CHAPITRE XYII
SÉPARATION DE l'ÉGLISE ET DE l'ÉTAT
Au milieu de ces émotions, de ces travaux, de ces recherches, survient la séparation de l'Eglise et de TEtat. C'est, pour le protestantisme français, en même temps une libération et une épreuve.
Une libération, peut-on dire, non que depuis 1830 le protestantisme en France ait sérieusement souffert de la domination ou de la malveillance de l'Etat.
Représentant dans le pays une minorité libérale et modérée nullement révolutionnaire, vivant d'ailleurs assez à part, il n'inspire pas d'ombrage aux pouvoirs publics ; il leur reste plutôt étranger. Aussi s'accommode-t-il volontiers d'une union qui le soutient, sans lui apporter d'entraves. Les protestants ne demandaient donc pas la séparation. Toutefois, comme elle correspond à leur principe de liberté et de responsabilité individuelle, le jour où elle s'impose, ils l'acceptent
virilement, avec les charges et les sacrifices qu'elle comporte. L'élan est unanime. Dans tous les rangs, se couvrent les listes de souscription, les riches cités venant en aide aux campagnes pauvres. Ce libre et volontaire élan transforme la charge en bienfait; le sentiment que l'Eglise repose désormais sur ses propres membres réchauffe leur zèle et fortifie leur fidélité. La nouvelle loi d'ailleurs est plus libérale que l'ancienne, plus respectueuse de la pure spiritualité. Les conditions civiles des sociétés cultuelles ne touchant ni à la foi, ni au culte, ni à la discipline, ces sociétés librement constituées par les croyants deviennent le corps de l'Eglise. Rien n'est donc changé dans l'organisation générale du culte, excepté le mot. Après, comme avant, les fidèles élisent leurs pasteurs, leurs administrateurs, leurs conseils. L'électorat même s'élargit dans un esprit de justice, en admettant le vote des femmes, qui ont toujours contribué si généreusement à l'œuvre pratique, comme à l'œuvre spirituelle de l'Eglise. Aucune intrusion de l'Etat dans ce domaine, sous forme d'autorisation ou de confirmation, aucune entrave dans la convocation, la composition, l'activité des assemblées petites ou grandes, consistoires, synodes, unions régionales et unions nationales. L'intervention même du conseil d'Etat, en cas de litige entre plusieurs sociétés cultuelles, n'a rien de menaçant, l'arbitrage volontaire n'étant point