‹ L'évolution du règne végétalChapitre 59 sur 132 · Revue hortic, 1881, n«» 21 et · texte numérisé non relu

Revue hortic, 1881, n«» 21 et

2. Les Vignes américaines, par E. Planchon, Montpellier, 1875.

AMPÉUDÉES PRIMITIVES. 171

Ces nuances sont tellement faibles et Tintervalle qui les sépare si aisé à franchir dans la plupart des cas, que Thybridalion s*exerce d'une espèce à l'autre, aussitôt que Faction de rhonxme ou le hasard de l'extension géographique viennent à les mettre en présence. L'isolement seul a constitué l'espèce et seul aussi il est capable de la maintenir. Mais le métissage luimême est proportionnel à l'amplitude de la différenciation; son action s'affaiblit ou s'accroît selon qu'elle est plus ou moins prononcée, et ici le degré d'affinité plus ou moins intime n'est que l'expression exacte de la parenté généalogique des formes sorties d'un même rameau, encore plus d'un même ramule, se touchant de plus près et se mêlant plus aisément que celles qui proviennent d'une bifurcation plus ancienne de la branche des Yitées et encore plus des Ampélidées réunies.

L'application des idées qui précèdent à l'examen des espèces fossiles d' Ampélidées, loin de les contredire, leur apporte l'appui de la vraisemblance, et c'est bien ainsi, c'est-à-dire à l'aide de dédoublements successifs, aboutissant à un ensemble de formes alliées de très près, que le groupe entier a dû sa multiplication et sa diffusion à travers les périodes géologiques, à partir de la craie supérieure.

Ce serait à cette époque qu'il faudrait rapporter les premiers vestiges d' Ampélidées non encore différenciées, si les Chondrophyllum d'Ettingshausen et les Cissites insignis et formosus de Heer, le premier de la craie du Nébraska, le second de celle du Groenland, avaient été attribués justement aux Ampélidées. Mais le Chondrophyllum tremulxfotium Brngt., de Niederschœna, le mieux caractérisé de tous, ressemble tout autant à une Hamamélidée qu'à une Ampélidée, tandis que, de leur côté, les Cissites insignis et formosus répondent mieux à des Araliacées.

Il faut donc se placer sur l'horizon paléocène de Sézanne et de Gelinden pour rencontrer à la fois et sous une apparence déterminable, avec des Viburnées, des Araliacées, Cornées, etc., de vraies Ampélidées, c'est-à-dire tout un ensemble de familles réciproquement alliées et dont la présence simultanée est un indice de plus de leur commune divergence d'une tige mère, dont les premiers rameaux se seraient montrés dès Tàge précé-

1. Voy. Phyllites du Nébraska, p. 0. Heer, tab. 2, fig. 5, et FI. foss. arctica, yon 0. Heer, VI, 2 Abtheil, p. 85. tab. 21, Og. 5-8.

472 COUP d'(eil sur L'£voLunon des phakérogaiies.

dent; ce fait est au moins certain pour l'ane de ces familles,

celle des Araliacéea.

Les genres Cùsus et Vitis ont à la fois des représentants dans la flore de Sézanne. Le Vitis seiannensis Sap. et le Ciiius primsBva Sap., ont des feuilles qni se ressemblent assez pour avoir été d'abord confondues en une seule et même espèce. Ces feuilles sont dentées le long de la marge, mais entières et par conséquent tracées sur un modèle relativement ample.

Le Cissus prinueva touche évidemment de près aux Ciisus eapeiuia Tbb. et tomerUoia Lam , l'nn de l'Afrique australe, l'autre de l'Ile Maurice.

Le Vitis sezannensis dont H. Munier-Chalmas a reconnu les vrilles et plusieurs fragments, est certainement comparable au Vitis cordifolia, Michx. {Vitis vulpina Walt, non Wiîd.], espèce de l'Amérique septentrionale à peine distincte du V. riparia du même auteur. Ce serait donc là un Euoilit à feuilles ùon lobées, assimilables, d'autre part, si on la rapproche des formes actuelles de l'ancien continent, à celles du Vitis cintiamomea Wall-, mais avec quelques paires de nervures secondaires de moins.

ÉVOLUTION PARTICULIÈRE DES VlTiS. 173

Suivons maintenant d'an étage à l'autre les vignes fossiles en abandonnant la branche collatérale des C issus.

