‹ L'évolution du règne végétal: Les phanérogamesChapitre 70 sur 162 · TENDANCES VERS LA SÉPARATION DES SEXES · texte numérisé non relu

TENDANCES VERS LA SÉPARATION DES SEXES

réalisée dans chaque fleur en particulier. C’est par suite de ce phénomène que les chatons mâles des chènes, des aulnes, des noyers, etc., diffèrent si fort des inflorescences femelles de ces mêmes types et que les régimes mâles des Pandanées et des Palmiers ont si peu de rapports avec les régimes à fruits des individus femelles de ces types. Mais il existe aussi des degrés entre les cas extrêmes et souvent il a suffi aux fleurs devenues unisexuées de se grouper à part en occupant des portions déterminées de l’axe qui les portaient; c’est ce que montrent, par exemple, les Aroïdées, dont le spadice est souvent couvert de fleurs femelles à la base et de fleurs mâles dans le haut de l'organe. ;

Dans le second cas, le mouvement évolutif auquel on doit la modification des pièces florales ne s’est pas arrêté non plus à la fleur seule; il est allé au delà et, sous le nom de cyme, de panicule, de grappe et de thyrse, d’épi simple ou composé, il a gagné les parties de la plante sur lesquelles les fleurs étaient situées et converti leurs feuilles en bractées, leur faisant prendre par régression l’apparence de l’appendice primitif, au moyen de avortement partiel ou absolu du limbe et du pétiole.

L’unisexualité est loin du reste de constituer un fait général chez les Angiospermes, où les fleurs hermaphrodites sont au contraire de beaucoup les plus nombreuses. Il semble même que les types angiospermiques les plus anciens et par conséquent les moins évolués et les plus rapidement fixés soient justement ceux chez lesquels on observe le plus fréquemment des fleurs monogames, soit par monœæcie, soit par diæcie. Il y a là l’indice d’un phénomène dont nous devons chercher l’explication avec d'autant plus de raison que, si la séparation des sexes a été, à un moment donné, un avantage pour les végétaux qui l’ont acquise, on a droit de se demander pourquoi des végétaux plus jeunes, plus tardivement formés et aussi plus complexes, ont été privés de cet avantage, de telle sorte qu'une structure tenue pour un indice de perfection relative manquerait justement chez les plantes les plus parfaites.

Cette explication, nous croyons pouvoir la donner; mais elle fera ressortir en même temps comment, à mesure que l’on interroge le règne végétal, non plus dans les âges reculés, mais à des époques plus rapprochées de la nôtre, alors que la nature

vivante tout entière s’était développée comme lui, c’est parmi les êtres avec lesquels ce règne avait lié des rapports que les éléments d’une solution doivent être recherchés. Les deux règnes à la longue sont devenus solidaires. En étroite dépendance l’une de l’autre, leur évolution respective a fini par se trouver en connexion avec les progrès accomplis dans l’un des deux et qui profitaient à l’autre, de telle sorte que ces progrès ne pouvaient se réaliser qu’à l’aide d’une réaction mutuelle, résultant des rapports intimes que le temps avait fini par établir entre eux.

La séparation des sexes dans la fleur, soit sur des rameaux, soit sur des individus distincts, tout autant que la différenciation morphologique de ce même organe, n’a pas eu seulement pour but, d’une façon générale, une division plus marquée du travail organique et par suite une perfection acquise et croissante. Mais un but plus spécial a été par là directement atteint, nous voulons parler du « croisement » qui s'effectue forcément entre les fleurs unisexuées ; or, il il s’est trouvé que si par un moyen matériel et, pour ainsi dire, brutal, le croisement s'opère dans la fécondation des fleurs unisexuées et si ce procédé établi de bonne heure a été un avantage pour les végétaux qui l'ont obtenu, assurant à un moment donné leur supériorité sur les types à fleurs hermaphrodites, ceux-ci, par une voie plus lente à parcourir et qui rend compte de leur développement tardif, ont fini pourtant par arriver à des résultats non seulement équivalents, mais dus à des procédés infiniment perfectionnés, tout en restant en possession de leurs fleurs hermaphrodites. Ce double point de vue est trop essentiel pour qu'il ne nous arrête pas quelque peu avant d'achever ce qui tient à l’évolution commune des deux classes d’Angiospermes et de toucher ensuite aux limites mêmes de ce livre.

A l'exemple de ce qui a lieu chez la plupart des Gymnospermes, chez les Abiétinées en particulier, le vent est l’agent direct et principal du croisement dans la fécondation d’une foule d’Angiospermes à fleurs unisexuées ou hermaphrodites. Il en est ainsi des Palmiers et d’un grand nombre de Graminées, parmi les Monocotylées, de même que des Amentacées en général, des Urticées, d’une partie au moins des Euphorbiacées (Ricin), etc., parmi les Dicotylées. Dans ces cas, l’abondance du pollen assure généralement l'opération, qui peut s'effectuer parfois à des dis-

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