RECONNAISSANCE OFFICIELLE DE L^EGLISE REFORMÉE
tîère à leur usage et ne voulant pas. se servir de ceux des catholiques. Dans ces cérémonies, Tun d*eux fait des lectures que les assistants écoutent avec le plus grand recueillement. Nombre d'enfants n'ont pas été baptisés et nombre de mariages n*ont pas été bénis. On a profité de la présence du jeune pasteur pour réparer cette abstention involontaire. »
Le consistoire de Paris adopte aussitôt ce groupe et le culte y est régulièrement rétabli.
Devant une telle confusion dans l'état des mœurs, on a pu dire que les quatorze années du Consulat et de l'Empire ont été pour le protestantisme français une lente et silencieuse germination.
La Restauration réveille sinon la piété, au moins les passions religieuses. Allié au catholicisme par toutes ses racines, l-e nouveau gouvernement en partage les passions intolérantes et les ranime, particulièrement dans la classe populaire; les attaques contre les protestants se renouvellent sans cesse dans le Midi. Ceux-ci- se défendent, puis deviennent agressifs à leur tour. On arrive à de véritables combats dans lesquels la majorité catholique, soutenue par le pouvoir, a nécessairement le dessus. Du 15 mars au 2 novembre 1815, les séances du consistoire de Nîmes sont suspendues. « Notre pauvre peuple n'ose sortir pour travailler, ni avoir du pain et du repos qu'en se livrant aux mains de ses ennemis qui le mettent dans la nécessité pour vivre de se faire catholique. On les rebaptise par
vingtaine, comme s'ils étaient juifs ou païens, et on les force d'aller à la messe. Plus de deux mille personnes ont été rançonnées, plus de deux cents tuées, plus de quatre-vingts campagnes dévastées et brûlées, trente ou quarante femmes mises à nu^ fouettées jusqu'au sang et blessées si grièvement que huit ou neuf en sont mortes chez elles ou à l'hôpital. Pendant près de quatre mois, les crimes se multiplient sans que l'autorité sévisse : c'est ce qu'on a appelé la Terreur blanche. t> (1)
Au milieu de ces luttes, la vie d'Eglise se réchauffe. On remet en lumière la doctrine délaissée. Tous les dogmes repris un à un, on les étudie, on les discute et, sous l'empire du libre examen, deux conceptions distinctes se manifestent : l'une appelée orthodoxe et l'autre libérale.
(1) Maury, ouv. cité, t. I, p. 224. — Encyclopédie des sciences religieuses. France protestante. Lettres d'Olivier Desmont à Manoël Sauman.