TYPE RUDIMENTAIRE DES LEMNACÉES
des plantes les moins élevées. Les Lemnacées flottent sur les étangs où vivent entièrement submergées; elles n’ont pas de tige ni de feuilles distinctes, mais une sorte de disque thalloïde de nature ambiguë, d’où émergent les organes de la reproduetion, réduits aux seules parties indispensables. C'est là effectivement un exemple du degré extrême de réduction que les Phanérogames ont dù présenter à un moment donné de leur existense antérieure, et la liaison de ce petit groupe à celui des Aroïdées qui répond à l’un des stades les plus anciennement fixés, chez les Monocotylées, appuierait l’opinion de ceux qui verraient dans les Lemnacées des représentants des premières ébauches angiospermiques. Il est plus naturel de reconnaître en elles un type simplifié par le fait d’une adaptation régressive à la vie aquatique. Ce fait est de nature pourtant à nous faire saisir une image de ce que nous observerions dans un passé très reculé, s’il nous était donné de remonter à l’origine des groupes les plus évolués et de saisir leur point de départ. Les Lemnacées ne sont presque plus des Angiospermes, ni même des Phanérogames, bien qu’elles comprennent encore les éléments essentiels de la fleur, un seul carpelle accompagné d’une ou deux étamines naissant de l’axe. Mais il est probable qu’une réduction pareille a été l'effet d’un retour en arrière et, en définitive, les Lemnacées seraient des Pistiacées extrêmement réduites, de même que celles-ci représentent des Aroïdées appauvries; mais la parenté de ces dernières avec l’ensemble des Dicoitylées se manifeste par la nervation de leurs feuilles, et l’on revient ainsi, après un détour, à cette idée d’un état primitif et antérieur d’où les Monocotylées et les Dicotylées seraient également sorties, en ne cessant depuis de diverger les unes par rapport aux autres.
Les Monocotylées sont pour nous des plantes qui auraient arrêté les traits de leur structure organique, du moins les principaux d’entre eux, dans des conditions évolutives assez peu avancées relativement, circonstance qui aurait ensuite influé sur l’ensemble de leur développement ultérieur. Moins favorisées dans leur marche, elles ont atteint plus difficilement la puissance, et les combinaisons auxquelles elles ont donné lieu sont demeurées, par cela même, moins fécondes et moins variées. Pourtant, les Monocotylées se sont adaptées à des milieux très
4 STADE ANGIOSPERMIQUE. — MONOCOTYLÉES.
divers; par certains de leurs groupes, elle se sont multipliées jusqu'à devenir triviales, tout en demeurant confinées le plus souvent dans un état de subordination relative. Moins souples que les Dicotylées, elles ont toujours exigé plus de chaleur pour devenir caulescentes, et leur splendeur véritable, qui tient à la présence d’un assez petit nombre de types, parmi lesquels celui des Palmiers occupe le premier rang, a uniquement dépendu de combinaisons d’un ordre spécial, acquises par l'organisme dans des conditions déterminées. Cette splendeur, en un mot, présente en soi quelque chose d’accidentel, et elle se trouve l'apanage exclusif des époques et des contrées favorisées par une haute température.
Il y a donc eu quelque chose de moins universel dans l’expansion de cette classe de végétaux, comparée à celle de la catégorie qui lui est partout associée. D'autre part, dans les limites relativement restreintes où leur évolution les a placées, les Monocotylées, une fois particularisées, ont marché parallèlement aux Dicotylées, en donnant lieu à des phénomènes absolument analogues d’extension, de différenciation et de complexité, soit en ce qui concerne les ordres et les genres, soit en ce qui tient à l'ordonnance florale, aux particularités de soudure et d’avortement constitutives de l’appareil sexué. Sur tous ces points, les processus respectifs ont été les mêmes, en sorte que, pour éviter d'inutiles répétitions, nous ne prendrons dans l’évolution des Monocotylées que les seuls phénomènes qui lui sont spéciaux, réservant les autres pour le chapitre suivant, qui traitera des Dicotylées.
Si l’on veut comprendre les Monocotylées, en tant que groupe distinct, et saisir le sens du mouvement auquel leur évolution particulière a obéi, il faut considérer successivement leur plan caulinaire, leur type foliaire, ce qui touche à la structure intime de leurs organes reproducteurs et au processus embryonnaire, enfin l'ordonnance florale. Passons une revue rapide de ces divers points.
L'absence de zone cambiogène ou génératrice permanente est universelle, chez les Monocotylées, dans les faisceaux primaires descendus des feuilles. Ceux-ci, généralement nombreux pour chaque feuille, par suite de la structure le plus souvent amplexicaule de ce dernier organe, sont donc des faisceaux « fermés »,