APPARITION DES GRANULES
participation de la chromatine. L'émission des balles chromatiques est un phénomène de même nature, mais plus simple.
On voit que l'opinion de Bataillon concorde avec les données chimiques (parenté des substances pigmentaires avec les dérivés de la chromatine); elle est contraire à celle de Loos, qui veut que les granules pigmentaires soient des différenciations protoplasmiques.
La production du pigment n’a pas lieu seulement dans les cellules épithéliales ; les cellules de la corde dorsale, et quelquefois celles du névraxe, se comportent à peu près de la même façon. Le tube digestif et le foie sont sans doute le siège de phénomènes du même genre; on assiste, en effet, dans le foie, à la formation de petites sphères à réactions nucléaires qui s'accumulent abondamment dons les veines efférentes, mais ces granules ne sont pas colorés, ou bien parce que le pigment se dissout dans le sang, ou bien parce qu'il est décoloré dans un milieu aussi réducteur que le foie.
Toute cette production du pigment pendant la métamorphose est manifestement la conséquence d'une intoxication portant directement ses effets sur la chromatine du noyau, et se faisant surtout sentir dans des cellules organisées en membranes épithéliales, siège de la fonction excrétrice.
II]. Apparition du pigment dans les cellules nerveuses sénescentes. — Chez l'adulte, ce sontles cellules épithéliales, les plus exposées aux intoxications d’origine interne, qui se colorent particulièrement; celles de l’épithélium cutané subissent, en outre, les influences chimiques et physiques du milieu extérieur.
Les cellules nerveuses, par contre, malgré leur origine épithéliale, ne possèdent qu’à un très faible degré la fonction chromogène.
Ces éléments ont perdu la propriété de se multiplier, et sont doués d’une longévité aussi considérable que celle de l'être dont ils font partie; ce sont les « éléments perpétuels de l'organisme », suivant l’heureuse expression de Giulo Bizzozero, sans lesquels la vie psychique, entièrement faite de souvenirs, serait impossible. Tout en étant très sensibles aux substances toxiques, il est évident que pour vivre si longtemps il faut qu'ils leur offrent une grande résistance. Ils sont soumis toutefois à la loi fatale de la sénescence.
À quoi est due cette résistance merveilleuse des cellules nerveuses aux substances toxiques, sans laquelle elles ne pour-
raient accomplir leur rôle? Elles la doivent à un appareil de
défense, constitué vraisemblablement par ces éléments chromatophiles qui forment à la périphérie du protoplasma plusieurs assises concentriques de petits corps incolores. En effet, toute substance chromatophile étant en même temps toxiphile, ces éléments barreraient la route aux poisons menaçant le noyau. J’ai indiqué plus haut que les recherches récentes de Stassano sur l’affinité des toxines et des poisons minéraux pour la chromatine et ses dérivés (hématine) conduisent à attribuer aux granules pigmentaires un rôle de défense chimique (voir p. 48); qu'y aurait-il d'étonnant que les éléments chromatophiles des cellules nerveuses jouassent un rôle analogue, puisqu'en définitive il n’y aurait aucune différence essentielle entre les granules chromatophiles et les granules pigmentaires, si l’on admettait, ce qui est fort plausible, qu'ils ont la même origine : les éléments chromatophiles proviendraient d'émissions chromatiques se produisant chez l’homme au cinquième mois de la vie fœtale (1).
Lorsque la cellule nerveuse vieillit, le rôle des éléments chromatophiles faiblit : ceux-ci s’altèrent et diminuent de nombre, et la cellule, offrant par suite une moindre résistance aux poisons, se pigmente. Chez l'homme, dès l’âge de huit ou neufans, les cellules radiculaires qui vieillissent vite présentent des granulations jaunâtres; d’abord autour du noyau en petit nombre et discrètes, elles se multiplient ensuite etse répandent dans tout le protoplasma.
D'ailleurs, toute altération prolongée de la cellule nerveuse entraine de même la pigmentation : des granulations jaunâtres se développent au cours des polymyélites chroniques, dans les foyers de nécrobiose dus à une anémie lente et progres- SIvVe, CID: 7 etc:
Le mécanisme est toujours le même : le pigment (2) apparaît
(1) Il est vrai que Marinesco (Rev. Sc., 10 février 1900 et Presse médicale, 2 juin 1900) n’admet pas cette origine nucléaire, parfois si évidente sur les figures qu'il nous donne lui-même; mais ses travaux sont, comme on le sait, discutables.
(2) I est étrange que Marinesco refuse aux granulations colorées le nom de pigment, sous prétexte : 1° qu’elles n’en ont pas les réac-