‹ L'évolution du règne végétal: Les phanérogamesChapitre 6 sur 162 · BOIS CORTICAL OU SECONDAIRE · texte numérisé non relu

BOIS CORTICAL OU SECONDAIRE

les parties anciennes sont incessamment rejetées vers la périphérie, qui gagne insensiblement en épaisseur et qui entoure d’une zone continue, formée de parties ligneuses et parenchymateuses entremêlées, le tissu fondamental primaire avec les faisceaux foliaires qui le parcourent, enfermés ainsi à la façon d’une région médullaire. On reconnaît aisément que cette disposition d’une zone de bois cortical en îlots, soumise à un mouvement centrifuge et entourant une région primaire dont l'extension est promptement arrêtée, n’est pas sans rapport avec celle que nous avons observée chez les Cycadées, et, en allant plus loin dans le passé, d’une façon générale, avec celle qui caractérise les Cordaïtées. Chez ces dernières, effectivement, il existait des îlots de bois cortical, sujets à se développer alors que l'extension du bois primaire avait déjà pris fin. Il est vrai que dans ces deux groupes, comme chez les Dicotylées, le bois primaire était ordonné en séries rayonnantes, et non par faisceaux épars et entremêlés. Néanmoins, la distance entre les deux catégories de plans caulinaires se trouve sensiblement atténuée, lorsque l’on tient compte de cette présence du bois secondaire cortical dans des types en apparence si éloignés. Cette tendance des Monocotylées à se rattacher à un stade relativement inférieur est encore plus nettement marquée chez elles si l’on examine leurs feuilles qui, d’une façon générale, accusent un degré d'évolution moins avancé et une moindre transformation du type primitif, tel que nous l'avons décrit comme ayant dû caractériser les végétaux proangiospermiques. Des trois parties comprises dans la feuille normale des Angiospermes : la gaine, le pétiole ou sommet contracté de la gaine, le limbe ou expansion terminale, la première est la seule vraiment primitive, celle qui originairement a tenu lieu de tout le reste. Cette même partie est celle qui s’amoindrit le plus, jusqu'à disparaître dans la plupart des cas, mais non pas dans tous, chez les Dicotylées. Dans les Monocotylées, au contraire, la gaine n’avorte presque jamais ; son importance se maintient ; elle est même prépondérante et règne seule dans certains groupes, comme ceux des Liliacées et des Broméliacées. Elle se confond presque avec le limbe, qui n’est plus que faiblement différencié et qui continue ou répète simplement la gaine; c’est ce qui arrive en effet dans la plupart des Graminées, où la gaine a

10 STADE ANGIOSPERMIQUE. — MONOCOTYLÉES.

fourni le fourreau jusqu’à la ligule. C’est donc une faible différenciation organique qui caractérise la feuille des Monocotylées. La transformation a fait chez elle moins de pas; elle a produit cependant les mêmes effets que dans les Dicotylées. La gaine dilatée en une expansion terminale, soutenue par une articulation intermédiaire, a donné naissance au limbe ; c’est ce que montrent clairement les Aroïdées. Mais, au lieu d’être général, au lieu d'aboutir à l’amoindrissement et à l’effacement progressif de la gaine, le mouvement organique que nous considérons à subi un point d’arrêt chez les Monocotylées. La gaine a persisté, elle a gardé son importance soit relative, soit exclusive. C’est là toute l’histoire de la feuille des Monocotylées; il est aisé de la suivre dans cette marche et de retrouver chez elle la gaine avec ses nervures longitudinales, nombreuses et parallèles, convergeant vers le sommet de l’organe; pourvue ou non d’une côte médiane, cette gaine constitue fréquemment à elle seule toute la feuille. Le contraste est facile à saisir, bien qu'il résulte d’une série de variations morphologiques, se répétant de groupe en groupe. Les Aroïdées possèdent non seulement la feuille complète avec ses trois parties, mais encore les nervures ramifiées en réseau des Dicotylées. Chez elles, le limbe réalise tour à tour les différenciations variées dont il est susceptible, de même que la gaine, dans une foule de cas, s’atténue et fait place au pétiole. Les feuilles peltoïdes, orbiculaires ou lancéolées, tripartites ou même trifoliées, les feuilles palmatisèques, digitées et pédalo-digitées, soutenues fréquemment par un pétiole nettement cylindrique, peuvent être observées dans ce groupe curieux qui montre ce que le parallélisme morphologique peut produire d’analogies, dans des catégories évoluant à part. En un mot, chez les Aroïdées, il est possible d'observer tous les passages depuis la gaine exclusivement développée jusqu'aux différenciations les plus avancées du limbe foliaire et des nervures ramifiées en réseau, bien que ce réseau, nous devons l'ajouter, ne présente jamais la finesse ni la complexité de celui qui distingue les feuilles des Dicotylées.

Cette diversification des Aroïdées n'empêche pas les groupes, cependant voisins, des Pandanées et des Typhacées, de n'avoir pour feuilles que des gaines faiblement modifiées. Mais, à mesure . que, dans cette série pandanoïde, on passe des types les plus

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