Nous n'avons pas observé de vigne authentique dans Téocène supérieur. Cette lacune, qui correspond à la période la plus chaude qu'ait traversée l'Europe, concorde avec l'abondance relative des Palmiers et d'autres types d'affinité tropicale, tels que les Ganneliers, Bombacées, Mimosées, etc. Elle marque, selon nous, non pas une absence complète, ni une éclipse du type VitiSy mais seulement son état stationnaire et son cantonnement soit plus au nord, soit vers le haut des montagnes.

Les vignes propres doivent être effectivement considérées comme des plantes originaires des vallées escarpées et des régions accidentées qu'elles auraient quittées ensuite pour redescendre dans les plaines, sans cesser pourtant de fréquenter de préférence le voisinage des grandes chaînes. Leur distribution géographique à portée des Apalaches, du Caucase, des contreforts himalayens, dans l'Afghanistan, le Caboul, Cachemire, le Boutan, l'Amurland et le Japon, conOrme cette manière de voir et démontre que c'est au sein des montagnes que le type primitivement ébauché doit avoir reçu ses traits décisifs.

Le partage des vignes entre les deux continents et l'extrême liaison des Vitis d*Asie et d'Amérique favorisent la supposition d'une émigration des Euvitis^ de ceux du moins qui touchent de plus près au type Vinifera^ émigration qui se serait opérée du nord au sud et dans plusieurs directions simultanées, à partir du périmètre de la région arctique.

Dans la flore américaine du € lignitic », qui se rapporte à la fin de l'éocène, on rencontre bien un certain nombre de Cissus nettement caractérisés, mais la présence du Vitis Olnki Hr. y semble problématique, la feuille figurée par M. Lesquereux sous ce nom ayant plutôt la nervation d'un érable que d'une vigne véritable. L'examen de la flore arctique tertiaire confirme au contraire le point de vue que nous exprimions plus haut. Le Vitis Olriki Hr., d'Atanekerdiuk, dans le Groenland septentrional, découvre l'existence sur ce point, vers la fin de Téocène, d'une espèce de vigne alliée de près au V. cordifolia Michx., par conséquent d'un Euvitis du groupe des Vinifera. Il faut joindre à la belle feuille figurée par M. Heer des semences provenant des mêmes lits et offrant le caractère des grains de raisin.

174 COUP d'ceil sur l'évolution des phanérogames.

Nous ne nous arrêtons ni au Vitis arctica ni au Vitis ishndica du même auteur, qui sont loin de présenter les mêmes garanties de détermination générique. — La feuille du V. Olriki^ remarquons-le, a le pourtour entier et simplement denté à dents obtuses, mais sans trace de lobes ni d'incisures.

Si nous retournons maintenant en Europe, c'est sur l'horizon du miocène inférieur que nous rencontrons les vestiges du premier Vitis authentique, succédant à l'espèce de Sézanne. Les flores si riches des gypses d'Aix, du tongrien et de Vaquitanien de Provence, d'Armissan près de Narbonne et de Geylas dans le Gard n'en ont encore présenté aucune trace déterminable. A Menât, en Auvergne, sur le même horizon géognostique, nous n'avons rencontré que des indices peu significatifs de la présence d'une vigne.

C'est dans les tufs de Yesoul (Haute-Saône), dépôt travertineux de la même nature que celui de Sézanne, synchronique de celui de Brognon (Gôte-d'Or) et appartenant à l'horizon du miocène le plus inférieur, que nous observons les feuilles du Vitis sequanensis Sap. Tout bien considéré, ces feuilles ressemblent à celles du Vitis rotundifolia Michx., de la Floride, ainsi qu'au V. califomica dont nous tenons un échantillon de M. Lesquereux. Ainsi, la seule vigne connue avec un peu de certitude dans l'Europe centrale, vers le milieu du tertiaire, se rapporterait à la section des Muscadinia dont le Vitis rotundifolia est le type. C'est un nouvel indice de l'extension tardive des Euvitis sur le sol européen, à la faveur de l'abaissement de température qui suivit le tongrien, soit que ces Euvitis soient venus du nord, soit qu'ils aient d'abord occupé l'intérieur des régions montagneuses.

Il est difflcile, en tous cas, de reconnaître le type des vrais Vitis aux feuilles de Salzhausen décrites par Ludwig sous le nom de K. teutonica. Néanmoins, des graines ayant le caractère de pépins ou grains de raisins ont été signalés par Al. Braun et réunies probablement à tort aux feuilles en question qui dénotent plutôt celles d'un Acer ou d'un Vibumum. A (Ëningen, malgré la richesse prodigieuse du gisement, c'est encore des graines isolées, non accompagnées de feuilles, que M. Heer a pu recueillir ^ Cette pénurie pouvait bien être en rapport avec la

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