rançon, celle-ci, qui se trouvait bien de l'aventure, refusa le quitter son mari. Caïs, l'oncle, en fut mortellement )flensc et à partir de ce moment il enterra vivantes toutes
i. Sourate, VI, p. lil.
S. Jbid. 153.