TRANSFORMATION DE LA FLORE APRÈS LE TEMPS DES HOUILLES
cinées carbonifères, vestiges encore reconnaissants des organismes caractéristiques du temps des houilles auront achevé de disparaître; au contraire, les Conifères et les Gycadées auront eu la facilité de prendre possession de l'espace abandonné par les anciens types, et le repeuplement de l'Europe par des types nouveaux, l'extension, la combinaison dans un ordre et des proportions déterminées, de ces types devant lesquels s'ouvre le long avenir des temps jurassiques, pourront s'accomplir sans obstacle à partir du keuper, plus particulièrement encore dans le cours du rhétien. C'est ainsi que nous résumons le sens des événements phytogéniques, en ce qui touche l'Europe, et pour ne plus avoir à y revenir.
Lors du rhétien seulement, notre continent se trouve en possession des Équisétées propres, des Fougères à nervures réticulées (Clathropteris, Dictyophyllum), des Cycadées caractéristiques (Pteropkyllum, Zamites, Otozamites, Podozamites, Nillssonia, etc.), des Conifères spéciales (Brachyphyllum, Pachypkyllum), des Salisburiées (Baiera, Salisburia), qui se prolongeront ensuite jusque dans l'infracrétacé sans changement bien appréciable, attestant ainsi le maintien des mêmes conditions extérieures en harmonie avec les mêmes types régulateurs. Mais en constatant ces faits, il est permis de se demander s'ils ne seraient pas particuliers à l'Europe et si ailleurs, sur d'autres continents ou sous d'autres latitudes, là flore n'aurait pas subi d'autres influences, compris d'autres éléments et éprouvé des transformations différentes. L'importance du problème est telle qu'il est naturel d'en rechercher la véritable expression en n'adoptant pas d'avance, comme une formule universelle, un ensemble de phénomènes spéciaux à l'Europe, mais qui ailleurs auraient pu donner lieu à des combinaisons distinctes ouàdes contrastes plusou moins marqués.
L'Asie presque entière, de l'Australie à la Sibérie altaïque, nous offre à cet égard des enseignements que nous devons d'autant moins négliger qu'ils nous transportent très loin de notre continent, au delà même de l'équateur, jusque dans l'hémisphère sud, en dévoilant ce qui s'y passait à l'époque où l'Europe traversait la période intermédiaire dont nous avons parlé et qui conduit du paléozoïque au seuil du jurassique, à travers le permien et le trias.
En acceptant les données les plus récentes, telles que les a Phanérogames. i. — 15
226 STADE PROANGIOSPERMIQUE.
formulées M. Zeiller dans son mémoire sur la flore fossile du Tong-King *, on voit que le carbonifère inférieur est représenté dans la Nouvelle-Galles du sud par des types et des formes concordant avec ceux qui caractérisent l'horizon européen correspondant. La divergence commence avec le carbonifère supérieur, divisé lui-même en deux groupes, Lower Coal measures et Newcastle Seds ou Upper Coal measures. Les fossiles marins intercalés aux lits charbonneux qui renferment les plantes ne laissent aucun doute sur feur légitime référence à l'horizon du carbonifère récent ou permo-carbonifère, de même que la communauté des formes génériques ou spécifiques démontre l'existence d'un rapport évident entre la flore de Newcastle et celle des Lower Gondwanas de l'Inde. Ces rapports, encore mal définis, entre la série australienne et celle du continent asiatique, ont été l'objet d'une étude toute particulière de la part de M. Feismantel. Il s'agissait effectivement d'en préciser terme par terme le véritable sens et de les établir, non plus sur de vagues indices, mais sur des rapprochements sérieux, accusant une parenté intime des étages respectifs comparés entre eux. Il se trouve en dernière analyse qu'au-dessus de l'étage de Newcastle, répondant à du permo-carbonifère, se place l'étage de Hawkerburg dont la flore plus moderne, comprenant même les genres Callipteris et Thinnfeldia, reproduit trait pour trait celle de l'étage de Talchir et Kharharbari, situé lui-même à la base des Lower-Gondwanas. L'horizon de ces derniers étages réunis, en y joignant encore celui des Bacchus-Marsh Sandstone ou grès à Gangamopteris, dans TÉtat de Victoria coïnciderait avec la base du trias ou tout au moins avec le sommet du permien. Dans la presqu'île indienne, la série se prolonge par l'étage de Damuda, plus élevé que celui de Talchir et qui représente la partie la plus récente et en même temps la plus riche en végétaux de cette série des Gondwanas. On atteindrait ainsi le haut du trias, tandis que la flore des charbons du Tong-King marquerait un niveau encore plus élevé, celui du rhétien, parfaitement caractérisé par la présence du Clathropteris platyphylla, du Dictyophyllum Nilssoni. Ces espèces inaugureraient dans l'Asie méridionale, comme dans
1. Examen de la flore fossile des couches de charbon du Tong-king, par M. Zeiller, ingénieur des mines: ext. des Ann. des mines, livr. de sept.oct. 1882, p. 29 et suiv.
