‹ L'évolution du règne végétalChapitre 56 sur 83 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

STADE MÉTAGYMNOSPERMIQUE

Caractère et évolution particulière des Gnétacées.

Notre sujet nous amène maintenant vers un rameau particulier, détaché très anciennement, à ce qu'il semble, de la même souche que les Aciculariées. Plus parfait en organisation à quelques égards, il s'est avancé parallèlement à celles-ci, mais il est demeuré peu fécond et n'a jamais obtenu qu'un rôle des plus modestes. Les « Éphédrées », c'est d'elles que nous voulons parler, bien moins puissantes que les Conifères, offrant même certains traits d'infériorité que n'ont pas ces dernières, touchent cependant de plus près aux Angiospermes et plus spécialement aux Dicotylées. Si, au lieu des Éphédrées, on considère d'une façon générale l'ensemble des Gnétacées, on voit les termes de rapprochement avec les Angiospermes devenir tellement intimes que bien des auteurs ont cru découvrir dans ce groupe les éléments d'une transition directe, conduisant d'une classe à l'autre, comme si des Gnetum on pouvait aboutir aux Santalacées et aux Loranthacées, et des Ephedra arriver aux Casuarina. Mais au lieu d'un lien équivoque, dont les vestiges s'effacent devant ceux qui cherchent à le définir, il est plus naturel d'admettre que les Gnétacées, groupe sans doute appauvri par les révolutions et plus ou moins artificiel, traduisent sous nos yeux un « état organique spécial » et qu'elles comprennent des plantes reliées entre elles par ce trait commun d'avoir tendu vers une sorte de fausse angiospermie, en détournant à l'usage de leurs

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appareils reproducteurs les parties accessoires qui servaient d'entourage à ceux-ci. Nous avons fait voir plus haut que les Conifères représentaient le « summum » de complexité organique qu'il ait été donné aux Acicularîées de produire. Après la réduction du nombre des ovules et du jet axillaire sur lequel ils étaient originairement insérés, après le développement de l'écaillé qui les recouvre, au delà de l'exacte contiguïté des parties du strobile, de leur déhiscence ou de leur caducité lors de la maturité, au delà enfin de leur soudure transformant le cône en une baie charnue et comestible, il n'y a plus rien que puisse produire l'organe strobilaire, en fait de combinaisons utiles, et tout ce qu'il était possible de concevoir à cet égard se trouve réalisé. Il en a été de même des végétaux compris sous la dénomination commune de Gnétacées et qui d'ailleurs n'ont entre eux que des rapports éloignés, si Ton s'attache aux différences qui les séparent. Dans la direction que ces plantes ont suivie, leur organisation a donné tout ce qu'il était en elle de produire, mais en usant d'éléments relativement restreints et sans se dégager des liens d'un plan de structure peu extensible. Les Gnétacées malgré tout, bien que supérieures à certains égards aux Aciculariées, bien que se reliant, prises en masse et par certains côtés morphologiques, aux Angiospermes, tout en reproduisant même quelques-unes des combinaisons û or al es ou foliaires qui caractérisent celles-ci, n'ont pas franchi cependant les limites extrêmes de la gymnospermie. Ces limites, elles semblent plutôt les avoir côtoyées ou, mieux encore, elles ont été pour elles le dernier terme d'une évolution trop faible pour leur permettre d'aller beaucoup au delà. Si l'inflorescence des Gnétacées reproduit quelques-uns des caractères de la fleur des Angiospermes, cette reproduction ressemble plutôt à une tentative parallèle qu'à un phénomène réellement identique ; elle équivaut à une ébauche non terminée et correspond à une sorte d'effort sans portée ultérieure, au lieu d'avoir le sens d'un début et de marquer un point de départ, destiné à de futurs développements.

Nous ne saurions mieux faire, à la suite de ces réflexions préliminaires, que de transcrire les propres paroles de Strasburger, extraites de son ouvrage sur les Conifères et les Gnétacées * :

1. Die C ont fer en und die Gnetaceen; eine morphologische Studie, von D r Eduard Strasburger, prof, in Jena, p. 233.

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