CARACTÈRES DU GENRE GNETUM
des corpuscules prenant presque l'apparence des vésicules embryonnaires des Angiospermes, toutes ces particularités réunies communiquent au Welwltschia une physionomie sub-angiospermique qui ne saurait être absolument trompeuse et qui, en tout cas, reporte l'esprit vers les temps où la catégorie des plantes supérieures, graduellement transformées, assumait de nouveaux caractères, sans avoir perdu encore la trace de ceux qu'elle avait possédés antérieurement.
Les considérations précédentes reçoivent une cpnfirmation nouvelle, bien que d'un ordre différent, dès qu'en quittant le Welwitschia, on observe les Gnetum^ expression suprême de l'état organique que nous analysons. C'est là un genre très éloigné sans doute par le temps qui le vit naître, aussi bien que parle faciès qu'il présente, du problématique Welwitschia. Avec les Gnetum et par leur intermédiaire, nous franchissons sans doute plusieurs degrés et nous laissons en arrière plus d'une étape. — Rien dans l'aspect extérieur de la plante ne dénote une Gymnosperme, au sens ordinaire du mot. C'est une liane semblable d'aspect à celles que comprennent les Apocynées, les Bignoniacées, les Ménispermacées, les Pipéracées. Il en résulte qu'en s'en tenant à l'extérieur, on croirait avoir réellement sous les yeux une Dicotylée et cependant, nous l'avons vu plus haut, les Gnetum, par le bois et par l'ovule imparfaitement protégé, paraissent être des Gymnospermes. Ils sont assurément des « Gnétacées », puisque la famille entière leur doit sa dénomination, si l'on se borne à invoquer leur affinité, au moins superficielle, avec les Ephedra, affinité dont la plupart des botanistes admettent la réalité. Au lieu de s'étonner de cette double tendance, il est plus naturel de supposer que bien des pas en avant avaient été accomplis par les végétaux d'où les Dicotylées sont à la fin sorties, lorsque le type des Gnetum arrêta les traits qui le distinguent encore. L'isolement actuel du type nous enlève le vrai sens de ce mouvement organique, peut-être régressif; mais il est certain, de toutes façons, que les Angiospermes ont traversé autrefois bien des termes échelonnés et qu'à chacun de ces termes, ils ont été capables d'émettre des rameaux susceptibles de s'étendre et de se prolonger jusqu'au moment où ils cessèrent de varier. Un de ces rameaux, latéralement émis, a fort bien pu évoluer séparément et se fixer à un moment
donné, sans avoir jamais atteint le stade angiospermique proprement dit. L'adaptation particulière des Gnetum à l'organisation sarmenteuse des lianes a pu favoriser leur maintien et, en définitive, leur type, malgré son isolement relatif, n'est pas sans liaison avec certaines Dicotylées incontestables, mais imparfaites à quelques égards, comme les Santalacées, ou affectées de parasitisme, comme les Loranthacées.
A l'imperfection de la fleur formée d'enveloppes au nombre de trois provenant de feuilles bractéales soudées et entourant l'ovule, la plus intérieure surmontée d'un appareil tubuleux, vient se joindre chez les Gnetum la présence de feuilles tout à fait semblables par l'apparence comme par la disposition du . réseau veineux à celles des Dicotylées. Peut-être, dans les Gnetum, les fleurs sont-elles demeurées imparfaites et senû-gymnospermiques, uniquement parce qu'elles ont dû se constituer aux dépens d'un axe feuille, préalablement amoindri et relativement pauvre. Les sexes ont dû se séparer de bonne heure et les pièces appendiculaires ou bractées de l'axe n'ont dès lors fourni à chacune des fleurs que des éléments insuffisants. L'ovule, à défaut de la feuille carpellaire qui lui manquait, a été bien forcé de se contenter, comme chez les Ephedra et Welwitzckia, d'enveloppes empruntées aux paires de bractées les plus immédiatement voisines.
Dans cette hypothèse, ce serait à une circonstance en quelque sorte accidentelle qu'il faudrait rapporter l'origine et la raison d'être de la fleur des Gnetum, et le point d'arrêt qui lui aurait donné naissance nous découvrirait par cela même certains côtés de l'état primitif organographique des Dicotylées, alors que ces plantes, déjà pourvues de caractères distinctifs et séparées même des Monocotylées, transformaient graduellement leurs appareils reproducteurs, de manière à constituer la fleur, d'abord, et ensuite, après elle, l'inflorescence par la modification progressive de toutes les parties voisines des axes sexués.
Chez les Gnétacées, prises dans un sens général, l'axe sexué promptement réduit s'est trouvé n'être qu'un petit bourgeon mâle ou femelle, trop faible pour constituer une véritable fleur. Ces bourgeons sexués se sont alors groupés sur des axes d'un ordre plus élevé, à l'aisselle des feuilles changées en bractées et soudées entre elles deux par deux, qui garnissaient chacun de ces axes. De là, des inflorescences, les unes purement femelles, les autres