DIFFÉRENCIATION GRADUELLE DES ORGANES FOLIAIRES
que exemple, celles du Cornus florida, tellement elles laissent voir l’organe prototypique reconstitué, avec sa base dilatée en onglet, sa face étalée en une lame obtuse terminée supérieurement en une pointe rétuse, vers laquelle convergent sept nervures reliées entre elles par des veinules. C’est là le maximum de différenciation que la gaine foliaire ait atteint avant de donner
Fig. 120. — Divers lermes de différenciation des organes foliaires el appendiculaires. — A, plantule de Carpinus, pour montrer la différence qui sépare, dans ce type, les cotylédons des feuilles primordiales. — B, C et D, états successifs conduisant des prophylles à la feuille normale chez les Ribes (d'après Baïllon). — E, appareil floral d'une Magnoliacée (Liriopsis Figo); on voit ici le limbe et le pétiole d'une feuille normale accidentellement développés au fond de l’'échancrure apicale de l’une des pièces qui servent d'involucre à la fleur (d’après Baillon).
naissance, par un prolongement de l’apex à la feuille propre-
ment dite. Plusieurs Dicotylées sont restées à ce premier stade,
c’est-à-dire que leurs feuilles conservent normalement cette struc- .
ture primitive, soit intacte, soit faiblement différenciée. Il en
est ainsi des Pianthus, dont les feuilles, connées et engainantes
à la base, linéaires et atténuées en pointe, sont dépourvues de
18 STADE ANGIOSPERMIQUE. — DICOTYLÉES.
limbe proprement dit. Il en est également ainsi des Plantago. D'ailleurs, la différenciation spéciale qui a fait surgir un pétiole s'épanouissant de manière à être terminé par un limbe, devenu ensuite la vraie feuille, n’a pas été universelle ni uniforme. Il y a eu bien des degrés entre l'organe rudimentaire et sa complète extension; le pétiole a pu se prononcer faiblement ou demeurer nul et le limbe n'être plus qu'une amplification indécise de la gaine primitive. C’est bien ainsi que la feuille se montre à nous le plus souvent dans le second de nos stades, ou stade « cotylédonaire ». Le gui, plusieurs Protéacées, bien des types herbacés, se sont définitivement arrêtés à ce stade. En dehors de l'exemple tiré des prophylles d’Aralia, il en est d’autres qui font voir comment la feuille dicotylée s’est constituée au sommet de la gaine, séparée de celle-ci par un étranglement qui est devenu le pétiole. Une figure empruntée à l'Histoire des Plantes de M. Baillon est instructive à cet égard (voir la figure 120, en E) : elle montre distinctement l’appareil floral d’un Magnolia, M. (Liriopsis) Figo Lour., enveloppé par un involuere à deux bractées, larges et échancrées au sommet, dont l’une se trouve surmontée d’une feuille normale, s’élevant sur son pétiole du fond même de l’échancrure. Les bractées représentent ici la gaine ou appendice primitif, plus tard scindé latéralement et isolé de la base du pétiole pour donner naissance aux stipules, et la feuille normale, « exceptionellement développée », permet de saisir, au moyen d’une récurrence accidentelle, comment cette feuille sortit normalement autrefois du prolongement apical de lappendice.
Cette transformation graduellement accompliea dû passer par bien des termes successifs, avant. que, dans chaque groupe de Dicotylées, la feuille eût achevé d'acquérir ses caractères définitifs. Généralement, il n’est resté de l’état primitif que ce qu’on nomme les « stipules ». Ges organes, véritables résidus de la partie vaginale absorbée par le pétiole, ont même disparu totalement dans beaucoup de familles.
Certaines plantes dicotylées, entre autres les Sarracénées (voir la figure 121), ont conservé des feuilles en voie de formation, c'est-à-dire qui se sont arrêtées définitivement à un degré de différenciation peu avancé. Ces feuilles ne présentent effectivement qu’un rudiment de limbe imparfaitement développé au