‹ L'évolution du pigmentChapitre 6 sur 20 · GRANULES PIGMENTAIRES EN TANT QUE PRODUCTEURS DE PIGMENTS · texte numérisé non relu

GRANULES PIGMENTAIRES EN TANT QUE PRODUCTEURS DE PIGMENTS

P. Garnot, dans un travail remarquable, a bien mis en lumière V individualité du granule pi gmentaire ; il en a indiqué la forniCj les dimensions, la teinte et la composition cinmique.

Forme des granules pigmentaires. — La forme, dit Garnot, est presque toujours celle d'une sphère. Ainsi, des pigments aussi divers que les lipochromes, le pigment des écailles et des poils deTaile des papillons, la mélanine, la mélaine de lu poche du noir des céphalopodes, le pigment hématique du foie des paludéens, et même le pigment ocre (hydrate ferrique) des cirrhoses pigmentaires, la présentent. D'autre part pour des pigments voisins et le même animal, elle peut varier : chez le cobaye (mais non chez le lapin) et chez l'homme, le pigment choroïdien se présente en granules ronds et le pigment rétinien en bâtonnets allongés et effilés à leur extrémité.

Dimensions. — Les dimensions sont assez variables ; c'est là, d'après Garnot, un caractère de faible importance : on peut trouver dans les tumeurs mélaniques des granulations voisines de taille fort différente.

Teinte. — La teinte est variable. Voici ce que dit Garnot à ce sujet : « Dans un même organe et souvent dans une même c(41ule, certaines granulations paraissent claires, d'autres plus foncées, d'autres enfin complètement noires... Gette différence d«' teinte est souvent très frappante. Nous l'avons bien souvent constatée pour des granulations de mêmes dimensions, sur des préparations de pigment mélanique : bien souvent sur des membranes tendues de grenouille, certaines cellules piginen-

Aperçu sur les bactéries chromogènes. — Les bactéries sont capables, dans certains cas, de produire des couleurs d'une intensité remarquable : c'est le rouge éclatant àé\Q\o^^^ parle bacille sanguin ou parle microcoque miraculeux [M. prodigiosus) qui, dans les églises humides, produit les hosties sanglantes; c'est le rose du bacille érythrospore ; le jaune du bacille jaune, qui teint le lait mal soigné, et celui du microcoque orangé 'y le vert du microcoque vert] le bleu, produit par le vibrion bleu[V. cyanogenus) dans le lait, ou par le bacille pyocyanique dans le pus; le violet qui se développe sur la viande en voie de pourriture; le noir, enfin, du bacille mélanospore. Toutes ces couleurs, qui rappellent un peu les couleurs d'aniline, sont retenues dans la membrane.

D'autres fois, le pigment colore le corps même : c'est le cas de la bactérie rose fleur de pêcher, qui vit dans les eaux stagnantes, et qui a été étudiée par Ray-Lankesler en 1873, — c'est celui du bacille photométrique de Engelmam (1881), etc.

On n'a, jusqu'ici, que des connaissances assez imparfaites sur la nature chimique de ces matières colorantes.

Zopf a montré que le pigment jaune du Bacterium egregium est un lipochrome. C'est là un cas unique.

On a cherché à rapprocher les couleurs produites par un certain nombre de bactéries des couleurs d'aniline, en particulier le violet qui se développe sur les viandes pourries, et le rouge du Micrococcus prodigiosus. Celui-ci, extrait par l'alcool (il est insoluble dans l'eau), se décolore sous l'action des alcalis et se développe à nouveau sous celle des acides; or le chlorhydrate de rosaniline (fuchsine) se décolore sous Faction de la soude et se colore à nouveau sous celle de l'acide sulfurique. Mais ces caractères ne suffisent pas à établir une parenté. Erdmann a indiqué que la coloration du lait formée par le Vibrio cyanogenus est due à un pigment qui ressemble étonnamment à l'aniline bleue ou triphényl- rosaniline de Hoffmann; Krukenberg, qui a montré combien on a abusé des couleurs d'aniline, reconnaît lui-même que, dans ce cas, la ressemblance est frappante : le spectre ne diffère de celui du bleu d'aniline qu'en ce que la bande qui est contre le D est plus rapprochée de l'extrémité violette.

