‹ L'évolution du règne végétalChapitre 61 sur 132 · VIGNES PLI0C£NK ET QUATERNAIRE DE PROVENCE · texte numérisé non relu

VIGNES PLI0C£NK ET QUATERNAIRE DE PROVENCE

sur le aol provençal, 1& présence et !a diffusion de ce dernier se rapportant au quaternaire.

Le VitissalyorumS&p.elUAT. touche visiblement & notre vigne et s'en distingue à peine par ses feuilles lobjes-angulenseB, mais non découpées, el par le faible développement de la base, écbancrée plutAt que cordiforme. Par ces mêmes côtés il se rattache aux races du Népaul, de l'Himalaya et de l'Afghanistan, sigaalées sous les noms de Vith tndica L.,V. cinnamomea Wall, ,

a PronoM. — A. «t B, d«ui tSnillai.

rialioDi morphologlqusg dsi Cornwi foii- D VilU prtnditi/cra du monl Chirriy «I B au Vilit mMifafra d» cinéritci du CuUl (toi. BS- *3X), — 1/t srind. ut.

Vità glandulosa Wall. Dans l'espace qui s'étend de l'Himalaya au Caucase et an Taurus, il existe tout un ensemble de formes localisées, plus ou moins flottantes et allant de la variété à peine sensible jusqu'à l'espèce définissable. Le Vilis vinifera n'est que le rameau occidental et prolongé dans la direction des pays limitrophes de la Méditerranée de cette branche des Ewitis dont la vigne cultivée est devenue le type. A l'époque pliocène, le midi de l'Europe comprenait encore des races ou sous-espèces similaires de celles qui peuplent les vallées asiatiques, et le Vità salyorum, avec ses caractères ambigus, nous révèle cet état de choses.

Nous atteignons ainsi le quaternaire. A la base de ce terrain, toujours enProvence, dans des tufs que leur masse et leur situalion assignent ft un niveau très supérieur & celui que les eaux PlANÉBOOAIIES. n. — 13

178 COUP d'oeil sur l'évolution des phanérogames.

actuelles peuvent atteindre, ceux de Meyrargues ^ (B. du Rh.), Tun de nous a signalé, depuis des années, une vigne dont les feuilles affectent une ressemblance plus étroite avec celles du Vitis salyorum qu'avec les formes actuelles de Vitis vinifera du pourtour méditerranéen. La vigne pliocène aurait donc persisté en Provence jusque dans l'âge suivant, et Thomme des graviers de la Somme s'était introduit en France avant qu'elle eût disparu, envahie et submergée par une race plus robuste et plus cosmopolite. On conçoit que le Vitis vinifera^ favorisé par la culture, ait finalement remplacé ou absorbé, à l'aide du métissage, toutes les races locales qui auraient eu la chance de survivre aux événe ments. Pourtant, il est impossible de révoquer en doute, à cette même époque quaternaire, peut-être même auparavant, la présence en Europe du véritable Vitis vinifera. Notre vigne, bien caractérisée, se montre en effet dans les travertins toscans (Pioggio a Montone, Galleraje, San Vivaldo, Val d'Era). Ici ridentité est complète et il en est de même des empreintes extraites des tufs de Montpellier par M. Gpstave Planchon.

L'espèce, dans son extension en dehors des limites de la patrie originaire, serait venue d'abord en Italie, gagnant de proche en proche et marchant de l'est à l'ouest. Elle a dû suivre, pour arriver jusqu'en Europe, le même chemin que le Fictis carica^ également observé dans les tufs de l'Italie centrale, dans ceux du midi de la France et que l'on retrouve, lors du quaternaire, jusque dans les environs de Paris.

Au moyen des définitions et des exemples qui précèdent, il est possible de traduire la marche du monde végétal et de saisir la signification de Tespèce. Les organismes végétaux simples et primitifs ou ceux qui, demeurés extensibles, sont susceptibles de se modifier ont donné lieu au phénomène de la variation morphologique, et ce phénomène, s'exerçant à travers les âges, sous l'influence des changements de milieu, a produit toutes les nuances différentielles que l'hérédité et l'adaptation sont venues fixer chez les individus. L'espèce n'est donc qu'une résultante soit passagère, soit définitive, ou encore elle est une résultante « actuelle » de tous ces mouvemements combinés. L'espèce par elle-même

1. La Flore des tufs quatetmaires en Provence, par le comte G. de Saporta, p. 13, flg. 7 (extr. des Comptes rendus de la 33* session du Congrès scientif, de France^ Aix, 1867).

SIGNIFICATION DE l'eSPÉCE VÉGÉTALE. 179

revêt ainsi un double caractère, puisque tantôt elle représente simplement un des termes partiels d'une série d*états successifs, reliés entre eux par des intermédiaires ; elle sert alors de passage et n'est autre qu'un des chaînons d'une suite plus ou moins longue d'enchaînements. Tantôt, au contraire, Tespèce équivaut au point d'arrivée de l'un de ces enchaînements et, ayant réalisé tous les changements dont sa trame était susceptible, devenue à peu près inadaptive, elle ne saurait plus donner lieu qu'à des oscillations du degré le plus faible. On voit en même temps que deux circonstances principales ont contribué à la constitution de l'espèce, qu'elle soit demeurée plastique ou qu'elle ait été définitivement fixée : d'une part, la sollicitation venue du dehors, raison d'être des changements organiques, et, de l'autre, l'infiuence de la localisation qui, soumettant des individus sortis d'un ancêtre commun et plus ou moins semblables entre eux à des conditions déterminées, tend à les uniformiser par la permanence de ces conditions subies en commun. C'est cette action si complexe et si décisive que nous essayerons de préciser dans un dernier chapitre.

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