‹ L'évolution du règne végétalChapitre 77 sur 83 · VESTIGES DE PROANGIOSPERMES A L'ÉTAT FOSSILE · texte numérisé non relu

VESTIGES DE PROANGIOSPERMES A L'ÉTAT FOSSILE

exemples tirés de la flore aujourd'hui vivante, la Paléontologie saurait-elle nous en offrir de plus concluants, ramenés à cet état élémentaire et primitif dont nous avons cherché à rétablir la notion ? C'est ce que nous devons examiner, tout en avouant que l'espoir fondé de semblables découvertes se trouve amoindri d'avance, non seulement par les hasards de la fossilisation qui ne nous a jamais transmis qu'une faible part des végétaux de chaque époque, mais aussi par cette considération que les Proangiospermes, catégorie soumise à l'action d'un mouvement évolutif des plus prolongés, à une lente et profonde transformation, ont été, par cela même, longtemps obscures et subordonnées. La chance de les obtenir dans ce premier état, à moins de supposer l'existence d'un dépôt formé sur les points habités de préférence par ces végétaux (et ces points devaient être aussi restreints que les végétaux eux-mêmes étaient clairsemés), cette chance est donc extrêmement réduite. La rareté de pareils débris n'implique en rien cependant l'absence de ces plantes ni même leur rareté absolue dans les âges antérieurs à celui où les vraies Angiospermes se montrent pour la première fois, nous voulons parler de la craie. Du paléozoïque à ce dernier terrain s'étend l'espace chronologique, qui doit être raisonnablement assigné au stade proangiospermique et pendant lequel les plantes de ce stade n'ont cessé de se modifier en se transformant peu à peu. Seulement, ces plantes, partout en minorité, étaient rangées sous la domination des Gymnospermes et des Cryptogames. Peut-être pourtant existait-il dès lors certaines régions ou stations affectionnées par elles, qu'elles fréquentaient de préférence et qui étaient de nature à préparer et à favoriser leur essor. Nous ignorons, il est vrai, s'il en a été réellement ainsi et, dans les recherches que nous allons résumer, c'est constamment à l'état d'indices clairsemés que nous aurons à signaler des Proangiospermes, bien que nulle part non plus, ni à aucune époque, cet élément ne semble avoir fait entièrement défaut. Il est constamment subordonné, exceptionnel si l'on veut; mais s'il compte au plus pour quelques centièmes dans l'ensemble, au milieu des temps jurassiques, on est en droit d'affirmer qu'il n'a jamais été absent des stations tant soit peu riches et soigneusement explorées, d'où nous sont venues des plantes fossiles.

224 STADE PR0ÀNGI0SPERM1QUE.

Prenons pour point de départ le permien : il est visible en Europe, sur les différents points où la jonction de ce terrain avec le carbonifère sous-jacent peut être signalée, que sa flore ne résulte que d'un appauvrissement graduel des types carbonifères. La plupart de ceux qui avaient peuplé les couches houillères, en contribuant à caractériser la végétation de cette période, tendent alors à disparaître ou perdent leur importance, tout en persistant encore à se montrer plus ou moins longtemps. A côté de ces types amoindris et frappés de déclin, d'autres non pas précisément inconnus jusque-là, mais demeurés obscurs, se dégagent et acquièrent enfin une prépondérance effective. C'est donc par un phénomène surtout négatif, par l'élimination d'une partie des formes qui avaient jusqu'alors prévalu, que le permien se distingue, au moins en Europe, beaucoup plus que par l'introduction d'éléments nouveaux. La flore carbonifère achève alors de s'épuiser ; mais elle s'épuise par degrés successifs, et les types qui échappent à cette lente destruction, par le seul fait de cette survivance, s'étalent avec profusion (il en est ainsi des Walchia), occupant la place abandonnée, répétant avec uniformité des formes peu nombreuses, mais présentes sur une foule de points à la fois.

D'une façon générale, dans le permien, les Gymnospermes gagnent aux changements qui s'accomplissent. Les Conifères et les Cycadées, jusque-là si faibles, se placent vite au premier rang ; les Salisburiées viennent ensuite ; enfin les Cordaïtées et d'autres Progymnospermes qui bientôt déclineront à leur tour obtiennent d'abord une sorte de prépondérance relative et momentanée, due à l'effacement d'une foule de végétaux : Sigillariées, Lépidodendrées, Astérophyllées, Calamariées et Filicinées, qui avaient jusque-là encombré le sol et dont les vestiges se font de plus en plus rares, avant leur complète disparition.

Telle est la marche générale; il serait inutile d'insister sur les preuves à l'appui de cette marche, tellement elle est claire et incontestable. Plus tard, le trias, cette période de transition, s'il en fut jamais, ce vestibule où le passé achève de s'évanouir, avant qu'un nouvel ordre de choses soit définitivement établi, le trias verra le prolongement et la terminaison de la révolution végétale inaugurée lors du permien . Les types antérieurs auront été alors totalement éliminés : les Cordaïtées, les dernières Fili-

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