CHAPITRE II
STADE PROGYMNOSPERMIQUE (SUITE)
Les Dolérophyllées. — Les Gannophyllitées. — Les Cordaïtées. — Les Salisburiées prototypiques. — Evolution particulière des Gycadées.
Le stade dont nous venons de fixer les traits généraux marque le point de départ de tout l'ensemble des plantes supérieures. De ce stade, comme d'une sorte de fond commun, ont anciennement émergé des séries ou races végétales très diverses. Sorties du même berceau, mais engagées ensuite dans des voies différentes et séparées par des intervalles sensiblement inégaux, ayant eu des destinées aussi variées que leurs aptitudes acquises et le rôle qui leur a été dévolu, ces races s'avancèrent plus ou moins, en accentuant graduellement leurs caractères, à mesure qu'elles se perfectionnaient. Leur évolution respective présente ainsi des particularités qui méritent avec d'autant plus de raison d'attirer notre regard qu'il s'agit de groupes doués pour la plupart d'une puissante personnalité. Dans le cours de leur développement, ces groupes ont donné lieu à des combinaisons organiques aussi nombreuses que saillantes; mais bien qu'ils se rattachent tous au stade progymnospermique et qu'ils soient compris dans les limites que nous lui assignons ou du moins qu'ils les aient côtoyées de très près, plusieurs d'entre eux cepaidant s'en écartent à certains égards. C'est par l'étude de ces traits partiels de divergence et de transformation qu'il devient possible de reconstituer le tableau des modifications, à l'aide desquelles d'autres végétaux plus complètement changés durent cesser un jour d'appartenir au stade que nous considérons et qu'ils ont certainement traversé.
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Ces liaisons indirectes, ces affinités mal définies et cependant réelles qui résultent, selon nous, de termes successifs franchis par les uns, non dépassés par les autres qui s'y attardent, nous les constatons à chaque pas au milieu des types dont l'étude fera l'objet de ce chapitre et qui sont à nos yeux les parents, les frères aînés ou les collatéraux de ceux que nous inscrirons à leur suite, comme constituant le stade gymnospermique. L'inégale intensité de l'impulsion évolutive a eu pour conséquence nécessaire la production de types mixtes. La structure histologique a pu, on le conçoit, résister au changement chez certains végétaux, tandis que la structure intime des organes reproducteurs se modifiait profondément, et l'inverse a pu également s'effectuer. C'est pour cela que les Cordaïtées, les Cycadées et dans un sens les Salisburiées nous offrent l'exemple de végétaux qu'il est difficile de ne pas ranger auprès des Progymnospermes vers lesquelles les rejettent certains des traits décisifs, tandis que, par d'autres traits d'une égale importance, ces mêmes groupes tiennent aux Gymnospermes propres. Mais cette difficulté de rencontrer une limite exactement interposée, loin d'être un obstacle à la doctrine de l'évolution, la favorise au contraire. Elle nous fait voir le règne végétal distribué en séries parallèles, toujours en marche, non pas vers un but unique et par un seul chemin, mais tendant à la perfection relative dans plus d'une direction à la fois et par des voies assez divergentes pour conduire à des résultats parfois similaires, sans passer par les mêmes défilés ni faire jamais prévaloir des combinaisons absolument identiques. Nous arriverons ainsi pas à pas au seuil du stade gymnospermique. Celui-ci ne sera pour nous que la conséquence extrême du précédent, ou mieux encore une des conséquences qu'il a engendrées et la plus féconde, si l'on fait abstraction des plantes tout à fait supérieures, venues les der- . nières à la suite d'une élaboration prolongée et longtemps obscure.
Les Dolérophyllées et les Cannophyllitôes.
Nous allons d'abord jeter les yeux sur un groupe de plantes signalé dernièrement par l'un de nous sous le nom de Dolérophyllées, groupe longtemps confondu avec celui des Fougères, et
LES DOLÉROPHYLLÉES. 69
qui se range dans le stade progymnospermique, non-seulement par son appareil végétatif, mais par ce que l'on connaît de ses organes reproducteurs. La nature ambiguë des Dolérophyllées, ballottées à plus d'une reprise des Filicinéee aux Cycadées, les analogies lointaines, si Ton veut, mais fondées sur bien des indices, qui les rapprochent soit des Cordaïtées, soit des Salisbu-
Fig. 29. — lige présumée des Dolérophi/llées. — Fragment d'une tige adulte, écrasée et convertie en houille, présentant les cicatrices d'insertion des anciennes feuilles. Cette tige est encore revêtue de son épiderme qui forme une mince pellicule de houille, enlevée par place et découvrant la couche inférieure fîbro-ligneuse. Les cicatrices foliaires, bien visibles, sont larges et limitées par une sorte de bourrelet circulaire. Le lambeau couché en travers et obliquement sur celte tige est celui d'une feuille de Cordaïte entraînée par hasard (d'après* un échantillon recueilli par M. Grand'Eury et communiqué par lui).
riées, au moyen desquelles on passe sans trop d'efforts aux Taxinées, tous ces caractères marquent bien la place de ces plantes au point de notre étude auquel nous sommes parvenus. Il n'est pas même jusqu'à l'obscurité qui dérobe la connaissance précise du port extérieur de ce type et de sa structure caulinaire qui ne nous engage à le considérer en ce moment;
70 PROGYMNOSPERMES. — DOLÉROPHYLLÉES.
car il n'y aurait rien d'invraisemblable à admettre que les Dolérophyllées représentassent les organes appendiculaires, détachés, de quelques-unes des tiges dont nous avons précédemment signalé la structure, sous le nom collectif de Calamodendrées.
Les Dolérophyllées étaient de grands végétaux, pourvus de feuilles un peu charnues ou du moins épaisses et cartilagineuses, largement orbiculaires, entières sur les bords dont la marge était cernée par un mince ourlet. Ces feuilles échancrées en cœur,
Fig. 30 et 31. — Feuilles de Dolérophyllées encore adhérentes à la tige. — Ces figures, reproduisent deux échantillon» recueillis à Saint-Etienne par M. Grand'Eury. Ellesmontrent des feuilles de Dolerophyllum oocupant sur une tige ou rameau jeune leur place naturelle. L'une d'elles embrasse étroitement la tige qu'elle laisse apercevoir à sa base; l'autre (à gauche) la recouvre de ses auricules superposées (1/2 grandeur naturelle). — Les feuilles de cette espace de Dolerophyllum, la plus répandue de toutes dans les couches de Sdint-Etienne, varient beaucoup et atteignent généralement unedimension plus considérable.
auriculées ou simplemeut atténuées en coin obtus s'attachaient par une base sessile, donnant lieu à une cicatrice d'insertion transversalement annulaire , sur le rameau qu'elles embrassaient étroitement, en l'entourant de leurs auricules. Rapprochées à de faibles distances l'une de l'autre et, dans bien des cas, semiemboîtées, elles paraissent avoir été rangées dans un ordre spiral d'insertion et il leur arrivait de se détacher pèle-mèle du rameau qui les portait ou encore d'entraîner ce dernier dans leur chute. Quelquefois même on les rencontre encore en connexion directe avec la tige et occupant sur elle leur position naturelle; dans