ORGANES MÂLES DU GINKGO
foliaires, les organes reproducteurs, enfin certains traits de structure anatomique. Le limbe des feuilles est plus largement
Fig. 68. — Feuilles et organes mâles du Ginkgo. — A, ramule latéral et florifère montrant un chaton mâle au moment de l'émission du pollen, entouré de feuilles jeunes en voie de développement. On distingue, à la base du chaton, deux bractées bilobées qui représentent des feuilles avortées. — B, deux androphylles détachés et formés d'un support terminé par deux ou trois loges pendantes du sommet et vues par leur face dorsale. — C, autre androphylle dont le pédicelle est surmonté de trois loges; l'une est vue de dos, les autres sont ouvertes et montrent le mode de déhiscence, à l'aide d'une fente longitudinale, de la face inférieure. — D, grain de pollen ou microspore fortement grossi, montrant, sous l'exiae, un corps intérieur tricellulaire. — E, feuille de Ginkgo, diminuée d'un tiers, constituant une variété à limbe atténué en coin inférieurement et profondément bipartite.
développé que dans aucun autre type d'Aciculariées, même en tenant compte des Dammarées *. Il est conformé en coin obtus
1. Le Dammara robusta Ch. Moore est celui dont les feuilles sont les plus larges; elles mesurent un diamètre transversal de 4 1/2 centim. sur 12 centimètres de long.
et rétréci inférieurement en un mince et long pétiole ; supérieurement, le limbe s'étale en un « flabellum » tantôt entier et seulement frangé le long des bords, tantôt divisé en deux segments plus ou moins profonds, susceptibles eux-mêmes de se scinder de nouveau, toujours par un mouvement dichotome. Le pétiole renferme deux faisceaux fîbro-vasculaires qui s'étalent en donnant lieu à travers le limbe à des veines flabellées-dichotomes, dont les dernières ramifications aboutissent aux sinuosités de la marge. Dans l'intervalle des nervures, le mésophylle se compose d'un tissu lacuneux formé de cellules allongées en bandelettes transversales réunies entre elles par des anastomoses; la ressemblance de ce tissu avec celui des parties correspondantes des Cycadées est réellement étroite et cette ressemblance reporte l'esprit vers le même parenchyme interfasciculaire des feuilles de Cordaïtées, bien que chez ces dernières les bandelettes cellulaires soient plus minces et qu'elles constituent un double chaînon séparé l'un de l'autre par des espaces entièrement vides. Les appareils sexués du Ginkgo sont disposés sur les pousses latérales raccourcies qui donnent naissance chaque année à une rosette de feuilles, sortie d'un bourgeon écailleux. — L'organe mâle est un chaton visiblement axillaire, puisqu'il paraît à l'aisselle des jeunes feuilles extérieures, et qu'il est accompagné à sa base de « prophylles » ou écailles gem maires représentant des feuilles avortées. L'axe relativement grêle de ce chaton supporte des androphylles, dont les logettes à pollen, au nombre de 2 à 3, pendent du sommet d'un court pédicelle. Ces loges sont terminales et verticillées comme chez les Taxées (Taxus, Torreya, Cephalotaxus), mais leur disposition est loin d'être sans analogie avec celle des organes correspondants des Cordaïtées dont les androphylles sont formés de 5 à 6 logettes érigées, fasciculées au sommet des pédicelles.
L'appareil femelle consiste en une réunion de feuilles modifiées, réduites à leur pétiole, occupant le centre d'une rosette de feuilles normales. Chaquecarpophylle représente, selon M. Van- Tieghem, la première et unique feuille d'un ramule axillaire avorté, et chaque support pédonculaire présente à son sommet deux ovules qui tiennent visiblement la place des deux segments du limbe. La graine adulte, le plus souvent unique par avorte-
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ment, rappelle par sa structure intérieure celle des Cycas et aussi celle des Cordaïtées. Sous un mésotesta charnu, elle renferme un endotesta osseux en forme de coque bi ou tricarénée,
Fig. 69. — Feuilles et organes femelles du Ginkgo, — A, feuille normale bilobéc. — B, rameau court, latéral et florifère, surmonté d'une rosette de feuilles entières et portant deux pédoncules terminés, l'un par deux, l'autre par trois ovules récemment fécondés. — C, sommité d'un autre pédoncule subdivisé en plusieurs pédicelles terminés chacun par un ou deux ovules dont un seul est destiné à se développer. — D, pédoncule supportant deux graines mûres dont Tune s'est détachée et laisse voir la cicatrice de son insertion sur le disque pédonculaire. — E et F, deux noyaux ou endotestas, montrant les graines dépouillées de leur enveloppe charnue et réduites à leur coque intérieure, tantôt trigone (F), tantôt bicarénée (É); — dimensions réduites de moitié.
dont l'amande (corps nucellaire) volumineuse contient un gros embryon, pourvu de deux cotylédons inégaux, qui ressemble plus que celui de toutes les Aciculariées à l'embryon des Gycadées. Reportons maintenant l'attention sur la structure anatomique du Ginkgo et nous aurons à faire ressortir, parmi les éléments histologiques de la tige, la présence d'une moelle relativement
large, celle de fibres ligneuses cylindriques dont les ponctuations aréolées, distribuées sur toutes les faces des parois ressemblent à celles des Cycadées, enfin une organisation spéciale des fibres du liber, promptement cloisonnées en travers, qui permet de les assimiler au liber cloisonné qui caractérise si nettement les Cycadées.A l'exemple de ces dernières, le Ginkgo présente, dans les régions médullaire et corticale, des canaux sécréteurs, constitués par une lacune centrale généralement courte, entourée de cellules de bordure qui y déversent la résine (voir la figure 65).
