MARCHE ÉVOLUTIVE DES AMPÉLIDÉES
traits distinctifs à l’étroite mesure de variabilité qui reste à la fleur déjà arrêtée dans ses parties essentielles ; d'autre part, à la diversification du limbe foliaire, et ce dernier, sans sortir des limites d’un plan déterminé par l’ordonnance des principales nervures, donnera naissance à toutes les modifications dont ce plan est susceptible, depuis le contour le plus simple et le plus entier, jusqu'aux incisures les plus profondes et les découpures en segments de second et de troisième ordre.
Mais du point où nous nous plaçons pour redescendre jusqu'à l'espèce, il reste encore un degré à franchir, deux ou trois degrés même, si l’on va jusqu'à distinguer plusieurs groupements de formes similaires, à l’intérieur des genres Vitis, Cissus et Ampelopsis, eux-mêmes déjà si rapprochés l’un de l’autre.
Les pièces florales au nombre de cinq, les pétales cohérents formant coiffe et caducs lors de l’anthèse, une moindre réduction du disque hypogyne urcéolé et quinquélobé, une nuance différentielle dans la forme du stigmate, le fruit consistant en une baie, toujours biloculaire et ordinairement succulente : ce sont là les traits distinctifs des Vifes.
Les pièces florales presque toujours réduites au nombre de quatre par verticille, le disque hypogyne plus ou moins prononcé, une baie sèche ou plus ou moins succulente, susceptible de devenir monoloculaire par avortement : c’est à quoi se reconnaissent les (issus.
Les Ampelopsis ne sont que des Cissus arrivés à un degré de transformation plus avancé : le disque hypogyne s’efface presque complètement, l’inflorescence cymoïde se complique, et les feuilles décomposées parviennent au terme extrême de segmentation qu'il leur ait été donné d’atteindre.
Il y a certainement des indices d’une moindre transformation organique dans les Vifis où les effets de la réduction se sont arrêtés un peu plus tôt, tandis que la nature bacciforme succulente du fruit était cependant chez eux la marque d’une évolution d’un genre spécial.
Dans les Pferisanthes, sortes de Cissus javanais, la différenciation, effectuée dans une direction particulière, a tendu à réaliser la séparation des sexes, tandis que la feuille axillante, soudée à la vrille ou rameau latéral transformé, était convertie en une
inflorescence lobée et coriace, servant à protéger des fleurs polygames.
L'évolution, aux prises avec un type à la fois peu complexe dans ses éléments constitutifs et cependant très souple, peut entraîner les résultats les plus variés, sans sortir des limites d'un cadre déterminé. Cependant, s’il faut serrer la question, les vignes une fois détachées des Cissus et formant à côté d’eux un rameau particulier, que restait-il de variable en elles et qui fût de nature par conséquent à servir à la différenciation des espèces ? — Le contour des parties de la fleur, les détails du groupement de celle-ci en inflorescence, la forme de la graine, la consistance du fruit, le mode d’exfoliation de l’écorce, et finalement la découpure du limbe foliaire. Mais ce qui prouve que c’est bien à l’aide de dédoublements successifs que les formes se sont spécialisées, c’est que leur ensemble se subdivise en sections qui représentent, pour ainsi dire, les rameaux plus ou moins féconds en ramuscules auxquels l'espèce prototypique a donné naissance.
M. Planchon a séparé des ÆZuvitis ou vignes propres les Muscadinia dont le Vitis rotundifolia Michx. est le principal représentant et qui se distingue par ses baies se détachant une à une de la grappe à la maturité, son écorce non striée en long, mais recouverte de nombreuses lenticelles, enfin les rides qui marquent la face et le dos de ses graines. Un autre groupe, celui des vignes tubéreuses du Soudan, a reçu du même savant le nom d’Ampelo- Cissus !, parce qu’il semble destiné à rejoindre les Vitis aux Cissus et Ampelopsis. Leur souche tubéreuse et leur inflorescence qui tient du thyrse et de la cyme les rattachent à ceux-ci, tandis que leur fruit succulent les range plutôt auprès des Vifis. C’est là une section propre à l’intérieur de l’Afrique, où elle doit avoir acquis ses caractères, de même que les régions tempérées des deux continents ont donné naissance aux Z'uvitis ? ou vignes propres. Mais, après toutes ces oscillations et ces caractères de détail successivement fixés, que reste-t-il à l’espèce ou du moins aux collections de formes locales auxquelles on applique ce terme, sinon des nuances infinitésimales, plus ou moins arrêtées par l’hérédité ?