PHANÉROGAMES
Eq traçant, dans notre livre sur les Cryptogames, une esquisse générale de l'évolution du monde des plantes, nous avons inauguré l'étude particulière de ses divers stades et nous avons d'abord passé en revue les types qui semblent avoir conservé l'image des plus anciennes ébauches morphologiques de l'organisme végétal. Pour plus de clarté , nous résumerons ici quelques faits qui se dégagent nettement de ce premier travail. C'est un retour indispensable ; non seulement il raccordera Tune à l'autre les deux parties de notre traité, mais il servira à en accentuer la signification.
Nous avons dit comment la vie végétale a trouvé ses origines au sein de la mer. Nous avons montré que les plantes primordiales s'étaient façonnées à l'aide de simples éléments cellulaires, parfois isolés, réunis le plus souvent en agrégats complexes. lies Algues, qui résultent de cette élaboration rudimentaire, nous représentent à elles seules toutes les différenciations morphologiques dont l'organisme végétal a été susceptible sous l'influence du milieu aquatique. Il existe sans doute d'autres Phanérogames. i. — 1
plantes d'eau que les Algues, certaines Mousses par exemple et plusieurs types de Cryptogames ; des groupes entiers de Phanérogames, tels que les Najadées et les Nymphéacées, vivent totalement ou partiellement submergés, mais il est évident que ces familles ont fait retour au milieu primitif à la suite d'une vie terrestre plus ou moins longue dont elles gardent l'empreinte. En d'autres termes, les plantes d'eau, autres que les Algues, ne sont en réalité que des végétaux terrestres adaptés aux exigences de leur séjour actuel par une sorte de régression physiologique. Les caractères de leurs organes propres sont dus à des ancêtres qui les avaient acquis en dehors des eaux, et les modifications, qu'ils ont éprouvées par suite du nouveau régime, résultent d'une simple accommodation; elles n'ont rien de fondamental et ne présentent en définitive qu'une importance des plus faibles.
Ces réflexions font voir clairement que l'influence exclusive du milieu aquatique est demeurée incapable de provoquer dans l'organisme végétal des évolutions fécondes et reitérées. Nous ne méconnaissons pas la nature des différenciations dont les tissus constitutifs et les organes reproducteurs des Algues ont été le siège; nous les avons analysées précédemment, mais nous sommes forcés en même temps d'avouer que ce sont là des complications limitées aux proportions d'un cadre des plus restreints et, pour ainsi dire, « inadaptives » ; en sorte que les résultats d'un semblable mouvement ne sauraient être opposés à ceux qui furent promptement réalisés, aussitôt que l'organisme végétal eut pris son essor vers la vie terrestre qui le sollicitait dans toutes les directions.
Il existe, à ce point de vue, une sorte d'antagonisme entre le monde des animaux et le monde des plantes. Le premier, plus plastique dans un sens, répondait dès l'origine à toutes les actions complexes du milieu marin, dans lequel il venait de naître. Cette différence physiologique entre la plante et l'animal primitifs tient uniquement, d'un côté, à la vie chlorophyl-