Tel est le Ginkgo sous nos yeux ; si maintenant nous le recherchons au sein du passé, nous le retrouvons d'abord presque sans changement dans le terrain tertiaire. Non seulement le Salisburia adtantoides Ung. du miocène récent de Sinigaglia ne diffère réellement pas de notre Ginkgo, mais cette même espèce a été recueillie dans le miocène inférieur des régions polaires (Groenland), circonstance qui autorise à penser que l'espèce vivante dont nous avons signalé les feuilles caduques, à l'égal du Mélèze, du Taxodium et du Glyptostrobus, types recueillis de même à l'état fossile non loin du pôle, est originaire de la zone arctique, d'où elle se serait répandue plus tard en Europe, d'une part, dans l'Asie orientale, de l'autre. A la suite de cette double émigration, opérée à une époque déjà ancienne, le Ginkgo n'aurait réussi à se maintenir que dans le nord de la Chine et au Japon. Il aurait par contre disparu de l'Europe avant la fin du tertiaire.
C'est là l'histoire particulière du Ginkgo actuel. En tant qu'espèce, il a les caractères d'une forme qui aurait pris naissance au sein des contrées polaires, dans un temps où ces contrées jouissaient encore d'un climat relativement doux. Mais il est facile de se convaincre que dans un âge plus reculé et au delà comme en deçà de la zone arctique, il a existé d'autres espèces de Salisburia assez variées, bien que reproduisant constamment les traits distinctifs de l'unique espèce vivante. Ces espèces possédaient très vraisemblablement des feuilles persistantes comme l'étaient celles de la plupart des végétaux antérieurs au temps tertiaire, le refroidissement du globe n'ayant fait encore à ces époques que des progrès peu sensibles, même aux alentours du pôle, où croissaient à peu près les mêmes végétaux que sur le reste du globe.
En effet, les anciens Cyclopteris Brngt. de la craie, de l'oolithe
Fig. 70. — Organes caractéristiques des Salisburia ou Ginkgo jurassiques. — A et B, Salisburia Huttoni (Sternb.) Hr., des grès oolithiques de Scarborough dans le Yorkshire, feuilles légèrement restaurées. — G et D, Salisburia pseudo-Huttoni (Hr.) Sap., de l'oolithe de Kajamùndung, dans la Sibérie orientale; G, feuille; D, chaton mâle. — E, appareil fructificateur de la même espèce supportant deux graines. (2/3 gr. nat.)
et de l'infralias sont réellement des Salisburia; M. Heer Ta démontré le premier et personne n'a depuis révoqué en doute une assimilation aussi bien justifiée. Le Salisburia primordialis Hr., de la craie arctique, représente le type de notre Ginkgo avec des feuilles entières et réniformes et avec des fruits ovulaires beaucoup plus petits. Les Salisburia pluripartiia Schimp., et arctica Hr., au limbe profondément lacinié, s'éloignent davantage du type moderne; mais ils paraissent répéter dans la craie inférieure les formes antérieures de l'oolithe, parmi lesquelles on doit surtout signaler les Salisburia Huttoni Hr., digitata Hr., et sibirica Hr., ce dernier de l'oolithe d'Irkutsk. Les chatons mâles, les rameaux, les fruits de quelques-unes de ces espèces ont été observés et ne laissent voir que des divergences d'un
Fig. 71. — Types arctique et antarctique de Salisburia jurassique. — A, Salisburia antarctica Sap., du lias? inférieur d'Australie, feuille complète. — B, Salisburia integriuscula Hr., des couches jurassiques du cap Boheman au Spitzberg, feuille complète. (1/2 gr. nat.). — Ces deux exemples démontrent que, vers le milieu des temps secondaires, le genre Salisburia était répandu d'un pôle à l'autre, à travers les deux hémisphères.
ordre spécifique, comparés aux organes correspondants de notre unique Ginkgo. Mais à mesure que Ton pénètre, à la suite de ces espèces, au sein des temps jurassiques, on voit apparaître à côté de ces plantes plusieurs autres genres maintenant disparus et qui peuvent être rangés sans effort dans la même tribu des Salisburiées, qui comprenait alors, non seulement plusieurs espèces variées, mais aussi plusieurs types distincts. L'un de ces types est celui des Baiera, reconnaissable à ses feuilles coriaces, divisées par dichotomies successives en segments étroits et allongés en forme de lanières. Les appareils fructificateurs et les chatons mâles des Baiera, recueillis dans Tinfralias, font voir que leurs androphylles présentaient 5-7 logettes polliniques,