CARACTÈRES DU MOUVEMENT ÉVOLUTIF DES PHANÉROGAMES
Ceux-ci résultent du dédoublement de races en réalité secondaires, mais dont la variabilité a persisté davantage. En un mot, ce sont des produits plus récents de l'organisme végétal, continuant à répondre par des modifications partielles à l'ébranlement des influences extérieures. On conçoit qu'après s'être porté à l'origine sur les organes les plus essentiels, le mouvement évolutif, les premières transformations une fois réalisées, n'ait donné naissance par la suite qu'à des différenciations d'un ordre moins élevé, intéressant la morphologie des parties accessoires. Ces conséquences sont forcées : considéré de haut, le monde végétal ressemble à un peuple, au sein duquel se seraient succédé plusieurs races, ayant eu chacune leur jour de puissance, jusqu'à ce que l'une d'elles, se multipliant outre mesure, eût évincé et subordonné toutes les autres, après en avoir exterminé la majeure partie.
Le botaniste, qui voudrait écrire l'histoire des plantes, n'ayant sous les yeux que les seuls types des flores actuelles, ressemblerait au zoologiste qui, prétendant tracer l'image complète du monde animal, décrirait, d'une part, les Protozoaires et les Cœlentérés, et morcellerait ensuite en une multitude de familles les seuls animaux terrestres : Insectes, Arachnides, Myriapodes, Reptiles, Oiseaux et Mammifères. Ne voit-on pas que l'on mettrait ainsi de côté des classes entières d'êtres marins qui comblent l'intervalle et servent à expliquer les termes gradués au moyen desquels l'animalité, d'abord purement aquatique, s'est ensuite adaptée à la vie aérienne.
Nous venons de justifier le rôle prépondérant et l'importance systématique que nous attribuons aux types botaniques éteints. De plus longues dissertations seraient superflues. Nous avons la conviction de faire œuvre utile aux progrès de la science que nous aimons, en tentant de donner aux associations d'êtres qu'elle a pour objet, des proportions mieux en rapport avec ce qui nous semble la réalité. Les zoologistes ont déjà tiré un certain parti de la paléontologie ; ils prévoient, pour ainsi dire, les
découvertes que cette science doit amener. Ces découvertes n'auront pas cependant pour résultat de modifier notablement les classifications animales, telles qu'elles sont, dès maintenant, arrêtées dans leurs lignes principales. Le cas n'est plus le même pour la Botanique. Elle est en droit d'attendre une vive impulsion de la science des plantes fossiles. Cette science est récente, difficile et lente dans ses progrès, comme dans ses procédés; elle marche cependant et elle saura conquérir peu à peu la faveur des analystes.