LES TAXÉES ET LES ABIÉTINÉES COMPARÉES
Taxées se développe solitairement et sans autre phénomène secondaire que l'apparition d'une formation discoïde sortie du pourtour de sa base d'insertion. Dans les Abiétinées au contraire, le support ovulaire se développe de manière à donner naissance à l'écaillé du strobile. La différence des deux groupes est donc plutôt dans la nature du phénomène qui succède à la fécondation que dans la structure intime des parties, et les Abiétinées, si l'on reconstitue par la pensée l'état où elles se trouvaient avant l'époque où l'appareil fructificateur est devenu chez elles un strobile, devaient s'écarter assez peu de ce que furent, de leur côté, les Taxées originaires, c'est-à-dire encore en possession d'une inflorescence moins appauvrie. On voit par là que les Taxées nous ramènent sans beaucoup d'efforts vers un état antérieur des Aciculariées, état que les Abiétinées primitives auraient ellesmêmes traversé. Or, il est digne de remarque que les deux familles paraissent avoir eu leur berceau commun au sein des régions arctiques ou du moins dans le voisinage du cercle polaire. Il est certain, en tous cas, que Ton rencontre des vestiges de leur présence respective dans les limites de ce périmètre géographique, dès un âge relativement reculé, et bien avant d'avoir à les signaler ailleurs. Les Taxées particulièrement, comprenant les genres Taxus, Torreya et Cephalotaxus actuellement confinés exclusivement à l'intérieur de la zone boréale, se montrent dans les régions polaires bien plus tôt qu'en Europe, où rien jusqu'ici n'a dénoté leur existence dans des formations plus anciennes que la mollasse miocène.
Il n'y a donc aucune invraisemblance à admettre que les Taxées aient pris naissance au fond de l'extrême nord, d'où elles se seraient ensuite répandues à travers toute la zone boréale. Plusieurs de leurs espèces occupent de nos jours une étendue immense et cette circonstance, jointe à l'aire fractionnée des deux principaux genres, favorise certainement une semblable hypothèse, en parfait accord, comme nous venons de le voir, avec les données de la paléontologie.
Évolution particulière des Conifères.
C'est à la présence et à la formation du cône ou strobile que les .Conifères, les plus parfaites des Aciculariées, doivent leur
existence. Le cône a été pour elles l'appareil protecteur par excellence, servant à recouvrir les graines pendant leur développement, s'ouvrant à la maturité pour les laisser échapper et faciliter leur dispersion. Les Conifères représentent des Aciculariées parvenues au plus haut degré de complexité qu'il ait été donné à cette classe d'atteindre et leur extension, comme leur prépondérance, se trouvent en rapport direct avec cette supériorité organique, acquise à un moment donné de leur phase évolutive. De même que pour les Dialycarpées, nous dirons ici que la variété des combinaisons de structure est trop grande pour donner à croire que toutes les Conifères soient issues d'une branche unique, d'où leurs rameaux particuliers n'auraient fait que diverger en s'éloignant d'un point dé départ commun. Il est plus probable que les Aciculariées, avant de devenir des Conifères, avaient déjà commencé à se différencier en donnant naissance à plusieurs séries juxtaposées, séparées respectivement par des intervalles inégaux. Les distinctions que l'on observe dans la nature, la situation et le mode de développement des strobiles, lorsque l'on compare entre elles les diverses tribus de Conifères, justifient cette croyance, car ces distinctions paraissent tenir à des caractères antérieurement acquis et qui auraient été fixés bien avant le moment où le strobile lui-même s'est définitivement constitué. Il faut admettre que ces Aciculariées en voie de passer à l'état de Conifères, sur divers points et sous l'empire de conditions qui n'avaient rien d'uniforme, présentaient cependant des traits d'affinité mutuelle et qu'elles se rattachaient à une souche ancestrale commune, souche tenant à celle des Dialycarpées et dont un rameau latéral, comme nous l'avons avancé plus haut, s'est peut-être conservé en se bifurquant, de manière à aboutir aux Taxées, d'une part, aux Abiétinées, de l'autre.
Quoi qu'il en soit, et malgré cette façon de comprendre la genèse du strobile, les éléments essentiels et fondamentaux de cet organe se ressemblent si fort, le mécanisme de structure d'où il est sorti est tellement pareil, chez toutes les Aciculariées qui le possèdent, que l'on est bien obligé d'admettre que l'inflorescence contractée et modifiée qui lui a donné naissance, devait être conformée à peu près de la même façon dans toutes les séries ou groupes partiels, préalablement différenciées, que