‹ L'évolution du pigmentChapitre 17 sur 20 · DU PIGMENT DANS LE REGNE ANIMAL · texte numérisé non relu

DU PIGMENT DANS LE REGNE ANIMAL

milieu extérieur; il faudrait examiner l'influence des oxydases (spongiaires), des ferments digestifs, des acides sécrétés par l'animal, celle des produits d'excrétion, préciser les rapports de la calcification et de la pigmentation (corail, etc.), et surtout étudier l'influence de la composition chimique de l'eau de mer (habitat, nature des roches littorales et profondes, nature des algues, etc.). Ces animaux se prêtent en efiet merveilleusement à ce genre de recherches, puisque leurs cellules vivent pour ainsi dire dans le milieu extérieur,

II. Néphxidiés. — Chez les néphridiés, au contraire, la présence des organes d'excrétion (tubes néphridiens) est due à la constitution d'un véritable milieu intérieur (cavité générale, appareil vasculaire plus ou moins compliqué). La composition chimique de ce milieu est dans une certaine mesure indépendante de celle du milieu extérieur (1) et varie avec le degré de perfection de l'appareil excréteur par rapport à l'activité générale de l'organisme. Souvent cet appareil est insuffisant et l'organisme s'intoxique, ce qui entraîne, comme nous l'avons dit plus haut (ch. vi), non seulement des changements morphologiques (transformations et métamorphoses), mais encore des remaniements nucléaires, suivis d'émissions pigrnentaires.

Aussi chez les néphridiés, voit-on prédominer les pigments intrinsèques d'origine nucléaire, comme V hémoglobine et les pigments uriques. h'hémoglobine colore le sang de beaucoup de ces animaux et souvent aussi leurs muscles actifs : j'ai indiqué plus haut l'opinion de Macallum, qui fait dériver cette matière colorante de la chromatine; cela n'est-il pas évident chez les iTiammifères, où la production de ce pigment au sein des hématies (globules rouges) est liée à la chromatolyse (dissolution du noyau)? Les pigments de la série urique proviennent aussi de la destruction de la chromatine, et en cela se rapprochent -de certains produits d'excrétion, auxquels ils

(I) Quinton a bien montré que le milieu intérieur des lavertél>rés marins communique par osmose avec le milieu extérieur, en f^orte que le milieu intérieur de ces Invertébrés est l'eau de mer elle-même {C, B. Acad. Se. 1900, CXXXI, p. 905, 952); mais eette démonstration ne concerne que les éléments purement jninéraux.

s'associent. L'étude des vers et surtout celle des vertébrés (1) est intéressante à cet égard.

Vers. — Nos connairssances sur la pigmentation des vers sont encore fort imparfaites. Assez souvent les téguments sont faiblement colorés, tandis que les organes internes le sont davantage, ce qui indiquerait peut-être que les pigments introduits parla voie alimentaire doivent, ici encore, jouer un rôle dans la coloration de ces animaux.

On peut soupçonner cette origine pour la couleur verte si intense des bonellies, des chœtoptères, et de quelques autres annélides, qui rappelle celle des anémones de mer (voir plus haut) et qui a été l'objet des recherches de Sorby, de Krukenberg, de Ray-Lankester et d'autres, et a prêté à de nombreuses discussions. Elle semble due à divers pigments; Sorby a donné à l'un d'eux le nom de bonelline, reconnaissant qu'il ne s'agissait pas de la chlorophylle, et Krukenberg, qui partageait cette opinion, a décrit longuement les propriétés de cette substance : couleur verte ou grise suivant le degré de la concentration, fluorescence rouge, solubilité dans des liquides

divers (alcool, éther ), et même un peu dans l'eau, spectre

très complexe se modifiant par Taddition des acides; ceux-ci peuvent transformer la bonelline en bonellidine, dont les solutions sont violettes et fluorescentes, et en acido-bonellidinej bleue, soluble dans les acides, sans phosphorescence.

Ëisig, dans sa belle monographie des Capitellidae, a fourni des faits intéressants sur les pigments en tant que produits d'excrétion. Les CapiteilidaB sont caractérisés par l'absence d'appareil circulatoire : le liquide de la cavité générale qui tient lieu de sang est teinté en rouge par l'hémoglobine ; en outre, on trouve dans les téguments, entre la cuticule et l'hypoderme, des granules pigmentaires identiques à ceux contenus dans les néphridies (reins) et, de plus, associés fréquemaient à de la guanine, produit d'excrétion parfaitement caractérisé.

A. Graf vient confirmer les vues de Eisig, quand il décrit le mécanisme de la pigmentation chez les sangsues ; certaines cellules comparables aux a cellules jaunes » des vers de

(1) J'ai laissé de côté, dans ce court aperçu, les mollusques et les écbinodemes, deux groupes dérivés des vers, nettement spécialisés, et qui n'ont qu'un intérêt secondaire pour la thèse que je soutiens.

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