FLORE JURASSIQUE COMPRENANT DEUX ASSOCIATIONS DISTINCTES
indigènes des terrains accidentés et des cantons forestiers; dans l'autre cas, ce seront des plantes amies du bord des eaux calmes, fréquentant les localités basses et marécageuses. C’est bien ce que l’on remarque en interrogeant la flore fossile des divers étages jurassiques.
Que l’on se place dans le rhétien de Franconie ou de Scanie, que l’on interroge l’oolithe de Scarborough, ou que l’on s’attache au Wéaldien, la flore des schistes et des lits charbonneux reste à peu près la même; ce sont des Fougères à frondes larges, à nervures ramifiées en réseau (Clathropteris, Dictyophyllum, Thaumatopteris, Sagenopteris), ou délicates et finement découpées (Sphenopteris, Cladophlebis, Coniopteris, Laccopleris, ete.) ; ce sont des /Vilssonia, Anomozamites, Podozamites, Pterophyllum, parmi les Cycadées. Ce sont encore des Baiera et Salisburia, parmi les Aciculariées ; des Schizolepis, Palyssia, Swedenborgta, etc., appartenant à des Taxodiées ; c’est enfin le type demeuré indéterminé des Spirangium.
L'autre association, celle des stations relativement sèches et accidentées, présente un contraste complet avec la précédente. Les types qui affluaient dans celle-ci s’éclipsent ou deviennent exceptionnels; ils se trouvent remplacés par des Fougères maigres ou coriaces (Z’hinnfeldia, Ctenopteris, Scleropteris, Stachypteris, Lomatopteris, Cycadopteris, etc.), se rapportant à des genres inconnus dans l’autre catégorie de gisement. Les Cycadées sont plus particulièrement des Cycadites, Zamites, Otozamites, Sphenozamites. Les Salisburiées sont absentes, mais par contre les Brachyphyllum, les Pachyphyllum et les Cupressinées (Widdringtonites, Palæocyparis) abondent, tandis que les Taxodinées sont rares. En un mot, le contraste est complet et il se maintient à mesure que l’on s’avance vers un horizon plus récent et que, de l’infralias de Mende et de la Moselle (Hettange) on passe à l’oolithe inférieur d’Etrochey et de ce dernier niveau à celui du corallien de la Meuse ou de la Côte-d'Or, pour arriver au kimméridien de Cirin, d’Armaille et de Solenhofen.
La constance du phénomène est ici un sûr garant de la réalité de l'interprétation que nous en faisons et elle nous confirme en même temps dans la pensée exprimée plus haut que c’est à la longue seulement, et dans la mesure même de la diversification
croissante de la surface, que les associations locales se sont multipliées, en même temps que le nombre des stations auxquelles elles ont été adaptées. La flore et les accidents du sol ont tendu à se spécialiser de plus en plus en s’écartant graduellement de l’uniformité originaire.
Ainsi, on distingue clairement, au sein de la flore jurassique deux associations principales juxtaposées. Plus tard et à mesure qu’on s’avance vers le tertiaire, on est bien forcé d'en concevoir beaucoup d’autres, basées sur les adaptations de plus en plus variées auxquelles les Angiospermes donnent lieu à la surface du globe, en se localisant à l’aide de stations de plus en plus diversifiées. C’est encore une des applications les mieux caractérisées du principe si fécond de la division du travail organique. Les Angiospermes, plus souples et se prêtant mieux à des dédoublements successifs que leurs devanciers, ont dû, par cela même, donner naissance à des adaptations d'autant plus nombreuses qu’elles se traduisent en définitive par des nuances morphologiques plus délicates.
Si jamais l’immobilité relative a été l’apanage de la végétation du globe, c’est bien dans le cours entier de l’époque jurassique et en Europe en particulier qu’il est permis de la constater. Nous venons de signaler la présence de deux associations distinctes juxtaposées, ajoutons-y une troisième dont nous ne saisissons les traces qu’à partir de l’infracrétacé seulement, mais qui devait exister auparavant, celle des forêts montagneuses, formée d’Abiétinées et d’Araucariées, associées à des Fougères arborescentes du type des Dicksoniées. Nous ne saurions au total imaginer rien de plus monotone, de plus relativement pauvre que cet ensemble au sein duquel un certain nombre de types peu extensibles répétaient sans trève les mêmes aspects : des Fougères assez peu variées, des Cycadées de taille médiocre, des Salisburiées exclusivement limitées au voisinage des eaux, enfin des Conifères, et c’est tout; parmi celles-ci, les unes et surtout les Taxodinées habitaient les lieux humides, les autres constituaient de vastes forêts et s’élevaient plus ou moins haut; les Brachyphyllum et Pachyphyllum occupaient les stations sèches et mouvementées, les Cupressinées se mêlaient à ceux-ci; finalement les pins, les sapins et les cèdres peuplaient les plus hautes cimes; telle est, résumée en deux mots, la trame du tapis