LES ANIMAUX ET LES PLANTES TERRESTRES
la vie animale ne s'est adaptée à la vie terrestre que par l'intermédiaire de groupes organiques de second ordre, c'est-à-dire faisant partie d'embranchements déjà existant; mais aussitôt que cette adaptation a été effectuée, les types par lesquels elle se réalisait ont subi de fréquentes extinctions, que les groupes demeurés aquatiques ont au contraire généralement évitées, à la faveur de cette uniformité du milieu dont nous avons plus haut établi les effets. Ces extinctions, nous le répétons, n'ont porté, dans le règne animal, que sur des types d'une valeur systématique subordonnée et jamais sur des embranchements. Ce sont là des données qui éclairent d'un jour particulier l'évolution du monde des plantes. Que de troubles effectivement ont dû éprouver à la longue les destinées de ces êtres qui dès l'origine, quittant les eaux marines, se répandirent presque exclusivement sur le sol émergé et y subirent leurs plus importantes différenciations organiques ! Obéissant, dans ce nouveau milieu, à des lois identiques à celles qui décimèrent les animaux terrestres, les plantes ne progressèrent dans leur voie évolutive qu'en éprouvant des extinctions réitérées. Les extinctions, à mesure qu'elles se produisaient, atteignaient en définitive des types organiques d'un rang élevé, auxquels nous n'hésiterions pas à attribuer, s'il nous était donné de les connaître en détail, une valeur d'embranchement ou de grande classe. Il est clair qu'au terme de cette longue série d'accidents éliminatoires, la flore vivante nous est parvenue très appauvrie. En tenant compte par la pensée de l'ensemble des types successifs qui ont peuplé le globe, on verra qu'elle ne comprend guère actuellement que des groupes disjoints, essentiellement inégaux, les uns exubérants, les autres frappés de déclin et combinés dans des proportions très différentes de celles qui prévalurent anciennement.
Ces particularités ont-ellçs été bien saisies? — Nous ne le pensons pas. Il faut le dire; | dans l'ignorance ou le dédain du passé dont on a fait si longtemps profession, les masses touffues des plantes monocotylées et dicotylées, placées en face
des botanistes classificateurs, ont formé un épais rideau masquant à leurs yeux la foule éparse des végétaux primitifs. — N'avons-nous pas vu des types aussi tranchés que les Lycopodînées, les Fougères, les Cycadées, les Conifères, les Gnétacées, être mis au rang de simples familles, au même titre que celles des Celtidées et des Ulmacées, des Verbénacées et des Labiées, des Liliacées et des Asparaginées? — Il est vrai que, sous l'influence des travaux embryogéniques, des idées plus justes ont fini par pénétrer dans la science. On a su reconnaître l'importance de l'état gymnospermique ou c archispermique ». La gradation, qui rattache aux Cryptogames vasculaires à prothalle externe les Ârchispermes elles-mêmes, est maintenant admise par la science; mais ces données suffisent-elles pour mettre en parfait équilibre les classifications botaniques? La réponse ne saurait être que négative. — Nous le répétons, le monde végétal actuel n'est qu'un reste échappé aux révolutions antérieures, une souche dont bien des branches ont péri, ou se sont amoindries, tandis que d'autres, adventives et longtemps subordonnées, prenaient une extension acquise aux dépens de leurs devancières. Les proportions et les combinaisons ont ainsi changé à plusieurs reprises ; l'ordre premier a été renversé, et ce qui était obscur et faible à l'origine est devenu plus tard prépondérant. Il faut donc nécessairement, au risque d'être entraîné dans Terreur, tenir compte du passé, même dans l'appréciation du présent, lorsqu'il est question du monde des plantes. À plus forte raison, faut-il reporter le regard en arrière dès qu'il s'agit d'établir le développement historique du règne végétal. Son état moderne est loin de donner la mesure de ce qu'il a été dans d'autres* périodes, et, comme il conserve les épaves des anciens âges, il faut bien restituer à ces résidus la signification qu'ils avaient, alors que faisant partie d'un ensemble différent du nôtre, ils jouaient aussi un rôle distinct de celui qui leur est maintenant dévolu. Leur temps de prédominance s'étant écoulé, ils se trouvent subordonnés à la foule compacte des types plus jeunes.