SÉRIE DES FLORES ASIATIQUES POSTCARBON IKÊRES. 227
l'Europe elle-même, une ère nouvelle et le terme final des derniers vestiges de la végétation paléozoïque.
Le caractère propre de la série asiatique, dans la période qui s'étend du paléozoïque à l'infralias, c'est en premier lieu le retrait hâtif de la plupart des types qui caractérisent la flore carbonifère proprement dite : Lepidodendron, Calamités, Sphenopkyllum, Archœopteris. Ces types se montrent dans le carbonifère inférieur de la Nouvelle-Galles du sud, mais en Australie ils disparaissent rapidement avant même la fin de la période, au lieu de s'éteindre graduellement, comme en Europe, dans le cours du permien. M. Feismantel a cependant reconnu un Ànnularia dans les Lower Coal-Measures, perdu au milieu des types destinés à survivre et à constituer le fond des végétations permienne et triasique, non seulement en Australie, mais dans les Indes et jusque dans la Sibérie nord-altaïque, c'est-à-dire d'un bout à .l'autre du continent asiatique et pendant une durée chronologique fort longue. En second lieu, c'est la prédominance exclusive de certains types absents de l'Europe à la même époque, ou n'y obtenant pas [le même rôle : il en est ainsi de YAsplenites Rxsserti et des formes assimilables à VAsplenites Withbiensis parmi les fougères, des Phyllotheca et Schizoneura parmi les Galamariées, enfin des genres Glossopteris, Gangamopteris et Nœggerathiopsis.
Au milieu de cet ensemble, il nous semble évident que les Trizygia de Royle représentent des Sphenophyllum prolongés, de même que les Gangamopteris rappellent les Dolerophyllum et que les Nœggerathiopsis ne sont que des Cordaïtées dont l'existence aurait persisté sur le sol asiatique plus longtemps qu'en Europe, tandis que sur ce dernier continent les Salisburiées se . développaient exclusivement. Il est bien évident que dans la flore des Lower-Gondwanas les Nœggerathiopsis sont accompagnés de Samaropsis et de Cardiocarpus et que la présence de ces mêmes fruits, très nettement caractérisés, est à constater dans la flore soi-disant jurassique de la Sibérie nord-altaïque, où les Nœggerathiopsis se montrent sous le nom de Bhiptozamites et sous une forme plus rapprochée encore que celle des espèces indiennes des vrais Cordaites paléozoïques *.
1. Voy. Beitv. z. Jura PL Russlands, von J. Schmalhausen, mit XVI Tafeln, Saint-Pétersbourg, 1379.
228 STADE PROANGIOSPERMIQUE.
L'abondance des Phyllotheca y la fréquence du type de YAsplenium Raesserti, identifié par Fauteur avec YAsplenium Whitbiense , le mélange des Salisburiées , enfin la présence d'une sorte d'Annulariée, sous la désignation de Cyclopitys, achèvent de relier étroitement la flore transouralienne à celle de l'Asie méridionale et permettent de croire qu'elle se range non pas dans le jurassique, comme l'ont soutenu Schmalhausen et Heer, mais plutôt sur le même horizon triasique que les Lower- Gondwanas de l'Inde et immédiatement au-dessous du niveau rhétien des plantes des lits charbonneux du Tong-King.
Le résumé de ces notions nous amène aux conclusions suivantes : la flore carbonifère, dans le sud de l'Asie et dans l'hémisphère^ austral, paraît avoir atteint un moindre degré de richesse et de puissance que dans l'hémisphère boréal; elle a eu aussi un déclin plus rapide et, dès avant le permien, puis du permien à la fin du trias, elle a fait place à un nouvel ensemble que l'on observe d'un bout à l'autre de l'Asie et dont les éléments principaux sont loin d'être combinés, comme ils le sont en Europe, à la même époque. Ces éléments paraissent plutôt empruntés à la flore carbonifère sud-asiatique dont ils représentent les derniers prolongements. Durant toute cette période, c'est-à-dire entre le carbonifère et le rhétien, l'Asie n'aurait eu que de faibles relations avec le continent européen au point de vue de la composition du tapis végétal. Celui-ci aurait affecté, principalement vers le sud du premier des deux continents, une physionomie à part due à la prédominance et à la persistance de certains types spéciaux et au total les modifications éprouvées par la flore asiatique n'auraient été ni du même ordre ni opérées dans le même sens qu'en Europe. Enfin, on peut tenir pour certain que ce n'est pas d'Asie en Europe que l'introduction des végétaux proangiospermiques peut avoir eu lieu, puisque l'Asie semble n'avoir reçu par l'intermédiaire de l'Australie que des types déjà anciens, assez peu nombreux et destinés à ne pas survivre à l'époque qui les vit se développer. Au contraire, si l'on passe l'Oural, dont le seuil commençait alors à se prononcer, pour revenir en Europe, on voit aussitôt se manifester un ordre différent, que l'immensité des étendues de carbonifère marin et de permien typique qui couvrent la Russie, répondant à l'interposition d'un vaste océan, explique parfaitement.