ESPÈCES DE LA CRAIE TURONIENNE DE BAGNOLS
prennent de nos jours certains types à feuilles inférieurement peltoïdes, comme les Trichocladus.
Les Dicotylées du turonien de Bagnols donnent lieu à des remarques du même ordre que lious ne saurions négliger. D'abord^ la plupart des feuilles pinnées de cette flore, rapportées, à raison de leur physionomie, soit à des Sapindacées, soit à des Méliacées, soit à des Anacardiacées, présentent des folioles plus ou moins confluentes dans le haut et souvent décurrentes sur le pétiole commun; ce dernier organe devient ailé dans certains cas; enfin il se montre fréquemment dilaté à la base, de manière à faire voir qu'il devait être amplexicaule. Ces feuilles se comportent donc à la façon de celles des types actuels de Dicotylées à feuilles normalement pinnées, à Tétat adulte. Quand on examine les feuilles primordiales de ces types, on les voit d'abord, simples, puis trifides, finalement pinnées, offrir toujours à Torigine des folioles supérieures confluentes avec la terminale. Il est facile de suivre cette marche qui découvre tous les degrés depuis la feuille simple, qui succède au cotylédon, jusqu'à la feuille décidément pinnée. Cette même marche a dû autrefois caractériser les groupes eux-mêmes, au cours de leur évolution ; elle se laisse voir ici, puisqu'il s'agit de types dont les feuilles présentaient, à l'état normal, une combinaison morphologique qui se montre passagèrement dans les feuilles primordiales des types actuels.
A côté de ces types, dont révolution ne semble pas entièrement achevée, il en est d'autres à Bagnols d'une détermination aussi obscure que les Credneria et les Protophyllum; nous en signalerons deux qui seront décrits pour la première fois. Ce sont des feuilles d'une consistance coriace avec des nervures cachées dans l'épaisseur d'un tissu très dense.
Nous nommerons Polytaenia quinquesecta le premier de ces types. Il tient de près aux Detvalquea qu'il précède immédiatement et par eux aux Helléborées. Au-dessus d'un pétiole court et un peu dilaté, le limbe se divise en trois segments lancéoléslinéaires, entiers et uninerviés. Les segments latéraux sont simples, mais le médian, après une faible distance, est lui-même triséqué. — C'est là, selon toute probabilité, une Renonculacée prototypique.
Le second type est plus étrange ; il rappelle à la fois les Pro-
120 STADE ARClOSPERHIQtlE. — DICOTYLÉES PSlHinVKS.
téacées et les Lorantbacées. Ses feuilles épaisses et margïaées n'ont de nervure principale que vers la base. Celte nervure, en se prolongeant, donne lieu et des ramifications qui composeat une sorte de réseau à mailles irrégulièrement hexagonales dont les détails se perdent dans l'épaisseur du parenchyme. Ces feuilles sont tantôt simples, tantAt subdivisées en segmenta on folioles qui paraissent alors obscurément trinervës. Il y a là un réseau veineux analogue & celui des feuilles cotylédonaires. Il eal difficile d'asseoir un jugement au sujet de la plante & laquelle se rapportent des organes foliaires aussi singuliers. — Nous la nommerons Chondrophyton.
— CKcmlniphfbm dittclum Sip. at Hsr. — Typa d« Dicolylcs proLotrpiqua. du tDroniea da BagnaU (Oard)^ — A, feuille ftubdlns^a eo plutiaun ae^caenU doaL un tennlnal. — B, (Dire feuille formie de daui HgmanU, dont dd tenoiDil, iTaa lai diliila tbiblat de U namlioD. — Oiandenr réduite da œoiUd.
Les indices d'une évolution des Dicotylées achevant de s'accomplir ne sont donc pas absents du cénomanien, ni du turonien, bien que les documents recueillis dans ces deux étages soient des plus claireemés. Ces indices, il est vrai, reportent plutôt notre esprit vers une époque antérieure et déjà éloignée du moment où il nous a été donné de les saisir. Mais par la même raison qu'aujourd'hui encore il subsiste des traces, dans la flore vivante, du mouvement transformiste d'où elle est autrefois sortie, on conçoit que ces traces ne pouvaient être que plus nombreuses et mieux caractérisées, à un ftge plus rapproché de celui
MARCHE ÉVOLUTIVE DE CERTAINS GROUPES. l!21
qui avait .présidé au développement initial de la classe avant rheure de son extension géographique. Nous avons admis tliéo« riquement que, de cette évolution originaire, étaient provenus un certain nombre de types basés sur une combinaison organique spéciale et que chacun de ces types, une fois constitué dans un sens et sur un plan déterminés, était devenu tout aussitôt le point de départ d'une suite de modifications dont les termes successifs et les divers points d'arrêt répondent à autant de genres ou sous-genres, entre lesquels le type se trouve finalement subdivisé. On conçoit que, de ces genres, qui marquent les étapes de la marche à laquelle l'ensemble des Dicotylées a été soumis, les uns n'aient eu qu'une existence éphémère ou qu'ils aient disparu après une vie plus ou moins longue, tandis que la plupart, à partir au moins d'une certaine époque, se sont perpétués jusqu'à nous et se trouvent encore représentés sous nos yeux par un certain nombre d'espèces.