Les pigments qui colorent le corps des bactéries, et parfois la membrane, ont été rattachés à une substance chimique qui

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n'est guère bien caractérisée que par son spectre d'absorption, la bactério-purpurlne de Engelmann, Ce pigment a une teinte pourprée qui vire tantôt au rouge, tantôt au bleu, tantôt au brun. Outre trois bandes d'absorption dans la partie lumineuse du spectre, le pourpre en présente une dans Tultrarouge. Gomme il est insoluble dans la plupart des liquides, on a dû, pour établir ses propriétés optiques, se servir de plaques de bactéries mortes trempées dans l'huile. Ce pigment a des analogies physiologiques évidentes avec la chlorophylle.

La fonction chromogène chez les bactéries nest pas une fonction nécessaire. Wasserzug (1), dans un travail remarquable sur la formation de la matière colorante chez le Bacillus pyocyaneus, a montré l'apparition progressive du pigment à mesure que la culture se développe, après rajeunissement, et il a indiqué ce fait très curieux, c'est que quand on part d'une culture âgée et que l'on pousse loin la dilution dans le bouillon de culture, les divers tubes ensemencés en même temps se comportent de façons très différentes : le développement du pigment peut être retardé, ou même supprimé. Toutefois, l'absence de coloration n'est pas durable, et, dans un milieu favorable, la bactérie récupère la fonction chromogène rapidement, c'est-à-dire au bout d'une à trois cultures. Ainsi, « dans une même culture, toutes les cellules (bactéries] ne sont pas également aptes à produire la matière colorante ; les différences individuelles s' accentuent avec l'âge, à mesure que le milieu subit lui-même des modifications plus profondes, » Wasserzug a tâché par divers procédés (ensemencements successifs dans du bouillon de veau, inoculations à des lapins) de rendre homogènes les cultures, mais, quand il y est arrivé, l'homogénéité n'a jamais été que de courte durée.

Ce fait est à rapprocher, il me semble, de celui présenté par les granules pigmentaires de diverses teintes chez un même animal, et signalé par Garnot (pigments mélaniques), puis par Pizon (pigments des ascidies).

Influence de la chaleur sur les bactéries chromo-

^1) Wasserzug : Notice biographique et travaux scientifiques. Sceaux, 1889.

L'action des acides est assez prononcée; mais la couleur ne disparaît en général que quand le développement est devenu impossible, et les cultures contenant des traces d'acide inférieures à la dose antiseptique ont une teinte plus vice que les cultures non additionnées d'acide. Ici encore les divers individus de la colonie réagissent de façons dififérentes.

Action des sels. — Wasserzug, poursuivant son étude sur le Bacillus pyocyaneus^ a montré que les lactates de potasse et de chaux, les sels de zinc, les tartrate, phosphate, azotate et chlorate de potasse, le tartrate neutre d'ammoniaque, le sel marin..., à des doses plus ou moins fortes, empêchent la formation du pigment (A), puis le développement de la bactérie (B).

Azotate de potasse. . • . 5,0 à 5,5 6,0 à 6,5

Action de l'alcool, de la glycérine, des sucres. — Il en est de même de certaines substances organiques : alcool, glycérine.

L'action des sucres est particulièrement remarquable; elle se fait sentir à des doses relativement faibles.

Conclusions. — De tout ceci il faut surtout retenir que la lumière et les substances chimiques impressionnent d'une façon intense les petites masses de chromatine qui constituent les bactéries, et souvent modifient la structure moléculaire de la matière vivante d'une façon durable.

Une lumière d'intensité moyenne, les acides à petites doses, ont pour eÉfet d'exalter la production pigmentaire, tandis que l'oxygène et les alcalis ont l'effet inverse.

La production du pigment sous l'action de la lumière faible, sous celle de certaines intoxications peu prononcées, a souvent pour effet immédiat d'arrêter l'action destructrice de ces agents, car la lumière est transformée par le pigment et les poisons fixés et rendus inoffensifs par lui (1).

J'aurai à tenir compte de ces conclusions et de la plupart des faits contenus dans ce chapitre pour l'étude biologique des granules pigmentaires.

(1) Ceci pourrait expliquer que des doses infinitésimales de «certains poisons, comme l'arsenic^ peuvent modifier la teinte du pigment. (Voir p. 33, notel.)

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