Considérons à ce point de vue, c'est-à-dire en suivant la marche évolutive des genres, quelques-unes des familles dont la craie nous a conservé les vestiges. Notre choix se bornera naturellement aux principales et nous distinguerons celles qui ne sont, pour ainsi dire, que des genres agrandis, telles que les Myricées, Salicinées, Laurinées, Myrsinées, Araliacées, etc. , d'autres familles chez lesquelles les enchaînements entraînent des combinaisons disposées dans un ordre ascendant, c'est-à-dire partant d'un état relativement simple, qui marque le point de départ et aboutissant au point d'arrivée unique ou multiple, qui coïncide avec le plus haut degré de complexité organique auquel le type soit parvenu. Les familles de cette seconde catégorie, qui nous importent plus que les autres, puisque chez elles les effets de l'évolution demeurent visibles, sont les Gupulifères, les Magnoliacées, les Nymphéacées et les Légumineuses. Ce sont aussi les seules qui nous aient fourni assez d'indices pour nous autoriser à jeter les yeux sur elles.
Le type des Myricées touche à celui des Gupulifères auquel M. Bâillon le réunit; il a été formé par appauvrissement. Les feuilles rapprochées d'un petit rameau, converties en bractées, portent chacune à leur aisselle un axe ou bourgeon floral très réduit, dont les feuilles ont donné naissance à un faisceau d'étamines, dans les fleurs mâles, à un ovaire bicarpellé dans les fe-
122 STADE ANGIOSPERMIQUE. — DIGOTYLÉES PRDIITIYES.
melles. Uovaire est accompagné de deux bractéoles collatérales à sa base ; celles-ci deviennent accrescentes et servent à Tovaire de tégument ; mais, dans le Comptonia^ les deux bractéoles sont plus développées et portent parfois à leur aisselle une fleur rudimentaire en forme de glande. La métamorphose est donc ici plus incomplète que dans les Myrica propres et ces deux sousgenres sont eux-mêmes moins complexes que celui des Faya^ dont les bractées, soudées entre elles, donnent lieu à un syncarpe ou fruit agrégé. La présence constatée des Comptoniaj à côté des Myrica propres, dès le cénomanien, n'a donc rien que de conforme à la marche présumée de l'évolution dans ce petit groupe * .
Les axes ou rameaux florifères des Paginées, dont nous avons parlé précédemment, sont contractés en glomérules. Les feuilles de ces axes, transformées en bractées, entourent ou supportent les fleurs qui répondent, comme chez les Myricées, à des bour^ geons de seconde venue. Ce sont les feuilles bractéales du glomérule femelle, étroitement rapprochées, qui constituent par accrescence un involucre commun, déhiscent et quadrilobé à la maturité. Ici, l'ordonnance régulière des éléments de la fleur gouvernés par le nombre trois ou ses multiples, l'homomorphie qui atténue la différence entres les appareils de l'un et l'autre sexe, les bractées involucrales souvent foliacées, enfin les cotylédons épigés et foliacés dans la germination dénotent une combinaison réalisée de bonne heure. La séparation des Paginées en deux groupes, l'un austral, l'autre boréal, très distincts par la physionomie bien que génériquement identiques, tend à confirmer la grande antiquité relative du type. Il est donc conforme aux lois de l'évolution de le rencontrer, dès le cénomanien, soit en Amérique, dans le Dakota-group, soit même, à ce qu'il parait, en Europe, à Niederschœna. Ce type n'aurait varié depuis lors que pour donner lieu à des formes spécifiques.
Le type des Castaninées, issu d'une combinaison différente, sur laquelle nous nous sommes déjà expliqués, a eu d'autres destinées; il s'est dédoublé et, à l'aide de modifications successives, il a donné naissance d'abord aux Dryophyllum et, par eux, aux Castanea et Castanopsis; finalement aux Quercus, Ceux-ci se constituent par une séparation plus complète des appareils